Tricot Journal n°65 1er nov 1937
Tricot Journal n°65 1er nov 1937
  • Prix facial : 2 F

  • Parution : n°65 de 1er nov 1937

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : R. Vial

  • Format : (220 x 300) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 44,8 Mo

  • Dans ce numéro : un pull-over pour homme.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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r. ché des flots, où, sans doute, les coquins avaient tenté de le précipiter afin de se débarrasser d'un témoin gênant. Tout s'enchaînait dans cette affaire embrouillée, dont les meurtriers tenaient les fils. Mais, Frédéric avait résolu d'autres problèmes tout aussi difficiles. Il ne désespérait pas de venir à bout de celui-ci. Malgré les supplications de sa femme, il était plus que jamais décidé à ne se laisser arrêter par rien dans le programme qu'il s'était tracé. — J'arriverai ou je mourrai, se disait-il. Mais comment un être, jeune, sain et doué d'un sens artistique développé serait-il demeuré indifférent à la beauté splendide de cette contrée, où il abordait... Frédéric avait connu assez d'ennuis, surmonté assez de périls, pour se donner à présent quelques heures de détente. La promenade nocturne dans ce bois féerique avait été son premier contact avec la nature enchanteresse d'Honolulu. Il en revenait si enthousiaste qu'il prenait immédiatement la résolution d'y retourner. Il emporterait son appareil photographique et se réjouissait d'avance des merveilles qu'il obtiendrait. Avec quelle orgueilleuse joie, il montrerait à ses amis de Paris ces magnifiques vues, souvenirs d'un voyage unique, que bien peu autour de lui pouvaient se permettre. Aussi ne voulut-il pas attendre que le soleil fût trop chaud pour mettre son projet à exécution. Dès l'aube, il fut sur pied. Sans bruit, il quitta la chambre où Thérèse dormait encore et rejoignit, dans le hall de l'hôtel, les policiers qui depuis San-Francisco étaient attachés à sa personne. Vainement, il tenta de leur faire comprendre qu'il désirait être seul pour cette promenade matinale. — Nous ne vous quitterons pas, déclarèrent-ils. Ni eux, ni lui ne se doutaient combien leur présence allait être nécessaire. D'un commun accord, ils avaient renoncé à la voiture. Ils iraient à cheval dans la forêt avec un seul guide indigène pour toute escorte. CHAPITRE II L'ATTAQUE D'abord, tout au plaisir de la course dans l'enivrante griserie de l'aube, Frédéric avait oublié complètement le but de son séjour dans la capitale hawaienne. Il se laissait ravir par la fraîcheur délicieuse que lui versait l'ombre des grands arbres,.d'espèce inconnue, et respirait avec délice les parfums troublants de la forêt tropicale. Il lui semblait s'éveiller tout à coup sur une nouvelle planète, il se sentait transporté comme en un rêve dans un monde nouveau. Un des policiers l'arracha à cet état d'euphorie où il s'enlisait. — Monsieur, ouvrez je me méfie de tout ce que peuvent cacher ces frondaisons trop épaisses. Souvenezvous que nous sommes loin de tout secours, tenez votre browning à portée de votre main.'Frédéric partit d'un éclat de rire, avant de répondre  : — Que voulez-vous qui nous arrive de fâcheux, dans cette campagne ? Il n'est à craindre que mes bandits, et je ne pense pas qu'ils aient comme moi la fantaisie de venir humer les senteurs de la sylve à cette heure matinale. — Vous avez tort, déclara le second détective. Je souhaite que votre caprice ne vous entraîne à quelque fâcheuse rencontre... — On verra bien ! Ce qu'ils virent les surprit au delà de tout ce qu'ils avaient supposé. Pour mieux humer l'air délicieux du matin si pur, Frédéric avait ralenti l'allure de sa monture. Un des policiers dont l'oreille accoutumée à saisir les moindres bruits venait de l'avertir se rapprocha et lui toucha le bras. — Regardez là, à droite, sous ces feuillages et écoutez. Frédéric, tout d'abord, ne perçut rien qu'un léger froissement de feuilles. Ayant mis pied à terre sur un signe de ses compagnons, il s'immobilisa et tenta de se rendre compte. Bientôt, il put apercevoir le