Travail n°58 décembre 2006
Travail n°58 décembre 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de décembre 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : s'affranchir ensemble de la pauvreté par le travail.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTICLES GÉNÉRAUX LES COOPÉRATIVES Coopérons pour lutter contre la pauvreté La réforme des coopératives en Tanzanie A. BIBBY L es coopératives africaines connaissent actuellement une phase de renouveau, rendue possible par une participation accrue des membres aux prises de décisions et une meilleure viabilité commerciale. Le journaliste britannique Andrew Bibby a réalisé un reportage sur ce sujet en Tanzanie, pays où les coopératives ont adopté une nouvelle stratégie afin d’assurer leur pérennité. MAMSERA, Tanzanie – Dans ce village de producteurs de café situé au pied du Kilimandjaro, le bâtiment d’un étage qui abrite la Coopérative rurale de Mamsera (Mamsera Rural Cooperative Society) constitue un véritable centre névralgique. C’est ici, en effet, que les villageois apportent leur récolte de grains de café pour qu’elle soit pesée et calibrée avant d’être acheminée par la piste jusqu’à Moshi, ville où se déroulent les ventes aux enchères de café. 8 TRAVAIL, N°58, DÉCEMBRE 2006 Dans le bureau de la coopérative, Camili Mariki, le secrétaire adjoint, montre du doigt son téléphone portable grâce auquel, explique-t-il, il peut suivre en temps réel l’évolution des prix du café sur le marché. Cela lui permet, ainsi qu’à ses collègues, de s’assurer que la production de café du village est mise en vente au meilleur moment. En général, le café se négocie entre 1 500 et 2 000 shillings tanzaniens (environ 1,50 dollar américain) le kilo, bien que la coopérative ait, à l’occasion, obtenu plus de 2 dollars le kilo. Les cours sont affichés chaque jour sur le grand tableau à l’extérieur du bâtiment de la coopérative, à la vue de tous. La coopérative de Mamsera compte environ 1 100 membres, qui se réunissent une fois par an, généralement en mars ou avril, pour discuter du budget de l’année à venir et pour décider le prix que la coopérative facturera pour couvrir ses frais généraux. La gestion des affaires courantes est déléguée à un conseil de
neuf membres élus qui, à tour de rôle, surveillent le travail des cinq employés. « Nous sommes autosuffisants », déclare avec fierté M. Mariki, ajoutant que la coopérative a constitué des réserves bancaires de plus de 30 millions de shillings (28 000 dollars américains). Avec une telle solidité, la coopérative de Mamsera a les moyens d’élargir ses débouchés commerciaux. Les membres examinent actuellement la possibilité de vendre leur production de café directement sur le marché européen, ce qui permettrait de supprimer certains coûts liés à la commercialisation à travers le marché de Moshi. Ils ont compris depuis longtemps que la coopérative doit être constamment prête à s’adapter aux réalités du marché. Ainsi, pour faire face à la baisse de la production de café de ces dernières années, il a été décidé de diversifier les activités de la coopérative en créant une petite usine de fabrication de briques. La coopérative a également ouvert deux magasins dans le village et elle fait office de grossiste pour différents produits agricoles comme les engrais, les pesticides et les semences. Un modèle de réforme Une telle réussite n’est hélas pas courante au sein du mouvement coopératif tanzanien. « Certaines coopératives de la région sont au bord de la faillite », indique M. Mariki en expliquant que leurs problèmes financiers sont dus au fait qu’elles sont trop dépendantes de la seule première récolte. Les coopératives de Tanzanie ont une longue histoire dont elles sont fières. Le mouvement coopératif a vu le jour dans ce pays au début des années trente et il a été particulièrement vigoureux pendant la première décennie de l’indépendance. Il disposait alors d’une structure complexe de coopératives primaires et secondaires et d’une banque coopérative nationale. Depuis lors, ses perspectives se sont amenuisées. Pendant une certaine période, les coopératives furent utilisées par le gouvernement pour imposer ses politiques à la population et, de fait, elles furent intégrées aux structures étatiques. Quand la libéralisation du commerce a été introduite dans les années quatrevingt-dix, le mouvement coopératif est resté sourd aux besoins de ses membres et ne s’est donc pas préparé à affronter la concurrence du secteur privé. Le tournant s’est opéré en 2000, lorsqu’une commission spéciale, établie par le Président tanzanien de l’époque, Benjamin Mkapa, a cherché ce qui pouvait être fait pour redynamiser le secteur coopératif du pays. La commission a sévèrement critiqué le mouvement coopératif qui, selon elle, souffrait d’une pénurie de capitaux, de structures trop rigides, d’un manque de leadership, de détournements de fonds et de vols. Depuis lors, une série de mesures concertées ont été prises pour renverser la tendance. Une nouvelle législation relative aux coopératives, qui a notamment pour but de renforcer la participation démocratique des membres, a été adoptée en 2003 et, l’an dernier, le gouvernement a approuvé le Programme global de réforme et de modernisation des coopératives. Cette initiative de l’OIT a pour objectif de « réformer en profondeur les coopératives afin qu’elles deviennent des organisations gérées et contrôlées par leurs membres, compétitives, viables, durables et capables de répondre aux besoins économiques et sociaux de leurs membres ». La responsabilisation des membres et la viabilité commerciale sont perçues comme les deux thèmes centraux de ce programme de réforme. L’exemple de Mamsera montre bien les avantages des coopératives agricoles pour les zones rurales, mais, en Tanzanie, on trouve aussi des coopératives industrielles dans les zones urbaines. A Dar es- Salaam, par exemple, Dasico (Dar es Salaam Small Industries Cooperative) est une coopérative prospère qui compte actuellement 398 membres. Ses activités sont variées puisqu’elles touchent à la menuiserie, à la fabrication de pièces métalliques et de sacs en papier et au soudage. Les membres de Dasico ont accès à des services de santé sur leur lieu de travail, et la coopéra- » TRAVAIL, N°58, DÉCEMBRE 2006 M. Crozet/BIT 9



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