Travail n°26 sep/oct/nov 1998
Travail n°26 sep/oct/nov 1998
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de sep/oct/nov 1998

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : la violence au travail, elle existe partout dans le monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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personnel hospitalier, motivées par des actes de violence et de brutalité ont augmenté de 88% depuis 1985. En Allemagne, le coût direct de la violence psychologique dans une entreprise de 1000 employés a été estimé à 112 000 dollars (200 000 DM) par an, auxquels viennent s’ajouter 56 000 dollars en coûts indirects. Pour en finir avec la violence au travail Un jour du mois de mars, à l’école de Dunblane, en Ecosse, un homme seul armé d’un pistolet pénètre dans le gymnase et tire. L’instant d’après, une institutrice et 15 enfants sont étendus, morts. En tout, 58 balles ont été tirées. Quelques semaines plus tard, sur un site historique de l’île australienne de Tasmanie, un homme seul, muni d’un fusil d’assaut tue 35 personnes et en blesse plus de 30, dont les employés qui étaient chargés de l’entretien du site. Ces deux drames, survenus dans deux régions très différentes et très éloignées, dont personne n’aurait pu imaginer un instant qu’elles puissent un jour être le théâtre d’aussi horribles événements, sont la preuve que la violence peut frapper à toute heure et en tout lieu. D’après le rapport du BIT, on reconnaît aujourd’hui de plus en plus qu’une démarche globale est nécessaire pour affronter la violence. Ainsi, plutôt que de rechercher une solution unique, valable en toutes circonstances, mieux vaut commencer par analyser toutes les causes possibles de cette violence puis envisager des stratégies adaptées à chaque problème et à chaque situation. La réponse à la violence sur le lieu de travail est trop souvent limitée, ponctuelle et vague. « Puisque la violence nuit à la fonctionnalité du lieu de travail, les mesures visant à l’éliminer font partie intégrante de l’organisation d’une entreprise saine. » « On commence aussi à s’apercevoir que la violence au travail n’est pas seulement 8 Est-ce toujours l’insatisfaction des travailleurs qui est à l’origine de la violence au travail ? un problème épisodique et individuel, mais aussi un phénomène d’ordre structurel et stratégique, ancré dans un vaste contexte social, économique et culturel », explique M. Di Martino. « Puisque la violence nuit à la fonctionnalité du lieu de travail, les mesures visant à l’éliminer font partie intégrante de l’organisation d’une entreprise saine. » Dans le dernier chapitre du rapport, tirant les enseignements de l’analyse théorique du phénomène, les auteurs proposent des moyens d’actions concrets. Ils insistent sur l’importance de la prévention à travers une démarche systématique et ciblée, sur le fait qu’il est urgent d’adopter des lois portant expressément sur la violence au travail, sur le rôle essentiel des directives et sur la nécessité à la fois d’intervenir sans tarder et d’offrir un soutien à long terme aux travailleurs victimes d’actes de violence. Au nombre des mesures que le BIT pourrait prendre, ils préconisent de : ● faire connaître les lois, l’action et les directives novatrices afin que d’autres puissent les utiliser comme exemples ; ● encourager, au niveau des entreprises, les programmes qui condamnent la violence et en particulier la violence au travail ; ● aider les gouvernements et les organisations d’employeurs et de travailleurs à combattre efficacement la violence sur le lieu de travail ; ● participer à l’élaboration de procédures favorisant la dénonciation des incidents violents ; ● coordonner différentes initiatives à différents niveaux et les intégrer dans des stratégies cohérentes. L’action internationale Le BIT a publié différentes études sur des sujets tels que le stress, l’alcoolisme et la toxicomanie au travail, qui sont étroitement liés à celui de la violence sur le lieu de travail. Une forme particulière de violence – le harcèlement sexuel – est depuis longtemps considérée comme prioritaire par le programme d’action du BIT 2. Il est prévu, dans le programme de travail de 1998-99, de satisfaire des demandes telles que celle de la Fédération internationale des employés, techniciens et cadres (FIET) concernant l’élaboration de directives sur la violence au travail. Dans ce contexte, le BIT s’occupera de la collecte de données, de la recherche, de l’évaluation des lois, de la diffusion d’exemples de bonne pratique et de l’élaboration d’une TRAVAIL – N o 26 – 1998 Jacques Maillard