dos d'un homme penché vers le sol, et presque aussitôt le grattement d'un outil. Au bout de quelques minutes, l'homme se dressa, tenant entre ses bras un paquet souillé de terre. Avec une agilité dont on n'eût pu le croire capable, il tenta de grimper sur l'arbre sans lâcher sa trouvaille. Arrivé parmi les branches il se préparait à atteindre les frondaisons les plus élevées, quand une voix moqueuse le fit tressailir. Il s'arrêta. Un autre, au pied de l'arbre, le regardait, en ricanant  : — Bravo, maître Sam ! Je ne vous savais pas ce don digne d'un chimpanzé. Vous grimpez, ma foi, fort adroidement. Et, changeant de ton  : — Avouez que vous ne m'attendiez pas... Sam se laissa glisser jusqu'à terre branche, tel un gigantesque oiseau que le chasseur guette, mais moins heureux qu'un sujet de la gent ailée, il n'avait aucun moyen d'échapper à son ennemi. — Allons, dit Johnston, ne faites pas l'enfant Sam, descendez et rendez-moi ce que vous étiez en train de voler. Sam, se laissa glisser jusqu'à terre, mais sans lâcher son précieux fardeau. Sitôt que ses pieds eurent touché le sol, il se campa devant son complice, et reprenant courage, il déclara  : — Johnston, c'est vrai, je me suis méfié de vous, pardonnez-moi. Il est un moyen de tout arranger. — Lequel ? — Le diamant que vdus avez si adroitement caché dans ce chien empaillé — il montrait le paquet enveloppé qu'il serrait encore — ce diamant nous allons aller le vendre à quelque riche indigène, nous irons ensemble et nous partagerons loyalement la somme qu'il nous en donnera. L'autre, froidement, demanda  : — Qu'est-ce que vous faites de la police dans tout cela ?... — Nous ne sommes plus à New-York, ni à San-Francisco. Ici tout sera plus facile. Mais Johnston l'arrêta  : — Mon cher, vous êtes complètement idiot, et vous oubliez que nous avons d'abord un compte à régler avec le Français. Nous devons l'attendre ici. — Et, s'il n'est pas seul ?... — Nous sommes deux. Mon fusil est prêt et je vois que vous n'avez pas négligé de prendre le vôtre. Caché comme nous le sommes, le Français ne peut nous voir. Il ne viendra pas avec une armée, je suppose... mettons qu'il se fasse accompagner de trois ou quatre personnes. Nous aurons raison d'eux, puisque nous sommes armés et qu'ils ne le sont probablement pas. Sam semblait réfléchir. Son compagnon profita du trouble où il le voyait pour bondir sur lui et lui arracher le paquet. Les linges se déployèrent et un superbe chien empaillé tomba à leurs pieds... Sam pourtant, aveuglé par la colère, se débattait, frappant avec une extraordinaire agilité. Des poings, des pieds, il bourrait de coups son adversaire, et déjà se croyait maître de lui, quand il poussa un sourd gémissement, et chancela. Traîtreusement, Johnston, feignant de perdre connaissance, avait glissé à terre et, tandis que Sam se penchait vers lui, lui enfonçait son couteau en pleine poitrine. De leur observatoire, Frédéric et les policiers n'avaient perdu aucune péripétie de cette scène rapide. Vraiment, murmura Frédéric, on peut dire qu'ils ont eux-mêmes préparé notre travail, et couru au-devant de leur destin. — Avançons, ordonna un des policiers, il s'agit de ne pas donner le temps au meurtrier de nous échapper une fois de plus. D'un bond, les trois hommes furent sur Johnston. Saisi à l'improviste par des mains vigoureuses, il fut ligoté avant même de pouvoir tenter un seul mouvement. Quant au blessé, on le souleva doucement, et on le plaça sur un des chevaux monté par un policier. Sam respirait péniblement, mais il n'avait pas perdu connaissance. A Frédéric qui s'était avancé vers lui, il dit à voix basse  : — Ne me livrez pas, monsieur Dubois, et je vous dirai tout. Frédéric inclina la tête en signe d'assentiment. Il avait compris que l'heure du misérable allait sonner. A quoi bon le tourmenter ? Dieu s'était chargé du châtiment. Ce châtiment serait, sans doute, moins terrible que celui réservé à son complice  : la mort viendrait vite, il ne souffrirait pas longtemps. Deux heures plus tard, dans un lit de l'hôpital où on l'avait couché, Sam, de lui-même, demanda