Travail n°26 sep/oct/nov 1998
Travail n°26 sep/oct/nov 1998
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de sep/oct/nov 1998

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : la violence au travail, elle existe partout dans le monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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tanais cousent des ballons de football. Pour lutter contre cette exploitation, un programme est en cours. Même mesurés, des espoirs sont permis. … Les multinationales du sport s’inquiètent à présent de l’image de colonisateurs modernes que leur accolent non sans raison les organisations internationales, les syndicats, les défenseurs des droits de l’homme. Bien plus grave pour ces firmes, les clients veulent désormais savoir dans quelles conditions ont été produits les T-shirts, les chaussures, les ballons qu’ils vont acheter. Encore discrète en France, cette saine révolte des consommateurs serait une des raisons de la baisse des résultats de Nike aux Etats-Unis depuis six mois. Ce n’est donc pas par humanisme qu’aujourd’hui la plupart des grandes marques de sport surveillent de près leurs sous-traitants. Officiellement, leurs ballons ne sont pas cousus par les enfants, mais par des adultes dans des entreprises enregistrées à la Chambre économique de Sialkot et surveillées par le BIT. Le siège flamboyant de Saga Sport Ltd. (le leader pakistanais) ressemble à Disney-World. L’entreprise produit actuellement des ballons de football pour Nike et a obtenu d’Adidas l’exclusivité de ceux qui seront vendus pour la Coupe du monde 2002. Le petit côté napoléonien du jardin, la taille de la piscine, l’exubérance des massifs fleuris ne dépareraient pas dans une zone industrielle de luxe d’un pays occidental. Les responsables de Saga Sports sont très fiers d’être, depuis peu, joignables sur Internet. Dans les bureaux climatisés, l’atmosphère est feutrée, les employés sont habillés à l’occidentale. Saga est l’une des trente-quatre fabriques, sur les soixante-dix qui exportent des ballons, à s’être engagées à ne pas faire travailler les enfants. Dans les immenses ateliers qui flanquent le pôle administratif de Saga City, les hommes et les femmes, séparés par un rideau (l’islam au Pakistan est radical), ont des conditions de travail décentes : une crèche, une cantine, un service médical sont à la disposition des employés. Désormais, pour faciliter les contrôles, la production est rapatriée des « maisons de couture » qui parsèment les seize cents villages de la région vers des « centres de couture », où jusqu’à quatre cents personnes sont employées. Des ramassages en bus sont mis en place par les entreprises ; pour encourager les travailleurs à quitter leur village chaque matin pour l’usine, les ballons sont payés 20% plus cher. La concentration de la production de ballons de football dans les usines a réduit de 50% le travail des enfants dans la région de Sialkot. L’objectif de la Chambre de commerce est d’éliminer totalement le phénomène d’ici à cinq ans. Mais les aménagements exigés par les multinationales du sport coûtent cher. « Il faut que les grandes firmes nous aident », plaide le docteur Faiz H.Shah, directeur de Saga Sports Ltd. « Nous ne pouvons supporter seuls la construction de nouvelles fabriques, l’accroissement des salaires. Si nous augmentons nos prix, les firmes américaines iront se fournir en Chine. Nous avons déjà 26 perdu 20% de nos parts de marché dans les commandes passées des Etats-Unis » Antoine Bigot Extrait d’un article paru dans Die Tageszeitung (Allemagne) 6-7 juin 1998 (original en allemand) Dix ballons par jour … C’est avec fierté que Faiz Shah, directeur de Saga, nous fait visiter l’une de ces usines. Une grande salle lumineuse dans laquelle sont assis 500 hommes – certains sur des petits tabourets ou des tapis – en train de coudre des ballons. Les inspecteurs du BIT, qui passent de temps en temps à l’improviste, peuvent constater d’un seul coup d’œil qu’aucun enfant de moins de 14 ans n’est employé ici. Rijk van Haarlem, un Hollandais qui est à la tête de l’équipe des inspecteurs, se félicite des conditions de travail offertes dans les usines de Saga : les