Travail n°58 décembre 2006
Travail n°58 décembre 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de décembre 2006

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : s'affranchir ensemble de la pauvreté par le travail.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 ARTICLES GÉNÉRAUX LES TRAVAILLEURS DOMESTIQUES BIT PHILIPPINES Sur le chemin de la reconnaissance « Notre travail compte », proteste le personnel domestique philippin Aux Philippines, les travailleuses et travailleurs domestiques peuvent désormais faire entendre leur voix grâce au SUMAPI, une organisation, unique dans le pays, qui cherche à défendre leurs droits. Ricardo R. Casco, collaborateur du projet DOMWORK de l’OIT, fait le point sur les conquêtes de cette organisation. MANILLE, Philippines – Deux millions et demi de ménages philippins dépendent d’une aide domestique pour arriver à concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles. Des employées de maison philippines travaillent également dans près de soixante-dix pays, où elles jouent un rôle social de plus en plus important compte tenu de l’évolution des modes de vie familiale et de l’organisation du travail. Pour autant, le travail domestique continue d’être TRAVAIL, N°58, DÉCEMBRE 2006 sous-valorisé et c’est une activité où il reste encore beaucoup à faire pour venir à bout du travail des enfants. Milaluna Tibubos (Mila) relate sa propre expérience en ces termes : « Je viens d’une petite ville de province, Iloilo, où j’ai grandi dans une famille de douze enfants. J’ai appris très jeune ce que veut dire être pauvre et être née dans une famille pauvre. J’ai vite compris que mes parents n’avaient pas les moyens de me laisser finir le collège. Comme la plupart des filles de mon âge, j’avais envie d’étudier et d’obtenir un diplôme universitaire. Il n’y avait que cela qui m’importait à l’époque, mais je savais que ma famille ne pouvait pas me payer des études. Il y avait des jours où nous n’avions même pas de quoi manger, faute d’argent pour faire les cour-
ses. Je me suis alors tournée vers mes professeurs en pensant qu’ils pourraient peut-être m’aider. Certains m’ont alors proposé de venir m’installer chez eux comme employée de maison en promettant que, plus tard, ils m’aideraient à étudier au lycée, puis à l’université. » C’est ainsi que Mila débuta son long parcours vers la maîtrise de son destin, mais, dans un premier temps, les choses ne se sont pas passées comme elle le pensait. « J’ai commencé à travailler à l’âge de 9 ans, avec l’objectif de financer mes études et d’aider ma famille. Ce n’était pas facile. Dans l’une des premières familles où j’ai travaillé, je devais m’occuper de deux jeunes enfants âgés de 2 et 5 ans ; j’étais moi-même encore une enfant et je ne savais pas vraiment m’occuper d’eux. Alors mon employeur me frappait chaque fois que je faisais une bêtise. Je ne recevais pratiquement aucun salaire, seulement 1 peso par jour. Certains jours, je devais manquer des cours sur ordre du professeur qui m’employait, parce qu’il voulait que je rentre à la maison surveiller les enfants. » Aujourd’hui, Mila est la dirigeante élue du SUMA- PI (Samahang Ugnayanng mga Manggagawang Pangtahanan sa Pilipinas), la seule organisation qui représente le personnel domestique aux Philippines. Grâce à l’appui du projet régional en faveur d’une mobilisation visant à protéger le personnel domestique du travail forcé et de la traite des personnes (ILO-DOMWORK), le SUMAPI s’apprête, cette année, à acquérir son indépendance juridique, après des années passées sous la tutelle de la fondation Visayan-Forum (VFFI), organisation qui défend énergiquement les droits et les conditions d’emploi des travailleurs domestiques. Le SUMAPI est une organisation populaire, sans capital social et sans but lucratif, qui a été créée par la VFFI en 1995 en vue de protéger les enfants et les femmes migrants employés sur le marché local. D’abord concentrées à Manille, ses activités se sont ensuite étendues aux provinces de Davao, Bacolod, Batangas, Iloilo et Cebu. Environ 8 000 employés de maison sont actuellement membres du SUMAPI, qui compte 21 groupes de base intervenant dans les jardins publics, les écoles, les institutions communautaires et les paroisses. Les responsables de ces groupes de base sont, comme Mila, d’anciens domestiques qui ont réussi à s’affranchir de ce type d’emploi grâce au programme d’aide psychosociale de la VFFI et à la formation proposée dans le cadre du Programme IPEC. Ayant connu les affres du travail des enfants quand ils étaient domestiques dans des familles, ils savent de quoi ils parlent et ont acquis une certaine crédibilité pour défendre les droits et les intérêts des travailleurs domestiques. Ils ont compris comment il fallait s’y prendre pour valoriser cette activité. Un travail sous-valorisé et sous-payé La demande de personnel domestique est très élevée aux Philippines, mais les conditions salariales prévues par la législation nationale actuelle pour cette catégorie de travailleurs ne reflètent pas la réalité du marché. Au cours de son récit relatant les vicissitudes de sa vie de jeune domestique, Mila explique qu’elle a toujours reçu des salaires dérisoires malgré les conditions difficiles dans lesquelles elle avait accepté de vivre et de travailler pour réaliser son vœu le plus cher : obtenir un diplôme universitaire. « J’ai souvent changé de famille ; en sept ans, j’ai eu en tout onze employeurs. J’étais partie travailler en dehors de ma province, loin de ma famille, dans un endroit que je connaissais à peine et où je n’avais personne à qui m’adresser en cas de problème. Je n’avais presque pas de contacts avec ma famille et j’ai même travaillé pour une famille qui me logeait dans une cabane rustique, une nipa hut, située à l’extérieur de la maison. Je dormais là sans oreiller, sans couverture, sans aucun confort et, pour manger, je devais me contenter des restes. La journée, je devais m’occuper de toutes les tâches ménagères. TRAVAIL, N°58, DÉCEMBRE 2006 » BIT PHILIPPINES 13



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