à parler au Français. Frédéric se présenta accompagné des deux policiers. Un magistrat et son greffier les suivaient. Après une piqûre de caféine, destinée à réveiller les forces du moribond, le médecin "l'autorisa à prononcer les mots qui devaient déchirer le voile de cette ténébreuse affaire. Avec beaucoup de peine, d'abord, puis dans une sorte de hâte fébrile, Sam parla  : — Pourquoi me tairais-je, balbutiat-il, je vais paraître devant celui qui connaît le fond des coeurs, mais avant je veux, du moins, vous dire que je ne suis pas le plus coupable. — Parlez, dit Frédéric, plus ému qu'il ne voulait le laisser paraître. CHAPITRE III LE CHATIMENT On l'aida à se soulever un peu, et, la tête sur les coussins, le souffle court, il commença  : — Johnston se nomme, en vérité, Jack Mollisson, je suis, moi, Douglas Humsy. Nous avons été élevés ensemble et nos parents nous ayant laissé à chacun une fortune suffisante, nous aurions pu vivre à l'abri de tous soucis. Mais Mollisson avait un vice, le jeu. Il m'entraîna à sa suite sur la pente fatale. Trois ans après la mort de nos deux pères, survenue à quelques semaines près, nous étions complètement ruinés l'un et l'autre. Jack était beau, portait superbement la toilette, il plaisait aux femmes et recevait des invitations de toutes parts. « Comme il représentait bien, il fut invité par un de nos anciens camarades récemment propriétaire d'un grand palace en Californie, à venir inaugurer les salons de danse et attirer la clientèle féminine. Sa ruine n'était pas un secret pour l'hôtelier, intelligent et malin. « Mollisson serait défrayé de tout, aurait même son argent de poche, mais il devrait vanter à tous venants les mérites du nouveau palace et s'engager à faire de son mieux pour décider les belles milliardaires à y prolonger leur séjour. « Dick avait gardé pour moi une solide amitié et je lui étais utile. Il me fit venir, et tous deux cherchâmes ensemble à jouer au mieux le rôle que l'on nous confiait. Bientôt, je compris que Jack ne resterait plus longtemps à la charge du propriétaire de l'hôtel. Une
veuve richissime encore séduisante, mais de beaucoup plus âgée que lui, avait jeté son dévolu sur ce joli garçon, assez habile pour ne point faire d'avance, mais ne manquant pas une occasion de se rendre indispensable. « Le mariage ne traîna pas. « En six semaines, Jack manoeuvra avec une telle maîtrise que ce fut lui qui eut l'air de consentir à donner son nom à la veuve, alors qu'il ne vivait que dans cet espoir, depuis qu'il savait le chire de sa fortune. Bien entendu, j'avais aidé de tout mon pouvoir à ces fiançailles, où je devais trouver ma part de bénéfice. « Aussi, en récompense de mes services, mon ami me fit agréer par sa femme comme intendant et gérant de ses propriétés. Jack n'était encore qu'un vulgaire profiteur. La ladrerie et l'humeur détestable de sa compagne n'allaient pas tarder à le rendre criminel. « Nous étions partis pour la France. « Après un séjour au Claridge à Paris, Mrs Mollisson voulut avoir un chez elle. Nous achetâmes la villa que vous savez et qui devait être son tombeau. « La femme de mon ami avait, à son service, un cuisinier chinois, nommé Li, et une jeune négresse, Sarah, tous deux venus de New-York. « Jack devina, bien vite, que si la jolie Sarah restait attachée à sa maîtresse, le Chinois, par contre, la haîssait depuis le jour cù en public elle l'avait insulté à la suite d'un repas manqué. « L'idée du meurtre ne leur vint pas tout de suite, mais sans échanger une parole, le mari bafoué et le serviteur humilié s'étaient compris. « Après avoir été maussade, l'hiver s'annonça extrêmement rigoureux. « Jack ayant envie de s'offrir une pelisse se vit refuser par sa femme la somme indispensable à cet achat. La veille du Nouvel An, il alla jouer au cercle les dernières sommes qui lui restaient et les perdit. « Le lendemain, Mrs Mollisson déclara qu'elle voulait retourner aux Etats-Unis et que là-bas, désormais, Jack devrait se contenter de quinze dollars par semaine. Nourri et logé, il n'avait, disait-elle, pas besoin de davantage. « Cette