Travail n°74 mai 2012
Travail n°74 mai 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°74 de mai 2012

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 4,2 Mo

  • Dans ce numéro : un meilleur départ pour les jeunes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DR 28 | Mai 2012, n o 74 | Articles généraux Articles généraux Les femmes : une ressource inexploitée Il y a quelques décennies encore, la plupart des pays bannissaient le travail des femmes dans les mines. Mais, au fil du temps, elles se sont frayé un chemin à travers ce territoire à dominante masculine, démontrant qu’elles possédaient toutes les qualités requises pour réussir. Reportage de Patrick Moser, journaliste en poste à Genève. Quand Claudia Haney se rend 500 mètres sous terre dans la mine K + S Kali de Neuhof-Ellers, dans l’État allemand de Hesse, elle force le respect des 300 hommes présents. Cette grande femme mince, âgée de 33 ans, est la première femme d’Allemagne à diriger une mine. Les mines ont longtemps été la chasse gardée des hommes, l’hostilité à l’encontre des femmes trouvant son illustration dans le mythe selon lequel la présence d’une femme provoquerait l’effondrement du puits de mine. Mais, au fil des décennies, les femmes ont obtenu l’accès aux mines. Si elles ne représentent toujours qu’une minorité dans un secteur encore largement dominé par les hommes, leurs effectifs s’accroissent. C’est une bonne nouvelle non seulement pour les femmes, mais aussi pour l’industrie minière qui est confrontée à une grave pénurie de compétences. En Australie, Gina Rinehart, héritière de mines, a transformé l’entreprise familiale pour faire d’une petite usine de prospection un groupe minier mondial et devenir par là même la femme la plus riche du pays.
En 2007, Cynthia Carroll fut la première femme nommée directrice générale d’un géant minier anglo-américain basé à Londres. « Je n’avais jamais songé à la mine comme à un territoire interdit aux femmes », déclare Cornelia Holtzhausen, directrice générale de la compagnie anglo-américaine Kumba propriétaire de mines de fer à Thabazimbi, en Afrique du Sud. « J’ai grandi dans le milieu de la mine – le père de mon ami était métallurgiste dans une mine d’or – et j’ai toujours trouvé cela très stimulant », confie-t-elle. Dans l’État minier du Queensland, en Australie, les pouvoirs publics ont lancé l’an dernier l’initiative « Les femmes portent le casque » afin d’encourager les filles à envisager des carrières qui sortent du commun comme la mine. « Recruter des femmes est une solution gagnantgagnant parce qu’elles représentent le plus vaste réservoir de talents à la disposition des employeurs qui doivent faire face à une pénurie de compétences », affirme la ministre des Femmes du Queensland, Karen Struthers. « Cette industrie a besoin de femmes. Ce n’est plus une question de choix. Faire carrière dans la mine doit être une réalité pour les femmes, pas une nouveauté. » « La présence renforcée des femmes dans les industries non traditionnelles va contribuer à pallier le manque de compétences et permettre aux femmes et aux jeunes filles de prendre leur part au boom des matières premières que connaît le Queensland », précise M me Struthers. En Colombie britannique, au Canada, un emploi sur vingt se trouve dans l’industrie minière et la prospection, mais les femmes ne constituent que 16 pour cent de cette main-d’œuvre, et même à peine 5 pour cent des emplois de travailleurs manuels et de manœuvres d’équipement lourd, considérés comme non traditionnels pour les femmes. Selon les prévisions du secteur de la prospection et de l’exploitation minières en Colombie britannique, il faudra près de 6000 employés supplémentaires d’ici à 2016 ; un groupe de travail étudiant la question a indiqué l’an dernier qu’il devenait crucial pour cette industrie de se tourner vers les femmes. « Il est évident que ces défis ne sont pas l’apanage de la Colombie britannique », a déclaré l’équipe dans son rapport intitulé Women : An unmined resource (Les femmes : une ressource inexploitée). Par exemple, les compagnies privées opérant Mai 2012, n o 74 | Articles généraux | 29 Je n’avais jamais songé à la mine comme à un territoire interdit aux femmes en Australie et en Afrique du Sud, ainsi que les autorités locales, « concentrent à dessein leurs efforts et leurs ressources pour rendre l’industrie plus attrayante pour les femmes et les autres catégories minoritaires ». Pourtant, le rapport déplore le fait que l’industrie minière et sa culture restent dominées par les hommes, les femmes témoignant qu’elles sont exclues des activités sociales. Il mentionne aussi l’absence de femmes aux postes à responsabilité perpétuant la croyance qu’elles ne sont pas les égales des hommes. Il y a quelques décennies seulement, les femmes étaient bannies du travail sous terre dans nombre de pays. Sandra Collins fut l’une des premières femmes à étudier l’ingénierie minière dans le Queensland et la seconde à véritablement travailler dans ce secteur en Australie. Elle dirige aujourd’hui l’exploitation d’une grande mine de charbon dans le Queensland. Toutefois, dans les années 80, elle a dû combattre la législation qui empêchait les femmes de travailler dans les mines souterraines pour entamer une carrière de précurseur. « C’est une relique qui date de l’époque (les années 1800) où la législation avait été conçue pour sortir les femmes et les enfants des mines », a-t-elle raconté à la chaîne de télévision australienne ABC. « Elle n’avait pas été modifiée et figurait toujours sur les tablettes. » L’interdiction faite aux femmes de travailler sous terre remonte au milieu du XIX e siècle. Un tollé populaire sur les conditions terribles régnant dans les mines britanniques, décrites dans un rapport de la commission royale, avait débouché sur l’adoption de la loi 1842 sur les mines qui interdisait aux femmes, ainsi qu’aux enfants de moins de dix ans, de travailler dans les mines. Cette pratique trouva également un écho dans la convention n o 45 de l’OIT, adoptée en 1935, qui interdit le travail sous terre pour les femmes. PHOTO OIT



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