Univers Interactif n°11 jui/aoû 1996
Univers Interactif n°11 jui/aoû 1996
  • Prix facial : 30 F

  • Parution : n°11 de jui/aoû 1996

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Pressimage

  • Format : (204 x 265) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 77,5 Mo

  • Dans ce numéro : pourquoi nous avons tant de mal à grandir, le Monde des Semi-Adultes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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propos recueillis par Arnaud Boivin De l'easylistening au MIT >Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi on était cassé de Ray Ventura et ses Collégiens à KraftwerK ? Non ? ! Vraiment ? ! Sans cet homme, personne n'aurait pu jouer du banjo avec quelques touches de synthe... alors profitez-en, Jean-Jacques Perrey est là. Si en 1952, il n'avait pas rencontré Georges Jenny, le génial inventeur de l'Ondioline (cet instrument qui est à l'origine de tous les claviers aussi bien analogiques que numériques), ce n'est >Pourquoi vous-êtes vous tourné vers pas seulement sa vie qui en aurait été modifiée mais toute la musique ? la musique électronique telle que nous la connaissons. C'est un concours de circonstances. A quatre ans on m'a offert un accordéon, et puis j'ai toujours baigné dans la musique >Comment avez-vous été amené à d'avion, sur lequel était écrit COME ! A parce que mes parents, sans être jouer votre propre musique, car d'une partir de là, j'ai commencé à développer musiciens, étaient mélomanes. De plus, certaine manière vous êtes aussi mon système de bruits mis en boucles j'étais vraiment intrigué par le son et compétent dans un registre "classique" comme me l'avait montré Pierre Scheffer. durant mes études, j'ai toujours fait partie que dans un registre plus expérimental ? Lui ne faisait que de la musique d'orchestres d'étudiants, qui n'avaient rien Je ne suis pas compétent parce que contemporaine sérieuse, moi j'ai voulu à voir avec les groupes actuels ! Je faisais je n'ai jamais appris la musique. Avec adapter cela à une musique plus aussi partie d'un orchestre style Ray Edith Piaf comme avec Charles Trenet, je humoristique et commerciale pour être Ventura. J'ai arrêté mes études de faisais ce que je sentais avec l'Ondioline. plus à la portée du public anglo-saxon. médecine parce que j'étais possédé par le Ils me donnaient juste quelques C'est alors que les américains m'ont offert démon de la musique, j'ai toujours rêvé de instructions lors des répétitions. Je me l'opportunité d'avoir tous les instruments jouer du violon sur un clavier, c'est une servais de ma très bonne mémoire électroniques possibles et imaginables, idée folle que j'ai réalisée le jour où j'ai musicale, ce qui poussa Trenet à me ainsi qu'un studio pour mes recherches. découvert l'Ondioline, inventé par Georges conseiller de ne jamais apprendre la Jenny. J'aime autant la musique classique musique, car cela allait me déformer >C'est donc cet instrument qui vous a que la musique romantique, la musique l'oreille ! A l'époque, je faisais des mis le pied à l'étrier ? ancienne que la musique baroque, il faut démonstrations d'Ondioline dans les Oui, car je suis allé aux Etats-Unis simplement qu'elle soit bien faite et grandes foires européennes, et partout les avec lui, et ça a fait un carton. En sérieusement. Il y a trois sortes de gens étaient enthousiastes, sauf à Paris, arrivant, j"ai fait des shows de télévision musique : la bonne, la mauvaise et la où ils se foutaient d'entendre jouer du qui ont eu un succès incroyable, à Newmienne. banjo ou du saxophone sur un clavier. York, Philadelphie et Hollywood. C'est C'est ce qui fit dire un jour à Cocteau que donc cet instrument qui m'a fait débuter, >Si je comprends bien, l'Ondioline je "ne ferais jamais carrière en France, je l'ai conservé pendant un moment et par vous permettait de concrétiser votre envie car malheureusement les français ne sont la suite je l'ai toujours utilisé dans mes de jouer d'un instrument à cordes sur pas ouverts à ce genre de choses". Sur disques. clavier ? ce, à l'initiative d'Edith Piaf, j'ai contacté Oui, enfin à l'époque. Aujourd'hui j'ai Caroll Bratman, qui pour me faire venir >Pourquoi les Etats-Unis ont-ils été dépassé ça. aux Etats-Unis, m'envoya un billet plus favorables à votre travail que la 70 >interactif n°11 Eté1996
France ? Ne pensez-vous pas qu'à l'époque (les 60's), il existait là-bas une certaine "euphorie" générée par de nouvelles technologies, qui devenaient accessibles à tous. Cette époque où l'homme croyait que des robots allaient le remplacer dans ses tâches ménagères. D'une certaine manière, votre création musicale cadrait avec cette ambiance. Oui, c'est ça. A l'époque, j'ai fait des démarches auprès des maisons de disques françaises mais je me suis fait jeter de partout parce que la musique que je faisais était trop "avant-garde". Les agences de publicité américaines, elles, donnaient leur chance aux jeunes : "on vous fournit ce qu'il faut et vous faites vos preuves, si ça marche, on vous garde sinon bye-bye.", et ça a marché ! Ces gens étaient vraiment ouverts à des sons neufs, à l'innovation musicale. On pouvait faire des choses vraiment folles, avec l'Ondioline comme avec des synthés Moog. >Dans Computer Music Journal, vous dites que l'Ondioline est un "low-cost instrument", c'est à dire que comme beaucoup d'instruments analogiques, il était à l'époque très bon marché. Est-ce que vous pensez que l'analogique