Travail n°26 sep/oct/nov 1998
Travail n°26 sep/oct/nov 1998
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de sep/oct/nov 1998

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : la violence au travail, elle existe partout dans le monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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14 L’action à entreprendre L’un des principaux obstacles à la conception de stratégies efficaces a été « la réticence des décideurs à traiter directement la prostitution comme un secteur économique ». Les auteurs du rapport affirment catégoriquement qu’il n’appartient pas au BIT de prendre position sur l’opportunité de légaliser la prostitution. Tout en admettant qu’il est extrêmement difficile de faire la part des choses entre toutes les opinions ambivalentes, contradictoires et souvent infondées qui circulent au sujet de la prostitution, ils formulent un certain nombre de recommandations pour la définition d’une politique : ● Eliminer la prostitution enfantine. ● Différencier les situations et éliminer les abus. ● Agir également sur les structures qui favorisent la prostitution. ● Procéder à une analyse macroéconomique afin, entre autres, d’évaluer l’impact sanitaire de cette industrie, de définir la portée et l’ampleur des mesures à prendre sur le marché du travail à l’intention des travailleurs qui y participent et de voir comment soumettre à l’impôt les nombreuses activités lucratives qu’elle génère. ● S’occuper de l’aspect sanitaire en ce qui concerne non seulement les prostituées mais également les clients, d’autant plus que la transmission au reste de la population se fait par l’intermédiaire de clients qui ont des rapports sexuels sans protection avec leur conjoint(e) ou d’autres personnes. rablement selon le secteur et le nombre de clients, mais d’après les sondages, le revenu mensuel moyen est de 800 dollars des Etats-Unis, soit 1 400 dollars pour les masseuses et 240 pour les employées des maisons de prostitution. Les études concernant la prostitution en Indonésie font toutes état de revenus élevés par rapport à ceux d’autres professions dans lesquelles les femmes peu instruites sont susceptibles de trouver du travail. Les revenus des prostituées de luxe dans les grandes villes (par exemple les call-girls travaillant dans des discothèques et des night-clubs haut de gamme) peuvent atteindre 2 500 dollars par mois, soit beau- Il s’agit principalement de femmes, mais il y a aussi des hommes, des transsexuels et des enfants prostitués. coup plus que ceux d’un fonctionnaire moyen et d’autres professions supposant un bon niveau d’instruction. Au niveau intermédiaire, le revenu mensuel moyen est estimé à environ 600 dollars et au bas de l’échelle à 100 dollars (lorsque le taux de change était de 1 dollar pour 2 000 roupies). En revanche, à l’autre extrémité du marché, les gains et les conditions de travail sont pitoyables : le prix d’une passe peut descendre jusqu’à 1,50 dollar dans les bordels bon marché, et il est encore plus bas dans les rues des bidonvilles ou dans celles qui bordent les marchés et les voies ferrées, alors que les risques en matière de sécurité ou d’exposition aux maladies sexuellement transmissibles et au virus HIV sont plus grands. En Malaisie, les gains perçus dans l’industrie du sexe sont plus élevés que la rémunération d’autres formes de travail non qualifié. Dans le secteur manufacturier, par exemple, en 1990, le salaire annuel moyen était de 2 852 dollars des Etats-Unis pour un ouvrier qualifié et de 1 711 dollars par an pour un ouvrier sans qualifications. En comparaison, dans les hôtels les moins chers, à raison de 10 passes par jour et de 4 dollars par client, une prostituée à temps partiel gagnait 2 080 dollars par an en n’effectuant qu’une journée de douze heures par semaine. L’une d’elles explique : « De cette façon, j’arrive à gagner suffisamment pour m’occuper de mes deux enfants. C’est très difficile de trouver quelqu’un qui les garde lorsque l’on travaille à l’extérieur. Ici, je viens seulement quant j’ai besoin d’argent et, pour une seule journée, je n’ai pas de mal à trouver une baby-sitter. » Les auteurs des quatre études soulignent toutefois que les données utilisées ont été collectées auprès d’établissements et de personnes qui ont accepté de participer à l’enquête. Les renseignements sont incomplets en ce qui concerne les établissements, des maisons de prostitution surtout, dans lesquels les travailleurs ne sont ni plus ni moins que des esclaves, et où les femmes et les enfants sont exploités et victimes de graves sévices sexuels. 1 The Sex Sector : The economic and social bases of prostitution in Southeast Asia sous la direction de Lin Lean Lim, Bureau international du Travail, Genève, 1998. ISBN 92-2-109522-3. Prix : 35 francs suisses (en anglais seulement). (Suite de la page 13) Travail : Pourquoi mettez-vous en évidence les fondements sociaux de la prostitution ? M me Lin Lim : Pour attirer l’attention sur le fait que, tout en étant un secteur bien structuré et outre les intérêts économiques en jeu, l’industrie du sexe est l’expression d’un contexte social dans lequel les hommes et les femmes sont considérés comme inégaux. Dans nombre de ces sociétés – patriarcales – les critères moraux et les codes de conduite sont différents selon qu’ils s’appliquent aux hommes ou aux femmes. Et les relations entre les parents et les enfants sont également régies par des codes de conduite et des normes sociales. Ainsi, les filles se prostituent parfois pour venir en aide à leur famille, et en quelque sorte rembourser leurs parents. TRAVAIL – N o 26 – 1998 Jacques Maillard