ventilateurs qui sont fixés au plafond et dans les murs garantissent une température agréable. Ici, il n’y a pas de mouches comme dans la maison de terre de la famille Kubra. Les travailleurs disposent de lavabos et de toilettes propres, d’une cantine accueillante, d’une petite infirmerie et d’un magasin où sont vendus à des prix raisonnables des produits alimentaires de base et d’autres produits de première nécessité. Lorsqu’on les interroge, les hommes, qui tous travaillaient auparavant pour Saga ou d’autres compagnies dans leurs villages, se disent dans l’ensemble satisfaits de leurs conditions de travail actuelles. Certains se plaignent toutefois du long trajet qu’ils doivent désormais effectuer pour se rendre à leur travail et de la séparation d’avec leurs femmes et leur famille durant la journée. Cette plainte touche à un problème central de l’Accord d’Atlanta : la transformation structurelle qu’il a provoquée. Les structures des sociétés villageoises, qui étaient restées intactes jusqu’ici, ont été démantelées. Et, phénomène encore plus grave, les femmes qui jusqu’au début de l’année 1997 représentaient 58% de la main-d’œuvre employée à la fabrication de ballons, perdent peu à peu leur emploi. En effet, à cause de la stricte observance de loi islamique au Pakistan, les femmes, surtout dans les zones rurales, ne peuvent travailler en dehors de leur maison ou dans de grandes usines situées à l’extérieur de leur village – et encore moins sous le même toit que des hommes étrangers. Seule l’une des dix usines de Saga est réservée aux femmes et, pour le moment, elle ne tourne qu’à 50% de sa capacité avec 274 ouvrières, jeunes pour la plupart. Les autres compagnies n’ont pas encore construit de centres de couture pour les femmes. Le deuxième gros problème est celui de la perte de gains que subissent les familles lorsque les enfants sont soustraits au travail. L’Accord d’Atlanta ne prévoit aucun dédommagement. Le taux de rémunération à la pièce des enfants de plus de 14 ans n’a pas été augmenté. Et les entreprises ne paient pas davantage aux exportateurs pakistanais les ballons fabriqués dans de meilleures conditions sociales et sans recourir au travail des enfants. Pourtant ils n’est pas inconcevable de prétendre percevoir des prix à l’exportation qui soient plus élevés et donc payer des salaires plus justes. Depuis la mi-avril, l’entreprise Gepa de Wupppertal et ses partenaires de l’Alliance européenne pour le commerce équitable vendent des ballons de match et d’entraînement de première qualité. L’Alliance paie à l’entreprise Talon de Sialkot – également signataire de l’Accord d’Atlanta – 25% de plus à l’exportation. Grâce à quoi, Talon a décidé d’utiliser la majeure partie de cette augmentation pour relever de 35 cents le taux de rémunération à la pièce. On espère que de cette façon, deux membres d’une famille ayant plus de 14 ans pourront gagner ensemble au moins 6 000 roupies par mois en travaillant à plein temps, ce qui est suffisant pour assurer la subsistance de la famille entière. Le reste de l’augmentation sera utilisé d’une part pour financer des programmes de protection sociale et des régimes de retraite et d’autre part pour offrir des possibilités de microfinancement aux familles les plus démunies et aux écoles villageoises. Andreas Zumach Extrait d’un article paru dans El Pais (Espagne), août 1998 (original en espagnol) L’Organisation internationale du Travail (OIT) a lancé une campagne visant l’éradication de l’exploitation des enfants. Ce programme est arrivé au Pakistan où l’Organisation estime que 3,4 millions d’enfants travaillent, dont 7 000 dans l’industrie du ballon de football. Mais, pour l’OIT, la notion d’exploitation ne s’applique qu’aux enfants de moins de 14 ans que leur travail empêche d’aller à l’école. Les premiers résultats du programme de l’OIT au Pakistan ont été présentés à un groupe de journalistes européens. Le BIT est certain de remporter le même succès qu’au Bangladesh où les enfants ont été remplacés par des adultes dans l’industrie textile. Mais au Pakistan la situation est plus compliquée. Les enfants travaillent à la maison et les inspecteurs ne se rendent que dans les