Univers Interactif n°2 avr/mai 1995
Univers Interactif n°2 avr/mai 1995
  • Prix facial : 35 F

  • Parution : n°2 de avr/mai 1995

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Pressimage

  • Format : (204 x 266) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 86,9 Mo

  • Dans ce numéro : vers un monde sans papier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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sont employées à nous pister, nous traquer. Les appareils et services publics que nous utilisons sont de plus en plus informatisés. Le moindre de nos gestes laisse désormais une trace. Nous sommes mariés à la société de l'information. Pour le meilleur et pour le pire. D'ailleurs, qui établit les distinctions entre le meilleur et le pire ? Au hasard des faits divers, un tableau orwellien effarant apparaît par petites touches. Un baron de la drogue colombien circulait sans cesse dans sa voiture pour ne pas être repéré ; il communiquait avec ses lieutenants par téléphone cellulaire. Manque de pot, ces engins transmettent en permanence leur position au central pour qu'on puisse leur relayer les appels. La police le savait, elle. Bien fait pour cet empoisonneur ? Certes... Et ce politicien à l'emploi du temps controversé, qui affirmait avoir rejoint sa mairie à une certaine heure ? Mais voilà, sur l'autoroute, il avait réglé son passage avec une carte bancaire. Des mois après les faits, quelques octets révélateurs sur une bande magnétique l'ont confondu : horodaté, numéro de carte, crac, boum dedans. Bien fait pour ce pourri ? Bien sûr... Ou encore, ce type jusqu'alors sans histoire, qui se retrouve un beau jour sans le sou. Pour empêcher la saisie de sa voiture, il prend le volant et quitte sa ville. Mais la voiture était équipé d'un antivol permettant de repérer son passage en certains points du pays. Et le type s'est fait pister et cueillir comme un voleur de voitures. Son antivol n'a pas servi à éviter qu'il perde sa voiture mais, bien au contraire, à l'en déposséder au profit de quelques huissiers rapaces. Tiens, on ne trouve plus que c'est bien fait, hein ? Evidemment, puisque ça pourrait tous nous arriver demain. "Aujourd'hui moi, demain toi", disaient déjà les romains. Alors quoi ? Le retour à la terre pour échapper au modernisme étouffant, au microprocesseur délateur ? Espère toujours, brave citadin. N'importe quel paysan te dira que ses quotas agricoles et ses jachères sont surveillés par Bruxelles à l'aide de photos satellites multibandes. Analyse des signatures infrarouges de l'image, comparaison avec les données cartographiques de référence, et pan, le mètre carré qui sort des rangs est aussitôt repéré, fiché, sanctionné. L'oeil dans le ciel, le cauchemar biblique, est devenu réalité. Même plus besoin de buter son frère, la surveillance est préventive. Merci, l'informatique. 50 >interactif n°2 Avril/Mai 1995 (ORWELL ETAIT D'UN OPTIMISME INDECROTTABLE Voilà comment, insidieusement, on en arrive à retourner des systèmes de protection contre leurs bénéficiaires théoriques, et à les muer en systèmes de surveillance. Ce n'est pas nouveau. Mais l'uniforme du guet de jadis ou le gyrophare de la police d'aujourd'hui se voyaient de loin, leur rôle était bien connu. Alors qu'il y a des naïfs pour associer systématiquement progrès et bonheur, sans comprendre que tous nos petits gadgets informatisés sont autant de mouchards potentiels. Où est la limite entre l'action judiciaire et l'espionnage préventif ? Les technologies nouvelles rendent la surveillance si facile qu'il est très tentant d'en profiter. Les machines les plus innocentes peuvent mémoriser ad vitam aeternam leurs contacts avec les humains qui passent entre leurs pattes. Badges magnétiques, cartes bancaires, matricules, numéros d'identification, tout cela s'accumule dans des fichiers, associé à l'événement qui a déclenché la mise en mémoire. Théoriquement, les fichiers sont détruits au bout d'un délai légal. Mais pour un comptable, toute transaction doit être conservée dix ans, qu'il s'agisse d'un appel téléphonique ou de l'achat d'un billet d'avion. Quant aux autres contacts entre la Pieuvre informatique et l'humain, il existe toujours une bonne excuse pour conserver les fichiers très longtemps. "Pas encore eu le temps d'effacer les vieux enregistrements... Il faut conserver les sauvegardes des années précédentes pour pouvoir faire des statistiques... On garde tout au cas où". En outre, l'informatique rend incroyablement facile les recherches à l'intérieur d'énormes masses de données. Le pauvre enquêteur de jadis devait remuer des tonnes de papier, des milliers de fiches, des kilomètres d'archives. Pour fouiner dans les données personnelles d'un individu, il lui fallait demander des autorisations, passer sous les fourches caudines d'archivistes sourcilleux, avoir quelques semaines de libre, et ne pas craindre la poussière. Alors que de nos jours, n'importe quel grouillot anonyme peut accéder à une base de données et chercher, mettons, tous les enregistrements se rattachant à un individu référencé par son nom. C'est propre, anonyme, quasi-instantané, et très peu coûteux. Tenez, l'autre jour, dans un bus, j'entends une jeune femme raconter bruyamment à une amie comment elle a découvert que Madame Untel, à l'air si pincé, est une vieille cochonne. La jeunette est stagiaire dans une firme de vente par correspondance, et en explorant la base de données des commandes, elle est tombée sur un envoi de lingerie sexy et de préservatifs pour ladite dame Untel. Et de citer par le menu les différents articles commandés ces six derniers mois par la malheureuse, listing à l'appui. Mais, s'enquiert l'amie de la stagiaire, tu as accès à tout le système alors que tu es aux