décision, qu'il sentit irrévocable, la condamnait. « Ce soir-là, Jack me fit boire plus qu'à l'ordinaire ! Sarah, entièrement dominée -par le Chinois, nous ouvrit la porte de la chambre, tandis que sous l'empire d'un soporifique administré par Li, la malheureuse victime dormait profondément. « Mollisson frappa. « Je forçai le coffre-fort, et m'emparai du diamant et des bijoux qui d'ailleurs étaient de peu de prix à côté du solitaire. Le Chinois fit main basse sur les titres et les billets. « Sarah, seule, ne toucha à rien, cachant son visage dans ses mains pour ne pas voir. « Elle sanglotait. « Jack avait si bien préparé nos alibis que nous ne fùmes par tourmentés. « Nous pûmes quitter la France, mais Jack avait su se faire des amis. Quand il apprit que vous, monsieur Dubois. alliez vous mettre en campagne pour retrouver les coupables, il eut le courage de revenir et de faire la traversée avec vous. » Frédéric, les yeux soudainement dessillés, cria  : — C'était Wilson ! — Vous l'avez dit. Wilson qui a su si habilement accaparer votre sympathie et, sous ce nom d'emprunt, semer les embûches sur votre route. Ainsi cet homme que les policiers avaient conduit à la prison de la ville, était ce soi-disant ami auquel Frédéric avait un moment donné sa confiance, tandis que, sous les traits d'un commissaire préposé à sa sauvegarde, Sam luimême jouait son rôle dans l'affreuse comédie. Frédéric, abasourdi, se demandait  : — Comment n'ai-je pas reconnu cet homme tantôt dans le bois... Ainsi, le grand coupable se trouvait maintenant entre ses mains. Tout avait marché avec une si inconcevable rapidité que Frédéric avait peine à retrouver ses esprits. Il pensait  : — Dire que ces deux êtres se sont donné tant de mal pour, dépister mes recherches et qu'il n'a fallu qu'un instant pour me les livrer. Sans doute le moribond eut-il l'intuition de ce qui se passait dans le cerveau de Dubois, car il murmura  : — Comment ne pas croire à la justice immanente, monsieur, vous le voyez, tous nos efforts n'ont abouti pour moi qu'à cette fin misérable ; pour mon complice à un supplice pire que le mien. Et, d'une voix qui s'éteignait, il ajouta  : — J'espère que vous avez ramassé le chien ?... — Le chien ! s'exclamèrent en même temps Frédéric et les détectives... — Oui, le chien, objet du dernier litige survenu entre mon ami et moi. — Je ne comprends pas, dit Frédéric. Le mourant s'affaiblissait de minute en minute, il fit un effort suprême pour achever  : — Ecoutez-moi, recherchez cet animal, ouvrez-lui le ventre, et vous trouverez le- diamant, cause de tous mes malheurs. — Mais, demanda Frédéric, qui donc a eu l'idée de cette cachette ? — Lui, toujours lui  : ah ! les idées ne lui manquaient pas, et vous voyez qu'il s'en fallut de bien peu pour que la chose réussisse. Mais ne perdez pas de temps, occupez-vous de rechercher le chien. Un policier était parti, se dirigeant vers la prison. Il revint bientôt et tout de suite Frédéric lut sur son visage l'insuccès de sa démarche. — On n'a rien trouvé, monsieur, ditil, l'air penaud. Mais déjà son collègue prenait la parole  : — Pas besoin de vous tourmenter. Je suis sûr que l'indigène qui vous accompagnait dans la forêt a ramassé l'animal sans se douter de son contenu. Je sais où trouver cet homme. J'y cours. Le blessé parut un instant se ranimer. — Dieu veuille que vous réussissiez, je mourrai plus tranquille. Et dans un soupir, il balbutia  : — Je voudrais vivre jusqu'à ce moment, il me semble que le poids que j'emporte me serait moins lourd... Mais ses forces diminuaient à vue d'oeil. Il se souleva pour déclarer  : — Li et Sarah ont payé. C'est à mon tour à présent. Et, dans un dernier râle, il s'affaissa. Une mousse rose coula de ses lèvres. — C'est fini ! annonça le médecin présent. On tira sur le visage de Sam le drap rugueux de l'hôpital et les hommes se signèrent. CHAPITRE IV LE JOYAU RETROUVÉ Le policier ne s'était pas trompé. A peine eut-il franchi le seuil de l'Hawaïen qu'il aperçut les enfants de celui-ci en train de jouer avec le caniche, cause de tant de malheurs. Il n'eut aucune peine