Travail n°26 sep/oct/nov 1998
Travail n°26 sep/oct/nov 1998
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de sep/oct/nov 1998

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : la violence au travail, elle existe partout dans le monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Viol et homicide. Coups de pied, morsures, coups de poing. Harcèlement à caractère sexuel ou raciste. Harcèlement psychologique, comportement tyrannique. Agression verbale, messages injurieux. Mutisme. Cela fait beaucoup pour une seule journée de travail, n’est ce pas ? Cette énumération reprend quelques-uns seulement des comportements que recouvre l’expression « violence au travail ». La liste est vaste (voir encadré). Bien entendu, certains des actes qui y figurent sont à la limite de l’acceptable, tandis que d’autres peuvent être interprétés différemment selon les cultures. Indépendamment de l’ambiguïté qui entoure parfois la notion de violence, la violence au travail sous toutes ses formes – subtile, ouverte ou psychologique – est en train de devenir sur toute la planète un grave sujet de préoccupation. Tel est l’essentiel du message que transmet le BIT dans un rapport sur la violence au travail 1, qu’il vient de publier et qui contient l’étude la plus approfondie de la violence au travail jamais réalisée à l’échelle mondiale. Les accès de violence au travail décrits dans le monde entier donnent à penser que le problème n’est pas propre à un pays donné ni à un environnement précis ou à une catégorie professionnelle particulière. Certains lieux de travail et certaines professions sont plus exposés que d’autres ; c’est par exemple le cas des personnes travaillant seules ou la nuit et d’une manière générale des femmes, très nombreuses dans les professions à risque, telles que les professions 6 Lorsque travailler devient dangereux Coups de poing, crachats, insultes et coups de feu : la violence au travail existe désormais dans le monde entier La violence au travail, qu’elle soit physique ou psychologique, se généralise. Franchissant les frontières, elle sévit un peu partout dans le monde, tous contextes et toutes catégories professionnelles confondus. Dans un récent rapport, le BIT constate que certains lieux de travail et certaines professions sont devenus dangereux et que les femmes sont plus particulièrement visées. Il décrit le problème tel qu’il commence à se manifester dans de nombreux pays et propose aux pouvoirs publics des moyens de promouvoir le dialogue ainsi que des mesures et des initiatives à prendre pour stigmatiser la violence et la faire disparaître au plus vite du monde de travail. d’enseignante, d’assistante sociale, d’infirmière, d’employée de banque et de vendeuse. Le but de ce rapport est de fournir des éléments d’information et d’analyse qui permettront aux pouvoirs publics, aux organisations patronales et syndicales, aux professionnels de la santé et de la sécurité, aux directeurs du personnel, ainsi qu’aux formateurs et aux travailleurs, de promouvoir le dialogue, et de prendre des mesures pour stigmatiser la violence et l’éliminer au plus vite du monde du travail. La violence psychologique La violence n’est pas forcément physique. Les études réalisées ces dernières années ont démontré l’impact de la violence psychologique et les préjudices qu’elle cause. Cette forme de violence englobe les comportements tyranniques et le harcèlement. La persécution d’un subalterne ou d’un collègue de travail est l’une des formes de violence qui est de plus en plus fréquemment dénoncée. La personne qui se comporte de cette façon cherche à rabaisser l’autre en utilisant des moyens vindicatifs, cruels, malicieux ou humiliants. Par exemple, elle rend la vie difficile à ceux ou celles qui sont en mesure d’effectuer mieux qu’elle-même son travail, elle donne ses ordres en criant, elle n’accepte d’autre manière de faire que la sienne, elle refuse de déléguer, estimant être seule digne de confiance, elle punit l’autre en le critiquant constamment ou en lui retirant ses responsabilités pour cause d’une prétendue incompétence. Selon une étude réalisée au Royaume-Uni, 53% des employés ont été persécutés sur leur lieu de travail, tandis que 78% ont déclaré en avoir été témoins. Les comportements abusifs et tyranniques peuvent avoir des conséquences graves sur les personnes qui les subissent. Par exemple, une étude finlandaise visant à évaluer les effets de ces comportements sur les employés municipaux révèle les faits suivants : a) 40% des travailleurs tyrannisés ressentent un degré « important » ou « très important » de stress ; b) 49% se sentent anormalement fatigués pendant leur travail ; et c) 30% sont « souvent » ou « constamment » nerveux. TRAVAIL – N o 26 – 1998