Carte postale de Kampala Les syndicats face au changement économique La renaissance économique de l’Ouganda et la vague de privatisations mettent à mal le fragile système de relations professionnelles. Geoffrey Denye Kalebbo, du journal The New Vision, examine l’état des relations professionnelles dans le pays et met en évidence la difficulté de parvenir à un véritable tripartisme dans une économie en cours de libéralisation mais encore sous-développée. KAMPALA (Ouganda) – En mai dernier, les représentants des travailleurs sont descendus dans les rues de Kampala pour protester contre le fait que certains des grands hôtels récemment privatisés du pays imposent à leurs salariés des journées de travail plus longues que la normale sans paiement des heures supplémentaires. Des accusations similaires ont été portées contre les producteurs de textiles et de produits alimentaires de la ville de Jinja, dans la principale zone industrielle de l’Ouganda, où les syndicats sont las d’entendre le refrain de la réduction des coût et de la maximisation du profit, qui accompagne la restructuration des entreprises. L’ancien ministre du Travail, Paul Etiang, estime que grâce au sens des responsabilités des syndicats, il devrait être possible de créer un climat propice à l’amélioration des relations professionnelles. « Il faut que les employeurs adoptent une attitude constructive à l’égard des syndicats parce que, dans ce pays comme dans le reste du monde, les conditions de travail ne sont pas encore partout ce qu’elles devraient être », explique-t-il. Ce qui est sûr, c’est qu’en Ouganda comme dans beaucoup de pays en développement, prendre soin des travailleurs n’est pas chose facile, malgré la croissance économique. Compte tenu de la pauvreté ambiante et de l’ampleur de la restructuration qui est nécessaire, la modicité des salaires et la médiocrité des conditions de travail de millions de personnes signifient que les décisions d’ordre économique sont le plus souvent ressenties comme des atteintes à l’équité et à la justice sociale. Bien que la privatisation soit largement vantée comme étant l’un des principaux facteurs à l’origine de la récente reprise économique, les dirigeants de la centrale TRAVAIL – N o 26 – 1998 syndicale (National Organisation of Trade Unions – NOTU) continuent de dénoncer l’exploitation des travailleurs dans les entreprises récemment privatisées. Au cours de ces deux dernières années, plus de 50 entreprises publiques ont été vendues ou d’une manière ou d’une autre transférées au secteur privé dans le cadre d’une politique générale de désengagement de l’Etat et d’accroissement de la productivité. Pertes d’emplois et pratiques sociales inadéquates Dans l’ensemble, les Ougandais ne remettent pas en question l’orientation générale de la politique économique de leur gouvernement, mais beaucoup s’inquiètent des pertes d’emplois et de la déficience des pratiques sociales. D’autres voient non sans inquiétude leur pays plonger tête baissée dans le monde nouveau de l’entreprise privée sans adapter ses institutions ni sa législation du travail, en conservant par exemple une loi sur les syndicats qui date du milieu des années soixante-dix, c’est-àdire de l’époque d’Idi Amin. La plupart des Ougandais reconnaissent les limites de la gestion gouvernementale de l’économie et admettent que la privatisation a donné un coup de pouce à un certain nombre de secteurs clés tels que le tourisme, le textile et l’agriculture qui étaient mal administrés. Dans certaines branches, notamment l’industrie hôtelière et le tourisme, la privatisation a permis de créer beaucoup d’emplois. Cependant, compte tenu de la très grave pauvreté qui sévit dans tout le pays, il faudra en créer beaucoup plus pour pallier les pertes dues aux privatisations. Le contrecoup de la privatisation ne représente qu’une infime partie des difficultés des travailleurs ougandais. En effet, si les perspectives d’emploi dans le nouveau secteur privé ne sont guère encourageantes, elles sont encore pires dans un secteur public, qui est en perte de vitesse. Bien que l’Ouganda ait remporté récemment quelques succès sur le plan économique, la stricte limitation de ses dépenses à laquelle le soumettent les accords passés avec la Banque mondiale et le FMI, ne lui laisse qu’une bien mince marge de manœuvre en cas de conflit social. D’où un écart de plus en plus grand entre ce que veulent les travailleurs et ce que peut leur offrir le gouvernement. Dans ces conditions, la politique et l’économie risquent fort de se trouver inextricablement entremêlées. Il y a deux ans, le corps médical s’est mis en grève, revendiquant une hausse des rémunérations et une amélioration des conditions de travail. Bien que cette grève ait été considérée comme une manœuvre délibérée pour mettre le gouvernement dans l’embarras en stigmatisant sa politique de santé publique, celui-ci n’a pas cédé, arguant qu’il ne pouvait accorder d’augmentations de salaire tant que les recettes fiscales n’augmenteraient pas. Les travailleurs de la santé attendent toujours. Autre catégorie perpétuellement insatisfaite de salariés du secteur public : les enseignants. Ceux-ci se plaignent depuis très longtemps de salaires insuffisants et irréguliers, de conditions de travail déplorables et d’un manque général de considération de la part du ministère de l’Education. Les problèmes des enseignants sont d’autant plus difficiles à résoudre que ceuxci ont du mal à organiser leurs syndicats. Moses Nkalubo, qui enseigne dans l’une des plus prestigieuses écoles secondaires de l’Ouganda, Makerere College, affirme : 15



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