Univers Interactif n°2 avr/mai 1995
Univers Interactif n°2 avr/mai 1995
  • Prix facial : 35 F

  • Parution : n°2 de avr/mai 1995

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Pressimage

  • Format : (204 x 266) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 86,9 Mo

  • Dans ce numéro : vers un monde sans papier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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(VERS LA SOFT-DICTATURE Supposons qu'un Etat particulièrement soupçonneux décide d'instaurer une surveillance policière généralisée de tous les lieux publics. Tollé général, grands émois, indignation. La décision est hargneusement contestée. Même les commentateurs stipendiés se sentent obligés d'être désobligeant. Mauvais plan. Et puis, des agents à tous les coins de rue, ça écornerait le budget. Bon, ça va, n'y pensons plus. Foin de cet amateurisme. Il suffit d'attendre quelques années. Déjà, dans les labos, se profilent des gadgets à faire rêver un apprenti-dictateur. Des caméras reliées à des machines à réseaux neuronaux apprennent à reconnaître les visages. Au lieu de bêtement comparer des images, les réseaux neuronaux extraient des photos les caractéristiques morphologiques des figures. Forme du menton et des pommettes, nez, yeux, rides. Ne pas se fier aux cheveux qui peuvent être coupés, teints ou artificiels. Reconnaître les visages n'est pas trivial. Le cerveau est obligé d'y consacrer une aire étroitement spécialisée. Mais les machines progressent peu à peu. La vitesse de reconnaissance augmente, le nombre de visages reconnaissables aussi. Et surtout, on peut mettre des réseaux neuronaux en parallèle, s'ils sont intégrés dans des circuits peu coûteux, fabriqués en grande série. Quand ce système sera industrialisé et déployé, chaque caméra de sécurité anti-agression, parfaitement légitime, se muera en un indic'redoutablement physionomiste. "Chef, trois lecteurs de Ravachol-Hebdo dans la même station de métro. Vous croyez qu'ils préparent une manif ? " Les télécommunications, elles aussi, bénéficieront du progrès. Le téléphone n'est pas sûr, nous le savons déjà. Mais les écoutes téléphoniques actuelles feront sourire nos enfants et leur arracheront un soupir de nostalgie. Puisque d'ores et déjà, il est possible d'identifier une personne par sa voix en analysant son spectre sonore, aussi unique qu'une empreinte digitale. Décomposition du signal vocal par transformée de Fourier, ou, bientôt, décomposition par solitons, et la voix énigmatique se réduit à une série de coefficients faciles à mémoriser et à identifier. La teneur de la conversation ? Dans quelques années, les systèmes de reconnaissance de la parole comprendront le sens de n'importe quel message, sans entraînement. Pour l'instant, ils ont un 52 >interactif n°2 Avril/Mai 1995 vocabulaire limité, ils doivent apprendre à reconnaître les intonations, et exigent une dictée mot à mot. Mais déjà, des systèmes expérimentaux retranscrivent en sténo les paroles qu'ils "entendent", afin de faciliter le travail de transcription. Les technologies sont là, les algorithmes sont prêts, la croissance exponentielle de la puissance des machines fera le reste. Les futurs systèmes d'écoutes téléphoniques fourniront un texte en clair, évitant la transcription si laborieuse et accélérant le dépouillement. On pourra donc mettre sans problème plus de lignes sur écoute. Et si vous croyez que nos petits secrets sont à l'abri dans une lettre, regardez-y à deux fois. Certes, la masse phénoménale du courrier a quelque chose de rassurant. Une lettre se perd dans la masse, anonyme. Intercepter un courrier dans un centre de tri, c'est chercher un grain de sable sur une plage. Mais là encore, la technologie vient à la rescousse des autorités. Les centres de tri sont déjà informatisés. Les noms des villes et les codes postaux, même manuscrits, sont déchiffrés par des systèmes de reconnaissance optique pour accélérer le tri. Le nom et l'adresse pourraient également l'être facilement. Quant au courrier d'entreprise, il est déjà informatisé. Le service Datapost permet de diffuser des publi-postages, les expéditeurs n'ayant qu'à fournir un fichier d'adresses. Ainsi, pourrait-on suivre et enregistrer le courrier reçu par une personne donnée, sans même l'ouvrir. Tous les manuels de stratégie vous diront que savoir qui une personne fréquente et qui lui écrit sont des éléments majeurs du quadrillage préventif. Et puis entre nous, s'il faut vraiment ouvrir ces enveloppes autocollantes modernes, cela n'est pas bien dur. Les concierges d'antan devaient lutter héroïquement contre de la gomme arabique récalcitrante, à l'aide de vapeur et de décoctions secrètes, en comparaison les adhésifs plastiques d'aujourd'hui, c'est de la rigolade. Mon voisin n'y a vu que du feu. Recevoir des aides sociales si élevées, quelle honte, avec la voiture qu'il s'est encore payée... (DE L'EDEN AU GOULAG EN DEUX LECONS FACILES Même les politiciens, qui ratissent les voix arnarcho-libertaires, sont gagnés par la surveillomanie. Prenez Clinton - à tout seigneur, tout honneur -, entre les casseroles qu'il trimbale et les joints qu'il a tétés dans sa jeunesse, il devrait pourtant avoir une sainte horreur de la curiosité étatique, notre chantre du laissez-faire, hm ? Ben voyons... A peine élu, le voilà qui appuie le projet Clipper, projet qui rend les communications inviolables... sauf pour le FBI. Le Clipper est un circuit intégré, qui crypte les