Le harcèlement psychologique exercé par le groupe à l’encontre d’un individu est un problème de plus en plus courant en Australie, en Autriche, au Danemark, en Allemagne, en Suède, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Il se produit lorsque plusieurs personnes s’allient pour persécuter tel ou tel collègue par un harcèlement psychologique qui peut prendre les formes suivantes : faire constamment des remarques négatives sur cette personne ou la critiquer sans arrêt, l’isoler en la laissant sans contact social et médire ou diffuser de fausses informations sur elle. En Suède, on estime que le harcèlement psychologique est à l’origine de 10 à 15% des suicides. « La notion de violence au travail est en train d’évoluer en ce sens que l’on accorde désormais autant d’importance aux comportements psychologiques qu’aux comportements physiques et que l’on reconnaît pleinement la portée des actes de violence secondaires », explique Vittorio Di Martino, coauteur du rapport du BIT. Les dangers du travail en solitaire De plus en plus de personnes travaillent seules grâce à l’automatisation, à la sous-traitance, au télétravail, au travail en réseau et aux « nouvelles » formes de travail indépendant. Sauf dans certains cas, travailler seul n’est pas forcément plus dangereux que travailler en groupe. Les travailleurs qui tiennent seuls un petit magasin, une station-service ou un kiosque sont bien souvent considérés comme des proies faciles par les agresseurs. Aux Etats-Unis, les employés de stations-service figurent au quatrième rang parmi les travailleurs qui sont le plus souvent victimes d’homicide. Les nettoyeurs et les réparateurs ainsi que toute autre personne appelée à travailler seule en dehors des horaires TRAVAIL – N o 26 – 1998 normaux, sont particulièrement exposés aux agressions physiques et sexuelles. De tous les travailleurs en solitaire, les chauffeurs de taxi sont souvent les plus exposés à la violence. C’est la nuit que conduire est le plus dangereux et, comme dans d’autres professions, l’état d’ébriété du client semble être un facteur déclenchant. Selon une étude réalisée en 1990, les chauffeurs de taxi australiens risquent 28 fois plus que le reste de la population d’être agressés et 67 fois plus d’être volés. Exemples d’actes de violence au travail Tuer Violer Voler Blesser Frapper Brutaliser Donner des coups de pied Mordre Donner des coups de poing Cracher Griffer Pincer, tordre, etc. Traquer Harceler, y compris le harcèlement à caractère sexuel ou raciste Persécuter Tyranniser Opprimer Intimider Menacer Exclure Injurier Adopter des postures agressives Faire des gestes grossiers Malmener les outils de travail Prendre une attitude hostile Jurer Crier Accuser par insinuations Garder délibérément le silence Causes et coût de la violence sur le lieu de travail Keystone La violence trouve-t-elle toujours son origine dans l’insatisfaction des travailleurs ? Les reportages relatant des incidents violents survenus sur tel ou tel lieu de travail font de préférence état des actes commis par un individu hors de lui, en colère, irrité ou frustré pour une raison ou une autre, personnelle ou professionnelle, ou sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue. Cependant, en dépit de cette perception de la violence véhiculée par les médias, les auteurs du rapport, eux, considèrent que l’analyse des facteurs de risque à la fois personnels et sociaux offre une interprétation beaucoup plus satisfaisante de la violence au travail. Ainsi, selon des études citées dans le rapport, la violence sur le lieu de travail provient d’un ensemble de causes qui inclut l’individu, le milieu et les conditions de travail, les rapports entre collègues, les rapports entre ces derniers et les clients et, enfin, les rapports entre la direction et les employés. « Nous rejetons l’idée selon laquelle l’individu est le seul responsable de la violence sur le lieu de travail », explique M. Di Martino. « En effet, en partant d’un tel principe, nous ne réussirions jamais à enrayer la violence ni à la maîtriser quand elle se manifeste. » Et le coût ? La violence perturbe de façon immédiate et souvent durable les relations entre les personnes, l’organisation du travail et le milieu de travail dans son ensemble. Les employeurs supportent le coût direct du travail perdu et de l’amélioration des mesures de sécurité, mais la violence génère aussi des coûts indirects : baisse de la rentabilité, de la productivité et de la qualité des produits, détérioration de l’image de l’entreprise et perte d’une partie de la clientèle. Ainsi, aux Etats-Unis, selon une étude du National Safe Workplace Institute, le coût total, assumé par les employeurs, des actes de violence commis sur le lieu de travail s’est élevé à plus de 4 milliards de dollars en 1992. Au Canada, selon le British Columbia Workers’Compensation Board, les demandes d’indemnisation salariale du 7



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