Travail n°43 juin 2002
Travail n°43 juin 2002
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de juin 2002

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 2,7 Mo

  • Dans ce numéro : un avenir sans travail des enfants.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ARTICLES GÉNÉRAUX CAMBODGE HARCÈLEMENT INDE TIMOR-ORIENTAL Le harcèlement mor chez les syndiqués Les menaces, les insultes, le sabotage font-ils partie du travail ? Tel semble bien être le cas si l’on en croit l’avalanche d’histoires d’horreur rapportées lors d’une réunion syndicale récemment tenue à Montréal. Le journaliste canadien Jean-Sébastien Marsan raconte comment le harcèlement moral est en train de devenir le nouveau fléau des travailleurs et ce que les représentants des travailleurs et des employeurs peuvent faire pour remédier à la situation. MONTRÉAL, Canada – Une employée est menacée quotidiennement de viol par un courrier électronique anonyme, jusqu'à ce qu'elle plonge dans la dépression mentale. Un patron retire les portes des toilettes, estimant que les employés y perdent leur temps. L'équipe de jour d'une mine, en conflit avec l'équipe de soir, néglige délibérément de relever quelles sont les parois souterraines susceptibles de s'effondrer sur les travailleurs du soir. Ces cas sont authentiques. Ils ont été glanés l’année dernière à la XIV e Conférence annuelle des délégués sociaux du Conseil régional Montréal métropolitain de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la plus importante centrale syndicale de la province canadienne. Chacun des 252 délégués sociaux du conseil, réunis dans un hôtel montréalais pour une journée de conférences et d'ateliers, avait son histoire d'horreur à raconter. Cette année, le harcèlement et la violence étaient d'ailleurs le thème de presque toutes les rencontres régionales des délégués sociaux de la FTQ. De l'avis général des délégués sociaux montréalais, le harcèlement moral (ou psychologique) s'est récemment ajouté à la violence « habituelle » (passages à tabac, agressions sexuelles, racisme, sabotage, etc.). La cause ? « Toutes les pressions liées à la réorganisation du travail et au manque d'effectifs », déclare sans hésiter Denise Gagnon, coordonnatrice du réseau des délégués sociaux de la FTQ. « Les gens tombent malades physiquement ou mentalement, dit-elle. Ou 12 TRAVAIL, N O 43, JUIN 2002 bien, pour résister au stress, ils vont carrément s'agresser entre eux. » LE RÔLE DES « DÉLÉGUÉS SOCIAUX » Méconnus du grand public québécois, les délégués sociaux sont formés par les syndicats pour constituer un réseau d'entraide. Dans les années quatre-vingt, ils s'attaquaient essentiellement à des problèmes individuels : toxicomanie, éclatement de la famille, endettement, jeu compulsif, dépression, tendances suicidaires... Depuis les années quatre-vingt-dix, les conflits interpersonnels liés à l'organisation (ou à la désorganisation !) du travail les mobilisent davantage. « Le délégué social est un aidant naturel dans son milieu de travail », explique Jean-Luc Pagé, délégué social au SCFP, local 301 (Syndicat des cols bleus de la Ville de Montréal). « Il a un rôle d'accompagnement, d'écoute, de médiateur et, à la limite, de ressourcement. Ça se fait d'égal à égal, on n'est pas des thérapeutes, des curés ou les Alcooliques anonymes. On est en première ligne, on prend les gens en charge et on les adresse à des professionnels (psychologues, médecins, etc.). » Le programme des délégués sociaux du Conseil régional de la FTQ a été lancé en 1984. La FTQ compte environ 1200 délégués sociaux à Montréal et près de 2300 dans l'ensemble de la province de Québec. Un réseau de « travailleurs sociaux » qui n'a pas d'équivalent dans les autres centrales syndicales québécoises. Un psychologue industriel invité à la Conférence, François Courcy, auteur d'une étude sur la violence au travail auprès de 600 travailleurs (dont 318 syndiqués à la FTQ), a brossé le portrait d'une animosité perverse, davantage verbale et psychologique que physique. La violence des années deux mille est indirecte (par exemple, ne pas contredire une fausse rumeur plutôt que d'insulter quelqu'un en face) et passive – ne pas avertir tel travailleur d'un risque d'accident plutôt que de provoquer soi-même l'accident, ou
al fait des ravages Illustration F. Barbieri encore détruire psychologiquement un employé par simple ostracisme, en l'ignorant ou en l'isolant de ses collègues. Les collègues de la victime fermeront les yeux, par peur ou par lâcheté, et l'agresseur ne sera pas inquiété. « Ce qui est un problème, c'est la compétition entre travailleurs pour le job, notamment pour les heures supplémentaires », soutient Francine Burnonville, coordonnatrice du réseau des délégués sociaux du Conseil régional Montréal métropolitain. Pour conserver un poste ou obtenir des heures supplémentaires, « la violence ne sera pas raciste ou sexuelle, ce qui n'est plus acceptable, et il n'y aura pas de coups de poing sur la gueule », explique Francine Burnonville. « Les comportements s’inscriront dans un autre registre, celui de la violence passive : accusations d'incompétence, manœuvres pour qu'un employé ait l'air fou, pour qu'il n'ait pas ses outils de travail, de la mesquinerie quoi. » LA RESPONSABILITÉ DE L'EMPLOYEUR Entre 1990 et 1999, le nombre de plaintes déposées à la Commission de la santé et de la sécurité au travail du Québec (CSST) pour « lésion psychique » a doublé. François Courcy souligne que cinq ou six travailleurs québécois se suicident chaque semaine pour une raison liée à leur travail. Chaque semaine ! Plutôt que de revoir l'organisation du travail, souvent fondée sur la performance à tout prix, les employeurs préfèrent attribuer la violence à ce que François Courcy nomme le « mythe du profil de l'agresseur ». Un petit livre pratique récemment publié par les Éditions Transcontinental, Un collègue veut votre peau (Montréal, collection « S.O.S. boulot »), décrit trois archétypes d’agresseur : 1. La « brute », irrécupérable salaud qui éprouve depuis l'enfance un plaisir à détruire la dignité d'autrui. » TRAVAIL, N O 43, JUIN 2002 13



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