Travail n°58 décembre 2006
Travail n°58 décembre 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de décembre 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : s'affranchir ensemble de la pauvreté par le travail.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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14 ARTICLES GÉNÉRAUX LES TRAVAILLEURS DOMESTIQUES » BIT PHILIPPINES Dans cette famille, j’ai reçu des coups, la fille du patron me tirait les cheveux et plusieurs personnes m’ont giflée. Parmi mes onze employeurs, un seul m’a payé un salaire mensuel de 500 pesos (10 dollars) ; les autres me donnaient 25 pesos, 2 pesos ou parfois rien, surtout lorsqu’ils me laissaient sortir pour aller en cours. » Ce genre de pratiques abusives à l’égard du personnel domestique existent même dans les familles d’un bon niveau socioculturel, comme celles des professeurs qui employaient Mila. Cela est dû au fait que les métiers liés aux services domestiques continuent d’être sous-valorisés. Dans de nombreuses cultures, les employées de maison sont considérées comme de simples « aides ménagères » ou « servantes à demeure » et, de ce fait, on ne juge pas nécessaire qu’elles soient couvertes par la législation du travail et protégées par des dispositions spécifiques. Qui plus est, ces travailleuses et travailleurs représentent une juteuse source de profit pour les agences de recrutement qui les placent sur un marché international à forte demande. Leurs salaires et leurs conditions de travail ne cessent pourtant de se détériorer au niveau national, d’une part parce qu’ils sont considérés comme des travailleurs à faible qualification et, d’autre part, parce que l’offre de personnel domestique augmente à cause d’un afflux de migrants d’autres pays pauvres. TRAVAIL, N°58, DÉCEMBRE 2006 Comme pour les travailleurs nationaux employés à l’étranger Face à la recrudescence des cas de trafic d’êtres humains, de travail forcé et de violations de droits humains dont sont victimes les ressortissants nationaux employés comme domestiques dans des pays étrangers, le ministère philippin du Travail et de l’Emploi s’est récemment engagé à prendre des mesures énergiques pour promouvoir l’orientation et la formation professionnelle en faveur de ces travailleurs. Déjà en 1995, le gouvernement avait adopté une loi (Republic Act 8042) en faveur des travailleurs nationaux employés à l’étranger (Philippine Migrant Workers and Overseas Filipinos Act), qui reconnaissait que l’acquisition de compétences professionnelles est essentielle pour la protection des travailleurs vulnérables. Dans le cadre de la mise en œuvre de cette loi, l’OIT aide le gouvernement philippin à mettre sur pied un dispositif visant à offrir aux travailleurs domestiques l’accès à l’orientation et à la formation professionnelle et la possibilité d’évaluer leurs compétences et d’obtenir un diplôme. Ce service, géré par l’organisme public chargé de la formation professionnelle et du développement des ressources humaines (Technical Education and Skills Development Authority - TESDA), devrait permettre aux travailleurs domestiques employés à l’étranger d’être mieux valorisés sur le marché international et, par conséquent, de préser-
ver leur avantage salarial relatif et d’accéder à un statut de professionnels. Grâce à un tel dispositif d’orientation et de formation professionnelle, les employés de maison philippins travaillant à l’étranger seront mieux protégés et davantage compétitifs, mais il reste encore beaucoup à faire pour offrir la même chose aux travailleurs domestiques actifs dans le pays. Ceux-ci souhaitent vivement que le gouvernement mette en œuvre en leur faveur les mêmes lois et les mêmes services que ceux qui sont offerts à leurs collègues employés à l’étranger. Ils ont pour ambition de faire promulguer une loi qui couvrirait l’ensemble des travailleurs domestiques, comme il en existe une pour les travailleurs migrants (RA 8042). Ce projet de loi fourre-tout, qui sera soumis au Parlement, porte le nom de Batas Kasambahay ou Grande Charte en faveur des travailleurs domestiques (projet de loi n°1606). La plupart des domestiques travaillant dans des familles philippines ont un niveau d’instruction très faible et manquent d’information. C’est pourquoi ils/elles demandent à avoir accès à un programme d’orientation et de formation professionnelle. D’autre part, ils/elles souhaitent que le gouvernement oblige les agences de recrutement opérant sur le marché national à agir de façon plus responsable et à assumer certaines obligations. Ils/elles estiment que, si le gouvernement prend de telles mesures, il aura d’autant plus de légitimité morale pour obtenir de meilleures conditions de vie et de travail en faveur des travailleurs migrants. Dans sa lutte pour la reconnaissance du travail domestique, cette année, Mila a orienté le SUMAPI vers un programme intensif de formation mené à bien sous l’égide de la Fédération des travailleurs libres et de l’OIT. Les cours proposés portent sur une diversité de sujets tels que la mise au point d’un projet d’avenir, la planification stratégique et opérationnelle, les droits humains et les droits des travailleurs, la syndicalisation, la mobilisation des ressources, la gestion financière, les services aux personnes marginalisées et l’esprit d’entreprise. « J’ai la conviction qu’avec ce programme nous mettons tout en œuvre pour que les futures générations de domestiques n’aient pas leur enfance gâchée comme cela a été notre cas », affirme Mila. « Toutes les actions, aussi insignifiantes soientelles, que les divers partenaires sociaux mobilisés par l’OIT ont menées à bien en notre faveur au cours des dernières années vont nous permettre, à nous et aux générations à venir, de parvenir à une véritable reconnaissance du travail domestique. Nous sommes suffisamment nombreux et nous jouons un rôle important dans la vie des familles et des personnes. Il va falloir qu’on nous écoute. » BIT PHILIPPINES A TRAVAIL, N°58, DÉCEMBRE 2006 INITIATIVES LOCALES EN FAVEUR DU DÉVELOPPEMENT DES COMPÉTENCES ET DE LA PROTECTION SOCIALE u-delà de l’assistance qu’elle fournit au gouvernement philippin en vue de la modernisation de sa législation et de sa réglementation relatives aux agences privées de recrutement et de placement, l’OIT s’est intéressée à un certain nombre d’initiatives entreprises par des ONG et des organismes publics locaux. En décembre 2004, la municipalité de Quezon City a adopté un arrêté qui prévoit l’obligation de déclarer les employés de maison et de leur fournir une couverture sociale, ainsi que la mise à leur disposition d’un bureau d’aide sociale (Kasambahay) et d’une permanence téléphonique. Cette initiative a donné lieu à l’élaboration d’un texte modèle pouvant être utilisé dans le reste du pays. En février 2006, un arrêté de même teneur a été adopté par la municipalité de Makati City. « La meilleure façon de mener à bien sur le terrain des initiatives visant à aider les travailleurs domestiques, c’est lorsque les pouvoirs publics locaux (Barangay) et les associations d’employeurs domestiques travaillent main dans la main », explique Constancia Lichauco, la directrice du Barangay de Belair, une agglomération résidentielle de Makati. Cela fait onze ans maintenant qu’est mis en œuvre à Belair le programme Kabalikat sa Tahahan (« Un partenaire chez soi »), qui consiste à offrir aux travailleurs domestiques une formation de trois mois axée sur le développement de leurs compétences, leurs connaissances et leurs valeurs. Les cours ont lieu tous les mercredis après-midi. La Confédération des employeurs philippins s’est appuyée sur ce programme pour mener à bien sa campagne de sensibilisation auprès des employeurs domestiques et élaborer son Code d’éthique pour l’emploi de personnel domestique. 15



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