a été supplanté par le numérique ou plutôt qu'il est préférable que ces deux technologies cohabitent, que chacune d'elle soit utilisée en fonction de sa valeur réelle et non pas dans un esprit de concurrence ? C'est ce que je fais. J'utilise toujours les deux, j'utilise le numérique quand c'est nécessaire parce que c'est obligatoire dans la production, mais je n'abandonne pas pour autant les instruments analogiques parce que je pense qu'ils ont une certaine chaleur, c'est un autre son, c'est imprévisible, et on trouve beaucoup de choses dans l'analogique qu'on ne trouve pas dans le numérique. D'ailleurs, les instruments analogiques sont aujourd'hui des instruments de collection, c'est normal qu'il y ait une certaine nostalgie des technologies d'avant. Il s'est produit la même chose quand on est passé des rouleaux aux disques à saphir, puis au 78 tours, puis aux 33 tours et enfin aux compacts, cela nous vient des chromosomes mémoires, transmis par nos parents. Les instruments électroniques actuels sont le produit de l'ère digitale, ils sont bien plus puissants et complexes qu'il y a 30 ans, lorsque nous étions ébahis par les sons des Ondes Martenot et de l'Ondioline. La technologie apporte le progrès technique mais délaisse bien souvent l'émotion. Il faut retrouver la sensibilité qui fait parler les instruments au coeur et à l'esprit de ceux qui les écoutent. C'est pourquoi je conseille à la nouvelle génération de musiciens électroniques de travailler dur pour ne pas se laisser dominer par les capacités sonores des machines. >Justement, avec l'émergence d'un réseau de communication tel qu'Internet, les frontières sont abolies, et de nombreux groupes donnent des concerts live sur le réseau, à l'instar de Future Sound of London. Le nationalisme me fait horreur. De grâce, ouvrons nous à la musique du monde entier. Tous les majors françaises sont très fermées, elles ne veulent pas prendre de risques. En engageant Cabrel, elles savent très bien qu'elles vont faire un carton, alors que les jeunes artistes doivent ramer. En France, on est incapable de déceler les talents. Ne me croyez pas français, je suis homme de la planète ! Il faut sortir du contexte étatique auquel on a l'impression d'appartenir, alors que nous sommes tous simplement terriens. Je préfère l'ouverture des anglosaxons, ou même des japonais qui, tout en étant traditionalistes à outrance, sont ouverts à tout. On a, à l'heure actuelle, beaucoup d'étudiants japonais qui jouent du piano, qui vont au conservatoire à Tokyo et qui ont des maîtres qui sont aussi compétitifs que les maîtres français. D'ailleurs, les japonais ont beaucoup plus de facilités d'adaptation que les latins. La race latine est actuellement en voie de disparition, tandis que les anglo-saxons sont stabilisés et que les asiatiques vont particulièrement dominer le monde dans les années à venir. La France vit perpétuellement au Moyen-Age, alors que les japonais et les autres asiatiques vivent dans l'avenir. Le monde se découpe arbitrairement en trois : ceux qui sont rétrogrades, ceux qui sont stables et actuels comme les anglo-saxons et ceux qui sont dans l'avenir : les asiatiques, c'est du moins là que je pense. >J'ai pu lire, toujours dans Computer Music Journal, que vous travaillez sur des liens entre la musique et le sommeil. Qu'en est-il ? Alors là, c'est autre chose, c'est un domaine beaucoup plus précieux, comme je suis un perfectionniste, je m'investis toujours au maximum dans ce que j'entreprends. J'ai donc fait des expériences au Canada, sur l'île de Vancouver, avec des chercheurs, des physiciens et des médecins américains, nous avons travaillé avec les dauphins. Le problème avec l'homme c'est qu'il veut toujours imposer aux dauphins son langage ; nous avons donc cherché à faire le contraire. Nous avons voulu comprendre le langage des dauphins pour essayer de communiquer avec eux et nous y sommes parvenus, non pas à communiquer d'une façon orale mais avec des éléments basiques. Nous avons appris beaucoup de choses sur le cerveau parce que ces animaux ont un cerveau qui est à peu près équivalent au nôtre et qui a les mêmes réactions. C'est à partir de là que nous avons tiré des conclusions sur le plan acoustique et que nous avons composé, aux Etats-Unis, des complexes musicaux pour conduire à la relaxation et au sommeil, qui ont ensuite été testés et utilisés dans des maisons et des hôpitaux "d'agités". A partir de là, j'ai fait une musique que je ne veux pas commercialiser, je la garde pour ceux qui vont me donner une chance de la sortir d'une façon sérieuse, et je pense que cela se fera en Angleterre. La médecine en France c'est comme la musique, ce sont des gens bornés : je n'ai pas eu le droit de la sortir car il s'agissait d'une oeuvre paramédicale et qu'il fallait des tas d'autorisations. Ce complexe musical a continué à évoluer et je suis prêt aujourd'hui à l'enregistrer dans un pays où on sera capable non pas de l'exploiter, parce que j'ai horreur de ce terme, mais de l'appliquer à des gens qui en ont vraiment besoin. Je ne fais pas du commerce. >Ce n'est pas dans la mouvance newage ? Pas du tout, c'est ma participation à des recherches sérieuses, médicales et psychologiques. C'est un tribut que je paye à la société et je ne veux même pas entendre parler de rétribution. >Et donc Mr. Perrey, le mot de la fin ? N'oubliez pas d'être heureux. >interactif n°11 Eté 1996 71



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