documentation relative aux problèmes particuliers des femmes. Plusieurs incidents récents ont mis en relief le caractère urgent d’une telle tâche. C’est pourquoi les auteurs du rapport souhaitent que la violence au travail soit dès à Une enquête conduite en 1996 auprès de 15 800 personnes, dans les 15 Etats membres de l’Union européenne, révélait que 4% des travailleurs (6 millions) avaient été victimes de violences physiques au cours de l’année écoulée, 2% (3 millions) avaient subi un harcèlement sexuel et 8% (12 millions) avaient enduré des actes d’intimidation et des brimades. Ces données sont, certes, édifiantes mais il n’est pas facile de comparer la violence d’un pays à l’autre. En effet, les statistiques officielles relatives aux homicides, aux agressions physiques et sexuelles, au harcèlement sexuel et à la violence psychologique sur le lieu de travail, sont inégales et souvent peu sûres voire carrément inexistantes. On trouvera ci-dessous la description de la situation dans un certain nombre de pays, tirée du rapport du BIT, avec indication des sources. Etats-Unis Près d’un millier d’Américains sont assassinés chaque année sur leur lieu de travail. Cette forme d’homicide est la première cause de décès des femmes et la deuxième pour les hommes. Selon une étude de la criminalité sur le lieu de travail, réalisée par le ministère de la Justice 1, plus de 2 millions de personnes ont chaque année été victimes de la violence au travail entre 1992 et 1996. Les voies de fait constituent la forme la plus courante de violence ; les auteurs de l’étude estiment à 1,4 million le nombre annuel de cas de coups et blessures. Ils ont également relevé 395 000 cas d’attaques graves, 50 000 viols et agressions sexuelles ainsi que 83 000 vols. Le phénomène de la violence sur le lieu de travail est plus fréquent dans certaines professions que dans d’autres. Les chauffeurs de taxi TRAVAIL – N o 26 – 1998 présent condamnée pour être éliminée dans les plus brefs délais. ❑ 1 Violence at work, Duncan Chappell et Vittorio Di Martino, Bureau international du Travail, Genève, 1998. ISBN 92-2-110335-8. (en anglais seulement). Prix : 25 francs suisses. sont les plus menacés, tandis que les employés des secteurs de la vente au détail et des services sont victimes de plus de la moitié des homicides et de 85% des agressions non mortelles survenant sur un lieu de travail. Royaume-Uni Selon une enquête réalisée par le British Retail Consortium sur la criminalité dans la vente au détail, plus de 11 000 employés de ce secteur ont été victimes de violences physiques pendant leur travail au cours de l’exercice 1994/95, et 350 000 ont subi des menaces et des insultes. La plupart des agressions physiques (59%) se sont produites au moment où les employés tentaient d’empêcher un vol. Dans les autres cas, la violence physique est liée à l’intervention de fauteurs de troubles (16%), de cambrioleurs (10%), de clients en colère (5%) et de personnes sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue (5%). Sur la base des résultats de cette enquête, on a estimé que 5 employés sur 1000 courent le risque d’être agressés physiquement, 35 sur 1000 risquent d’être menacés de violence et 81 sur 1000 d’être insultés. Japon En raison de la récession économique, de nombreuses entreprises nippones ont été amenées à réduire leurs effectifs, remettant en question l’idée auparavant acquise que les travailleurs japonais effectuaient toute leur carrière dans la même entreprise. Avec la fin de la sécurité de l’emploi à vie et du système de l’ancienneté, les cols blancs ont commencé à être maltraités. L’Union des cadres de Tokyo a mis à la disposition des employés brimés ou tyrannisés un service téléphonique accessible jour et nuit, qui a reçu plus de 1 700 appels au cours de deux courtes périodes de juin et octobre 1996. Tous les 2 L’OIT a été la première organisation internationale à adopter un instrument dans lequel soit expressément prévue la protection contre le harcèlement sexuel. La convention n°169 relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989, stipule : « les travailleurs appartenant à ces peuples jouissent de l’égalité de chances et de traitement entre hommes et femmes dans l’emploi et d’une protection contre le harcèlement sexuel » (art. 20, paragr. 3d)). LA VIOLENCE PAYS PAR PAYS : DES CHIFFRES ÉLOQUENTS appelants se sont plaints d’être stressés et beaucoup ont demandé une assistance psychologique d’urgence. Il y avait parmi ces personnes des membres de la famille de travailleurs qui s’étaient suicidés ou avaient tenté de le faire. Allemagne Une vaste enquête nationale réalisée dans ce pays en 1991 par l’Institut fédéral de la santé et la sécurité professionnelles a révélé que 93% des femmes interrogées avaient souffert de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail au cours de leur vie professionnelle. Philippines Le marché philippin de l’emploi se caractérise depuis longtemps par le phénomène de l’émigration des travailleurs. Selon des données recueillies dans ce pays, plus de la moitié de ces émigrés sont des femmes, qui pour la plupart travaillent comme domestiques et dans l’industrie des loisirs. Des études ont montré que ces employées philippines sont très fréquemment victimes d’actes de violence liés à leur emploi. Un très grand nombre d’entre elles se plaignent d’être maltraitées par leur employeur. Par exemple, elles se font tirer les cheveux, battre, frapper les mains avec un objet, brûler la peau, cogner la tête contre un mur ou encore asperger de liquides toxiques et dangereux. Il est aussi fréquent que l’employeur confisque leur passeport afin de les obliger à rester à son service. 1 1996 International Crime (Victim) Survey. Institut interrégional de recherche des Nations Unies sur la criminalité et la Justice, 1998. A paraître, en anglais seulement. Workplace Violence, 1992-96 : National Crime Victimization Survey, Bureau of Justice Statistics (U.S. Department of Justice), Special Report, Washington (DC), juin 1998. 9



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