Univers Interactif n°1 fév/mar 1995
Univers Interactif n°1 fév/mar 1995
  • Prix facial : 28 F

  • Parution : n°1 de fév/mar 1995

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Pressimage

  • Format : (204 x 266) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 102 Mo

  • Dans ce numéro : 20 médias (qui ne sont pas TF1), les étranges enfants du Japon techno et l'Académie français de l'interactivité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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l'artiste J.S.G. B monnaie, dessinant billet par billet l'équivalent de plus de $500.000 en Mark, Lires, Livres, Dollars, Francs, etc... Il les dépense tous les jours pour vivre. Son argument pour les refiler : mon billet est unique, alors qu'un vrai existe par millions identiques. Lequel a le plus de valeur ? A vous de choisir... Harassé par le Trésor Public américain, mis en prison en Angleterre, il est forcé de mettre en veilleuse ses activités, stoppé dans son étude géniale de l'échange et de la société. Boggs : "L'acceptation du système monétaire est le seul contrat social véritablement reconnu par tous." Vrai. Mais pas encore chez les cybercitoyens... Pourtant, voilà un gars qui a de la dimension : sa Netiquette, son langage, son adresse (e-mail), il voyage instantanément par les lignes de téléphone, brille par son verbe dans des salons virtuels... mais s'il voulait glisser une pièce à la fille du vestiaire, il ne le pour- compagnie américaine qui possède le logiciel permettant aux particuliers de se connecter avec leur banque. "Le défi économique de cette fin de siècle est de s'attacher à l'un des plus grand nouveau marché : la convergence de l'argent, du commerce et des ordinateurs", précise la grenouille. L'e-cash est en route : ami cybernaute, fr.. >VAR ENT ÉLECTRONIQUE n'a de dollars circulent tous les jours sous forme digitale, simples numéros, sommes bondissant de colonne débit en colonne crédit sans jamais prendre la forme physique d'un billet de banque. La différence avec l'e-cash est que celui-ci remplaçerait définitivement l'argent palpable. L'avancée vers l'avènement de l'argent digital est inévitable. Si la pro- rait pas. Le Cyber-Citoyen n'a pas sa Le défi économique de propre monnaie : il doit "emprunter" au cette fin de siècle est de s'attacher à réel ses chèques, ses billets, ses cartes grand nouveau marché : la converge Visa. " L'acceptation du système monédu commerce et des ordinateurs." taire est le seul contrat social reconnu par tous"... la mutation complète vers l'espace digital passe donc par la réalisation de son propre système de monnaie. Imaginez une communauté virtuelle de près de 30 millions d'âmes, dont le succès pousse vers la consommation online, sans cesse à la recherche d'une immersion plus totale dans le Net, mais qui ne peut pas acheter et vendre, stoppée par des débats d'éthique — le Net est par définition non-commercial — ou une technologie encore insuffisante pour que la circulation de valeurs monétaires se fasse en toute sécurité. La transformation d'Internet depuis une énorme communauté virtuelle vers une économie virtuelle est la grande double question du moment : premièrement, le Cyber- Citoyen est pratique, il veut ache, et vendre au clic de la souris ; deuxièmement, le Cyber-Cash (ou e-monnaie, e-cash) peut changer la donne économique en offrant à ses acteurs l'opportunité de devenir une "ego-entreprise", vent de fraîcheur à l'heure où l'économie est à court d'idées de croissance. L'incontournable Bill Gates, la grenouille météo des grands mouvements de l'informatique, vient de dépenser $1.6 milliards pour acheter Intuit, la 54 >interactif n°1 Février 1995 gression du succès d'Internet continue sur sa lançée actuelle, l'e-cash deviendra une nécessité absolue car le système classique de paiement est un frein aux avantages du commerce sur le Net. Sans la rapidité de transaction, les boutiques du Net ne sont que des catalogues sur écran. Aucun intérêt. Le "Net Commerce" nécessite rapidité, sécurité, échange de devises. L'argent classique est vieux, dangeureux car falsifiable, difficile à conserver, volable. Uar ent coûte cher, à imprimer. Il est peint par l'artiste J. Boggs. La plus grande fiction du 21ème siècle s'imprimera sur papier mais se gérera par écran. lent et couteux à faire circuler. Il faut donc jeter l'argent par la fenêtre et redéfinir. Le-cash, ce serait quoi ? Le kopek digital se présenterait sous la forme d'unités d'e-cash stockées sur la puce d'une "smart card" ou "carte intelligente", unités transferées depuis un portefeuille électronique, plus gros, lui-même connecté à la banque. Pour payer, il suffirait de glisser sa carte dans le portefeuille électronique de