ateliers employant plus de dix personnes. Le programme pakistanais, qui a été lancé en octobre 1997, repose sur les engagements pris par 34 entreprises. L’OIT dispose de deux armes : la dénonciation des abus et une campagne d’information. Les enfants vont à l’école et, en compensation, leur famille bénéficie de certains avantages : meilleurs salaires pour les adultes, aide à l’intégration des femmes au travail et accès au crédit. Le programme est doté d’un budget de 990 000 dollars, dont 770 000 proviennent du siège de l’OIT, à Genève, le reste étant fourni par les employeurs. A ce jour, 91 écoles ont été créées grâce auxquelles 2 800 enfants ont déjà pu être scolarisés. Les choses progressent, semble-t-il. Angels Piñol TRAVAIL – N o 26 – 1998
FLEXIBILITÉ ● En France, un accord concernant l’application de la nouvelle loi sur les 35 heures hebdomadaires de travail a été signé entre l’Union des industries métallurgiques et minières et trois fédérations syndicales qui représentent environ 40% des salariés. Toutefois, cet accord prévoyant une augmentation sensible du quota d’heures supplémentaires autorisées, il n’induira pas directement des créations d’emplois, ce qui était l’objectif de la loi. (Libération, 10 août 1998.) TRAVAIL – N o 26 – 1998 Planète Travail Nouvelles du monde du travail ● Aux Etats-Unis, les salariés de la Compagnie de téléphone Bell Atlantic ont cessé le travail en août pour protester contre la précarisation des emplois. Cette action fait suite aux grandes grèves menées par les travailleurs d’UPS et de General Motors pour des motifs du même ordre. (Financial Times, 30 juin 1998, Libération, 11 août 1998.) Keystone DROIT DU TRAVAIL ● Afin de lutter contre le chômage et de faciliter les recrutements, la gouvernement du Brésil a annoncé une importante réforme du Code du travail prévoyant notamment un contrat à temps partiel de 25 heures par semaine destiné principalement aux femmes et aux jeunes, l’allongement à six mois de la période maximale de licenciement temporaire, l’allègement des amendes pour les infractions mineures au droit du travail, l’abolition des cotisations syndicales obligatoires et le libre choix du syndicat. La Confédération unique des travailleurs, principale organisation syndicale du pays, a déclaré que ce projet ne créerait pas d’emploi mais limiterait les droits des travailleurs. (Financial Times, 10 août 1998.) RECRUTEMENT ● Selon une enquête de l’Information Technology Association of America, il manque aujourd’hui environ 346 000 spécialistes des techniques de l’informatique. Le problème du passage à l’an 2000 explique en partie seulement une telle pénurie. En effet, toujours selon cette enquête, le déficit pourrait être de 1,6 million de travailleurs en 2005. De son côté, le Bureau des statistiques du travail des Etats-Unis estime que ce secteur créera 1,3 million d’emplois dans les dix ans à venir. (Workforce, juillet 1998.) ● L’efficacité des diverses méthodes utilisées pour sélectionner les candidats à un emploi est un sujet de controverse. Une entreprise française de services informatiques (Norsys, 65 salariés) a résolu le problème en recrutant sans sélection : l’auteur de la plus ancienne candidature spontanée est convoqué, on lui présente l’entreprise et il s’entretient avec les anciens. S’il est intéressé, on lui propose un contrat de six mois avant une embauche définitive. Sur les 40 informaticiens ainsi recrutés, un seul a quitté l’entreprise au bout de deux mois. (Argus, juillet-août 1998.) MOBILITÉ ● Selon le Bureau des statistiques du travail des Etats- Unis, et contrairement à une idée largement répandue, la sécurité de l’emploi ne serait pas en déclin. En effet une étude de l’évolution de l’ancienneté dans l’emploi montre que celle-ci est passée de 3,5 ans en 1983 à 3,8 ans en 1996. Toutefois, cette moyenne masque une disparité : l’ancienneté des hommes baissait de 4,1 à 4 ans, tandis que celle des femmes augmentait de 3,1 à 3,5 ans. (International Herald Tribune, 3 juillet 1998.) ● Plusieurs enquêtes signalent un affaiblissement de la loyauté et de la fidélité des salariés envers leur entreprise. 27



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