Travail n°74 mai 2012
Travail n°74 mai 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°74 de mai 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 4,2 Mo

  • Dans ce numéro : un meilleur départ pour les jeunes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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36 exemple le fait que les 10 millions de personnes qui travaillent dans l’économie informelle, y compris certains des plus vulnérables et des moins aptes à faire face aux aléas, pourraient tirer un grand bénéfice de cet accès aux produits de microassurance. « Habituellement, leurs revenus fluctuent considérablement. Nous devons donc nous adapter à leur environnement », dit-il. Ces dernières années, la microassurance a ouvert de nouvelles perspectives aux familles à bas revenus en leur permettant de se protéger contre les risques, ce qui a suscité un intérêt considérable à l’échelle mondiale. L’OIT a été en première ligne dans ce domaine, à travers le Fonds pour l’innovation en microassurance (qui fait partie du Programme finance et solidarité) ; la publication intitulée Protéger les plus démunis : guide de la micro-assurance, éditée par l’OIT en 2006, a été suivie plus récemment par une série d’études détaillées et de documents de recherche sur ce thème. Dans le contexte kényen, comme le démontre la CIC, il est tout à fait logique de promouvoir et de fournir des produits de microassurance grâce à la technologie mobile. L’usage du téléphone cellulaire s’est intensifié rapidement ces dernières années, passant de 8 millions de téléphones en 2007 à 19 millions l’an dernier, dans un pays d’environ 40 millions d’habitants. La grande majorité des utilisateurs a dorénavant accès aux services électroniques de transfert de fonds mis en place par les opérateurs de téléphonie comme le dispositif M-Pesa (porte-monnaie électronique) de Safaricom. M-Pesa dispose maintenant de 14 millions d’adhérents et de 28 000 agents dans tout le pays. « Cela correspond à un changement spectaculaire en termes d’accès aux services financiers », explique Nelson Kuria, soulignant qu’un pourcentage très élevé de la population kényenne peut dorénavant, au moins en théorie, sortir d’une situation d’exclusion financière. Le service de sa propre compagnie qui utilise la plateforme M-Pesa a été dénommé M-Bima, ce qui signifie assurance mobile en kiswahili. La coopérative d’assurance devient un acteur de premier plan La CIC, qui est sous le contrôle du mouvement coopératif du Kenya, était au début quasiment insolvable et sa présence sur le marché de l’assurance kényen était insignifiante. Ces dernières années, elle est devenue un acteur majeur, le troisième sur plus d’une quarantaine de compagnies. L’encours de ses primes durant la dernière année financière a augmenté de 58 pour cent et son objectif stratégique, au moins selon Nelson Kuria, est de devenir le plus grand assureur d’ici à la fin de la décennie. « Le potentiel est énorme. L’Afrique ne représente que 2 pour cent du total des primes d’assurance mondiales, dont 90 pour cent en Afrique du Sud. Au Kenya, la pénétration de l’assurance ne représente que 3 pour cent du PIB », constate Nelson Kuria. « Le problème, explique-t-il, est d’aider les gens à comprendre le rôle que peut jouer l’assurance pour protéger leur famille et leurs biens. Les personnes qui disposent d’un revenu faible n’ont tout simplement jamais eu accès à une assurance et ont généralement un niveau de connaissances financières faible », ajoute-t-il. L’une des manières adoptées par la CIC pour changer cela est de travailler avec le Réseau des M. Crozet/OIT
coopératives d’épargne et de crédit du Kenya (les SACCO en anglais, une sorte de caisse de crédit). La CIC organise une couverture collective d’assurance vie pour les prêts qui est automatiquement incluse quand les membres de la SACCO empruntent de l’argent à la coopérative. La CIC dispose aussi d’une série de produits d’assurance pour les fermiers, qui les protège des dangers comme la sécheresse, les inondations et l’incendie. Cependant, l’introduction du M-Bima peut permettre à la CIC d’étendre son champ d’action. « Nous devons innover et être créatifs pour trouver des réseaux de distribution non traditionnels », affirme Nelson Kuria. Il ajoute que l’an dernier la microassurance a contribué à hauteur de 600 millions de shillings kényens au total des primes de la CIC qui représentent 4,5 milliards de shillings. Parmi les offres actuelles de microassurance se trouve la Jamii Salama qui allie différents éléments de police d’assurance, y compris une assurance décès, funérailles et accidents conçue pour les familles. Les petits et microcommerçants se voient proposer la police appelée Biashara Salama, offrant une protection contre l’incendie et le vol, tandis que la CIC propose aussi un produit de microassurance conçu sur mesure pour les gardes de sécurité, le Jikinge. Mettre l’assurance à la portée des gens au bas de l’échelle Selon Nelson Kuria, la CIC s’est développée dans la microassurance en partie du fait de son engagement en tant que coopérative envers des objectifs tant sociaux qu’économiques. « Mettre l’assurance à la portée des gens qui sont au bas de l’échelle ne permet pas d’engranger des bénéfices à brève échéance et les autres courtiers en assurance ne s’y intéressent pas. Cela exige de lourds investissements en amont et les ressources capitalistiques sont rares », explique-t-il. Mais il est optimiste et pense qu’à terme le développement de la microassurance sera un succès. « A long terme, la microassurance est viable », persiste-t-il. M. Crozet/OIT Mai 2012, n o 74 | Articles généraux | 37 Lors du lancement de l’Année internationale des coopératives par l’ONU, Pauline Green, présidente de l’organisation faîtière de l’Alliance internationale des coopératives (AIC), a déclaré que les coopératives étaient à la fois des entreprises à succès et des agents du progrès social. « Depuis près de deux siècles, nous avons contribué à réduire les conflits, à instaurer de la cohésion communautaire, à renforcer les compétences et l’expertise, à développer le potentiel de gestion locale et à soutenir les femmes. Les coopératives ont été un acteur puissant pour intégrer la société civile dans le monde entier. Ce sont des entreprises qui ont un engagement social profond inscrit dans leurs gènes », souligne-t-elle. Les données publiées par l’AIC montrent que les 300 plus grandes entreprises coopératives génèrent à elles toutes plus de 1600 milliards de dollars, ce qui équivaut à la neuvième plus grande économie du monde. Nelson Kuria considère qu’il est réellement possible de renforcer le secteur des entreprises coopératives mais à condition qu’elles restent fidèles à leur mission et à leur vision historiques. « Les coopératives ont été créées pour répondre à l’exploitation des plus démunis, au manque de débouchés et à leur exclusion. Elles offrent aux pauvres l’occasion de se regrouper et de gagner en autonomie et de jouer pleinement leur rôle dans la société. Pour les coopératives, la réussite commerciale est importante mais elles ne sont pas guidées par la seule recherche du profit. Nos objectifs sociaux et économiques se renforcent mutuellement et rendent notre modèle très puissant », affirme-t-il. C’est cette philosophie qui a donné sa place actuelle à la CIC dans le secteur kényen de l’assurance et qui soustend son plan quinquennal stratégique de développement. L’organisation a récemment annoncé qu’elle envisageait de s’installer dans les pays africains voisins, à savoir le Malawi, le Rwanda, la Tanzanie et la nouvelle République du Sud-Soudan.•



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