l'autre, la vérification de bon crédit se faisant automatiquement, suivi par le transfert d'argent. Pour les paiements online, même système, les unités d'e-cash encryptées se transfèrent en un clin d'oeil entre deux stations. Finis les billets. Grâce à cette technique, on peut aisément imaginer des transferts directs de paye depuis l'employeur à l'employé, la disparition des guichets de banque, des distributeurs, laissant place alors un simple échange à deux parties où les services bancaires n'ont plus de raison d'être. On comprend pourquoi les banques ne raffolent pas de l'idée de l'e-cash... Avec la disparition des services, on arrive à imaginer que le rôle des banques pourrait devenir pratiquement nul. Soit, mais il faudra toujours par contre que les unités des "cartes intelligentes" soient garanties par une contrepartie légale, c'est-à-dire dans les coffres ou livres de comptes des banques. Puis un organisme de contrôle devra se charger de vérifier que les unités d'ecash ne circulent pas deux fois... Quoi l'un des plusrgent, que ces deux aspects puissent éventuellement tomber dans le domaine d'action d'une banque centrale. Et le prêt, les crédits ? Là, ça ne marche plus car l'e-cash c'est du liquide, donc pas de spéculation. Et les transactions dans le village global, ça signifie des taux de change, des transferts de devises ?... On se rend très rapidement compte qu'un système double avec de l'argent réel et de l'argent digital ne pourrait pas cohabiter car l'économie monétaire ne peut pas fonctionner sur deux modes en même temps. L'e-monnaie demande une avançée totale vers l'electronique avec un système de crédit virtuel, de monnaie unique pour répondre aux échanges sans frontières : c'est l'avènement du cyber-dollar. La raison de l'excitation pour l'e-cash est
que Net est dès aujourd'hui un énorme réservoir à commerce. Potentiellement le plus grand marché imaginable. Casbah dont la cartographie des allées est perpétuellement en évolution. On peut dès maintenant faire du shopping classique dans des "centres commerciaux cyber" (cybermalls), acheter des fleurs, un ordinateur — choisi à partir d'une photo, un texte, sur le WWW — quoique le véritable plaisir réside à trouver des produits très pointus et particuliers, excès typiquement Nettesque, comme le dictiorinaire du langage extra-terrestre Schwa ou le fusil Burp Gun qui tire des balles de pingpon ALORS, qu'est-ce-qu on attend, Deux pro mes jêrs sdppos n bée de consommation sur le Net. Premièrement, la Netiquette veut que le réseau reste non-commercial, fidèle à sa charte éthique d'origine. Noble idée, mais objectivement, le succès pousse irrémédiablement le Net vers le commerce. Bill Gates s'est déjà attaqué au tabou en déclarant qu'il allait financer son serveur commercial Man/el non pas avec des abonnements mais avec de la publicité online. Hérésie. Mais quel que soit le débat, il gagnera la partie car il a la rationalité économique de son côté : à terme, le Net sera donc commercial. Deuxième problème : à l'heure qu'il est, les transactions monétaires online ne sont pas sûres. Balancer son numéro de Visa sur le Net est un appel à se le faire kidnapper par un "hacker." Dans l'hypothèse de l'existence de l'e-cash, véritable monnaie virtuelle circulant d'un terminal à l'autre, sans protection efficace, on peut craindre la multiplication des unités e-cash, opération aussi facile que d'effectuer un "copier-coller." C'est là que la cryptographie devient l'élément clé de la viabilité de l'e-cash. Et David Chaum, patron de la compagnie hollandaise DigiCash est le pape de l'encryptage de l'argent digital. L'homme de la situation. La technologie cryptographique permet de "cacher" le numéro d'identification d'une unité e-cash (équivalent du numéro de billet) pour que celui-ci ne soit pas reproductible. Tel le sphinx, Chaum est assis sur le brevet de son système très convoité car garantissant que le code d'encryptage est inviolable. Il veut que son procédé soit universel ou ne soit pas : pas pour raison d'agent, prétend-il, mais parce que l'encryptage est la garantie contre la surveillance informatique. Chaum est le plus fervent défenseur de l'échange anonyme. Le Billet japonais d'une transaction sur le Net, l'e-cash passe peint par l'artiste d'une puce à l'autre. La sécurité reste le problè- J.S.G. Boggs. me : cet e-cash peut être cloné. Chaum, Chaum, point est important car si le système de traçage de l'e-cash n'est pas hérmétique, cela signifiera que l'organisme de contrôle des transactions sera en position d'obtenir un historique détaillé de chacun de vos achats, ces informations permettant de créer sur vous une base de données si précise qu'elle émouvrait Big Brother. Imaginez le fisc, la