à obtenir de l'homme la restitution de ce que l'indigène croyait un simple toutou de carton, bon tout au plus pour distraire sa marmaille. Le policier lui donna quelque monnaie et s'en alla, accompagné des remerciements de la tribu. A l'hôtel où Frédéric était descendu, on procéda à l'ouverture du chien. La cassette restait intacte. On en fit sauter le couvercle et le diamant apparut, plus énorme, plus magnifique qu'aucun de ceux qui se trouvaient là eût osé le penser. Le policier le plus haut en grade assura  : — (..te n'est pas quelques centaines de mille francs que vaut ce joyau, mais bien plusieurs millions. La capture est d'importance. Frédéric dit simplement  : — Pourquoi faut-il que cette capture ait causé la mort d'un homme... — Vous n'allez tout de même pas plaindre ce bandit, interrompit le second détective. — Je ne puis m'empêcher de croire que ce Sam n'était pas le plus coupable. — Gardez votre, pitié, monsieur, nos deux coquins se cachaient, croyez-moi, et l'autre, quoique vivant, ne tardera pas à subir le sort qu'il mérite. Frédéric déclara qu'il laissait ce soin à la justice. Il pensait que le soi-disant Johnston serait probablement extrait des prisons d'Honolulu et dirigé sur New-York, où il serait jugé par les magistrats de son pays. En attendant, Dick allait tout de suite déposer le diamant à la banque. — Ce bijou m'a donné trop de tracas, dit-il aux détectives, il me tarde de le restituer aux héritiers de Mrs Mollisson, mais pour rien au monde je ne voudrais le garder avec moi. Il se rendit donc dans la principale banque de la ville, mais par malchance il trouva les bureaux fermés. Un des directeurs venait de mourir et l'on n'ouvrirait les grilles que le lendemain. — Ne vous tourmentez donc pas, dit un des policiers. Enfermez ce diamant dans votre armoire et ne quittez pas la chambre jusqu'à demain. Mon collègue et moi, d'ailleurs, ferons bonne garde. Thérèse, quand elle connut les détails de l'affaire, se prit à trembler. — Quel contretemps, s'écria-t-elle, mon Dick, je ne vivrai pas tant que ce maudit diamant sera entre nos mains. Ne pouvais-tu donc le déposer au consulat ? On voit bien que tu ne connais pas le pays. Tout est fermé à partir de midi. Je ne trouverai personne nulle part. Après un repas léger, les époux se couchèrent, non sans avoir préalablement verrouillé leur porte. A l'aube, Frédéric fut tiré de son sommeil par un léger bruit. Il s'assit sur son séant, ouvrit les yeux et demeura cloué de surprise. La porte était ouverte et le premier coup d'oeil jeté sur l'armoire, lui prouva que le trésor avait disparu. En un clin d'oeil, Dubois fut debout et courut réveiller les gens de l'hôtel. Personne n'avait rien vu, rien entendu. Les policiers n'étaient plus là... Frédéric se perdait en conjectures. Que faire, que supposer ? Bientôt, cependant, il eut la clé du mystère. L'un des policiers revenait, très pâle, les dents serrées, portant sur son visage glabre la marque de la plus furieuse colère. — Ah ! monsieur, ce Johnston est au moins le diable ! — Qu'a-t-il encore tenté ? — Il s'est enfui grâce à on ne sait quelle complicité ; mais, le plus fort, voyez-vous, c'est qu'il a trouvé parmi les indigènes une espèce de sorcier qui, venu ici, sous les traits d'un des boys de service, a endormi mon collègue et lui a fait dire où se trouvait le diamant. Le reste n'était qu'un jeu. — Alors, Johnston ?... — Est probab:ement sur le Pacifique, à l'heura ael telle, et vogue vers le Japon, avec le trésor reconquis. Frédéric se tordait les mains. Ainsi, tout s'écroulait. Au moment précis où il touchait au but, ce misérable le narguait encore et fort de l'impunité, seul désormais à défendre le diamant, demeurerait sans doute introuvable. Ainsi, tant de peines, tant de fatigue imposées, non seulement à lui-même, mais à sa famille pour le bien de tous, n'aboutissaient qu'à cette mésaventure. Thérèse, affalée sur un divan, pleurait doucement, ne trouvant même plus le courage de consoler le cher compagnon dont elle partageait l'humiliante défaite.



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