données qu'on lui soumet et les décrypte en sens inverse. Vous donnez votre numéro de code à votre correspondant, et lui seul peut lire votre télécopie ou connaître votre numéro de téléphone. Quiconque intercepterait la communication n'aurait qu'un signal brouillé, inaudible, indéchiffrable. Génial, non ? Ah oui, un petit détail : les autorités pourraient obtenir une clé spéciale, sorte de passe-partout numérique, qui lui permettrait de déchiffrer toutes les communications cryptées par le Clipper. Officiellement, pour déchiffrer il faudrait deux clés, détenues en lieu sûr par deux autorités différentes. Mais nous savons tout le crédit qu'il faut accorder aux protestations d'honnêteté des politiciens. L'ex chef du contre-espionnage américain était un espion, le chef des douanes italiennes fut, durant des années, un fraudeur, et ne parlons même pas de nos hommes publics à nous. Ces clés deviendraient vite disponibles au plus offrant, ne nous leurrons pas... Et afin d'ôter toute illusion résiduelle aux naïfs qui le croiraient juste égaré, il faut savoir que Clinton a également appuyé une loi obligeant les fabricants de centraux de télécommunication à prévoir la possibilité de procéder à des écoutes judiciaires au coeur même du central. C'est plus propre que d'aller poser des élingues sur une ligne, non ? Notez bien que chaque fois qu'un porte-parole quelconque vient défendre un nouveau projet orwellien, l'argument massue qui ressort est la nécessité du projet pour motif de sécurité publique, bien entendu seuls les malhonnêtes sont visés et les braves gens n'ont rien à craindre. Possible. Des trafiquants de drogue de Los Angeles ont déjà trouvé la parade aux écoutes, avec ou sans Clipper : au téléphone, ils ne parlent que des dialectes asiatiques très peu répandus. La police peut enregistrer toutes leurs conversations sans en comprendre un traître mot. Et moi, bêtement honnête, quel parade puis-je bien trouver ?
(TANT QU'ON A LA SANTE Il faut réaliser qu'au rythme où croissent les services, l'information va devenir de plus en plus précieuse. Et les données individuelles confidentielles ne le restent jamais longtemps quand il y a des intérêts puissants en jeu. Un éditeur américain avait essayé de publier une base de données sur CD- Rom comportant des informations nominatives sur les habitudes d'achats de plusieurs millions de personnes. Des pressions de consommateurs l'en ont empêché. Mais la base de donnée existe. Circule-t-elle ? Chez qui ? Les données les plus confidentielles entre toutes concernent la santé. Savoir si la mauvaise mine d'un dirigeant de grande entreprise cache un rhume ou un cancer peut comporter une valeur stratégique. Mais, à présent que le monopole de la Sécurité Sociale est en voie d'abolition par décision européenne, les antécédents médicaux de chacun vont acquérir une valeur commerciale insoupçonnée. Avant de vous permettre de souscrire une assurance santé, une mutuelle privée cherchera naturellement à savoir si vous êtes souffreteux ou sain. Même si la loi bienveillante le lui interdit, elle cherchera à acquérir et à constituer des fichiers. Son avenir financier en dépend, donc également celui de ses assurés. Et justement, on est en train d'informatiser les formalités de remboursement avec la carte-santé. Mais oui, bien sûr, les données médicales resteront confidentielles. D'ailleurs, les médecins sont tenus au secret médical. Certes ! De vilains cyniques affirment que certains médecins crèvent la dalle et, accablés de dettes, sont prêts à quelques arrangement pour éviter que leur femme ne file aux Bahamas avec le plombier. Après tout, disent-ils, il s'est bien trouvé des médecins pour refiler le sida à des hémophiles. Vendre des fichiers, c'est quand même moins grave. Alors, tant qu'on aura la santé, tout ira bien. Mais si on tombe gravement malade, il ne faudra pas s'étonner de voir des portes se fermer brusquement. Si des gens non astreints au secret médical voient passer une demande de remboursement pour une chimiothérapie, que pensez-vous qu'ils vont en déduire ? Que l'assuré a un coryza ? (GAFFE Les Etats, les grandes compagnies, et même des individus peu scrupuleux, tous peuvent aujourd'hui récolter et exploiter des données nominatives sur vous et moi. Il y a des lois pour empêcher de croiser des fichiers en France, mais en pratique, l'opération se fait couramment. Les firmes multinationales peuvent en toute légalité faire effectuer des recherches et des croisements de fichiers nominatifs par des filiales installées dans des pays aux lois accommodantes. Le tout est de ne pas le crier sur les toits. D'ailleurs, on fait ça tout en douceur, gentiment, insidieusement. Et grâce aux technologies de l'information, les pays dits démocratiques sont progressivement quadrillés plus étroitement que ne l'ont jamais été les pires dictatures. Plus que jamais, il faut veiller aux libertés. Mais les gens s'en foutent. Hurler au loup, faire preuve d'anticonformisme, c'est déjà être suspect. Le groupe refuse toujours un concept qui le choque et le forcerait à abandonner son confort mental. Alors, il se retourne contre le porteur de mauvaises nouvelles. "Comme vous y allez, mon ami ! Tu sapes les bases de la démocratie, coco ! Vous délirez, mon vieux ! " Peut-être. Je souhaite avoir tort. Mais à travers l'histoire, les pires Cassandre se sont toujours révélés être d'incorrigibles optimistes. Pensez-y ! <



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