police, l'Etat au courant de vos moindres faits et gestes, détectives invisibles collés à votre ombre électronique. Chaum estime que l'on est à un point éthique charnière où l'on peut encore choisir si l'âge digital nous amènera la liberté - somme toute une des vraies raison d'engouement pour le Net — ou plutôt la super-surveillance. Crypter les échanges d'e-cash est donc une question de sécurité à tous les niveaux. L'anonymat dans le paiement, c'est l'argent liquide. Voilà pourquoi l'e-cash est intéressant. Pour l'instant, les gouvernements semblent peu intéressés par la question de l'e-cash — pas plus que les banques qui voient peut-être une menace dans cette monnaie qui circulerait d'une "carte intelligente" à l'autre — et ce sont donc des entrepreneurs visionnaires indépendants qui défrichent le terrain. En dehors de Chaum et DigiCash qui expérimentent des transactions digitales avec quelques dizaines de compagnie (dont Encyclopedia Universalis), il existe aujourd'hui plusieurs systèmes en test limité. Une première technique est celle employée par la First Virtual Holdings, pionnière des banques électroniques. Première condition, acheteurs et vendeurs doivent avoir un compte dans cet établissement. A chaque demande de transaction, la banque est consultée et, si tout est conforme, elle confirme le crédit et fait transiter l'e-cash d'un compte à l'autre. Protection efficace mais procédure laborieuse et lente. CyberCash, autre compagnie américaine et branche de Vérifone spécialisée dans la vérification de crédit par téléphone, va plus loin dans l'idée de l'argent virtuel. Elle crédite des cartes de débit à mémoire depuis votre compte dans l'établissement. Lors >ON PEUT IMAGINER les cons& le mode de fonctionnement des agents économiques. Une transaction signifiant juste un acheteur et un vendeur, tout un chacun pourra ouvrir boutique. Chaque individu pourra potentiellement vendre et acheter car il sera une entité économique autonome : pas besoin d'approbation de crédit, de boutique, de patron. Tout pourra se vendre et chaque personne valorisera son savoir faire et ses connaissances en les étalant dans une vitrine virtuelle sur le Net. Le cyber pourrait bien créer un capitalisme populaire, proposant une nouvelle donne. A l'heure où les vieux systèmes ne marchent plus, l'économie cyber présente au moins l'intérêt d'être une route vierge et explorable. La potentielle existence de l'e-cash fait se poser des questions fondamentales sur la valeur et la nature de l'argent — ce qui plairait à Boggs. L'e-cash n'a pas de valeur intrinsèque car il n'a pas d'existence physique. La thésaurisation, réflexe naturel, réflexe bas de laine, devient impossible. En cas de crise, on aime savoir que nos deniers sont sous l'oreiller. L'e-cash, ça ne sonne pas, ça ne trébuche pas... Tout comme il a fallu du temps pour que la carte de crédit soit acceptée par le plus grand nombre, l'e-cash, argent conceptuel, peut faire peur aux gens qui aiment toucher ce qu'ils possèdent. Où serait localisé l'argent puisqu'Internet est partout et nulle part ? Point qui n'est pas capital pour vous ou moi, mais excessivement stressant pour un Tout comme il a fallu du inspecteur des impôts. Où taxer ? temps pour que la carte de crédit soit acceptée par Quelle est la devise ? Stress en le plus grand nombre, peut faire peur aux gens qui aiment toucher ce ment de la communication digitale qu'ils possèdent. perspective... Une fois de plus, on voit que l'avène- n'est pas nécessairement coercitif mais peut être une ouverture vers plus de liberté individuelle. En considérant que l'avènement de la monnaie digitale est irrémédiable, et compte tenu du caractère scrutateur des techniques employées, la question de la protection de la vie privée s'y attache automatiquement. "Le choix ne pourra être fait qu'une fois" précise David Chaum. D'un côté, mettre les pieds dans un espace cyber avec un système économique qui traque toutes les transactions peut devenir une avançée fatale vers l'ultra-surveillance. Il suffit déjà aujourd'hui de regarder la masse de données que l'Etat possède sur nos vies grâce à l'informatisation. Mais d'un autre côté, sécuriser la séparation entre les individus et les organisations grâce aux transactions anonymes peut permettre de profiter au maximum des possibilités de liberté individuelle qu'offre l'espace cyber — ainsi que la création d'une nouvelle économie globale aux possibilités aussi excitantes qu'elles sont vierges. Le credo cyber sera quelque chose comme ceci : avant de partir voyager vers la frontière digitale, prenez la carte d'e-cash — ne partez pas de chez vous sans elle... >interactif n°1 Février 1995 55



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