expéditions ? Il s'avère qu'il y a un mot de passe très compliqué, mais qu'il est scotché sur un terminal... Forcément, il y a des mes de passe pour toutes les bases de données, ils changent tout le temps, on ne s'en souvient jamais. Et c'est là une des clés du problème. La confidentialité de nos données nominatives est de plus en plus confiée à la protection illusoire de sécurités informatiques théoriquement infaillibles, qui butent sur l'élément humain. Les utilisateurs légitimes de ces bases de données n'ont pas l'occasion ou la patience d'apprendre par coeur les mots de passe des systèmes informatiques qu'ils consultent. Alors, ils les notent dans des calepins qui traînent ensuite dans un tiroir, ou bien ils les gribouillent sur un bout de papier qu'ils collent sur l'écran. Et comme ils sont serviables, ils les épellent à haute voix pour le collègue dont la mémoire défaille. Des oreilles attentives ont ainsi tout loisir de les noter. Dans ces bureaux modernes où on est les uns sur les autres, et où tout s'entend, stagiaires, femmes de ménage et visiteurs peuvent en profiter. Mais tout le monde se fiche des mots de passe, non ? Pas toujours, pas toujours... Au fait, j'ai un copain dans la dèche qui a fait un petit boulot temporaire dans un centre des impôts, pour aider à la saisie informatique des déclarations fiscales. Vous ne devinerez jamais de qui il a découvert les déclarations de revenus de ces trois dernières années. De quoi faire les gros titres des journaux, un vrai scandale. La disquette est disponible moyennant une... heu... participation aux frais. Confrères journalistes en mal de copie, envoyez vos offres au journal, qui transmettra. Grouillez-vous, avant que l'intéressé ne fasse une offre supérieure. L'ETAT-FOUINE On a eu l'Etat-Providence. On en revient. Mais l'Etat-Fouine prend subrepticement le relais. L'Etat-Providence collecte les taxes et distribue les prébendes. L'Etat- Fouine, lui, collecte les informations et est censé ne les distribuer qu'aux gens concernés (mais qui en décide ?). Les deux se complètent à merveille. Pour assister le bon peuple, il faut découvrir ce dont il a besoin. Il faut le ficher, l'analyser, le disséquer. Comment, autrement, savoir ce qu'il va faire ? Les médias ont beau le conditionner savamment, il reste toujours quelques mouvements spontanés, qui risquent de s'affirmer sans pouvoir être canalisés vers d'inoffensives chimères. Ce qui ferait désordre dans le Plan. Le peuple, c'est sale, c'est bruyant, c'est chaotique. Alors il faut le quadriller d'un filet de statistiques, l'entourer d'une bardée d'indices, le protéger d'un gardefou de normes. On l'étudie, on le scrute. Mais on évite de lui demander son avis, d'ailleurs sait-il ce qu'il veut ? Par contre, dans la mesure du possible, on note chaque fait et geste. Jadis, il aurait fallu des armées de scribes, mais maintenant, il suffit d'attendre que le consommateur moyen effleure un des fils de la toile. A la moindre secousse, les ordinateurs cliquettent et gravent l'événement dans leurs mémoires indélébiles. Chèques sans provision, clic : inscription au fichier de la Banque de France, et pour longtemps. Contraventions, clic : enregistrement sur l'ordinateur de la compagnie d'assurance. Achats par carte de crédit, clic : qu'a-t-il acheté ? Un téléviseur, un magnétoscope ? Est-il inscrit au fichier de la redevance ? D'ailleurs, passez-moi au crible le fichier des abonnés à "télé gogo", c'est bien le diable s'il n'y a pas des naïfs qui s'y sont abonnés alors qu'ils ne paient pas la redevance. Et lorsque l'information manque, on peut toujours aller la chercher. Les James Bond et Mata Hari du passé devaient microfilmer des milliers de pages, dans des conditions acrobatiques. Désormais, le moindre bureau étant informatisé, il suffit de copier quelques fichiers pour accéder aux informations qui s'y trouvent. Tenez, par exemple, je suis abonné à quelques journaux très malpensants, qui dévoilent régulièrement des faits gênants pour les princes qui nous gouvernent. Les dits princes font périodiquement des procès à ces brûlots, et tiennent à savoir qui sont leurs lecteurs. Ainsi, au détour d'un de ces opuscules, un entrefilet informe les lecteurs que durant une nuit les locaux du journal ont subi un curieux cambriolage. Rien n'a été volé, mais un ordinateur a été allumé, sans doute pour copier un fichier. Et dans cet ordinateur, il y avait le fichier des abonnés... ! Les Renseignements Généraux ? Le SAC ? Peu importe, c'était prévisible. A tel point que je me fais toujours adresser mes journaux à une boîte postale, sous un nom d'emprunt. Quant au fisc, on pouvait encore espérer passer à travers les mailles du filet pour des peccadilles. Le fiston a donné des cours de maths au fils du voisin et il a été payé par chèque, je ne vais quand même pas déclarer ça, non ? Pas si sûr. Les centres des impôts ont considérablement amélioré leur informatique. Et comble de l'ironie, ils ont choisi Unix, le système d'exploitation porté au nues par les libertaires californiens parce qu'il leur permettait d'échapper à la tyrannie des grands constructeurs informatiques. Désormais, en quelques heures, le fichier des salaires déclarés par les employeurs est croisé avec celui des revenus déclarés par les salariés. Et les anomalies sont vite repérées. >interactif n°2 Avril/Mai 1995 51



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