Travail n°26 sep/oct/nov 1998
Travail n°26 sep/oct/nov 1998
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de sep/oct/nov 1998

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : Bureau international du Travail

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : la violence au travail, elle existe partout dans le monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 Jacques Maillard Le commerce du sexe Les difficultés éco et l’appât du gain l’essor de l’industr Le rapport a été établi à partir d’analyses détaillées du phénomène de la prostitution et du commerce du sexe dans quatre pays – l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande. Ses auteurs précisent que ces quatre pays ont été retenus non pas parce qu’ils seraient les seuls à connaître la prostitution ni parce que leurs principes sociaux, éthiques ou économiques seraient plus aberrants qu’ailleurs, mais parce que les études dont ils ont fait l’objet « sont indicatrices de la situation de nombreux autres pays », la prostitution et les problèmes qui en découlent étant universels. Selon M me Lin Lim, du BIT, sous la direction de laquelle a été réalisé ce rapport, « si les choses se passent comme lors de la récession du milieu des années quatrevingt, il y a fort à parier que, lorsqu’elles perdront leur emploi dans le secteur manufacturier et le secteur tertiaire, les femmes dont le revenu est indispensable à la famille, seront contraintes de chercher du travail dans l’industrie du sexe ». Quant à l’hypothèse d’un recul de la demande des services offerts par cette industrie, qui serait provoqué par le déclin des revenus individuels dans toute la région, « la pauvreté n’a jamais empêché les hommes de fréquenter les prostituées dont les tarifs s’adaptent au pouvoir d’achat des clients », peut-on lire dans le rapport. Qui plus est, après des décennies d’interaction avec d’autres pays, l’industrie asiatique du sexe est désormais internationale : la demande de l’étranger ne sera probablement pas modifiée par la situation économique intérieure ; elle sera peut-être même dopée par des taux de change favorables qui rendront le tourisme sexuel encore plus attrayant pour les clients d’autres régions. Bien que les études sur lesquelles il se fonde datent d’avant la crise, le rapport du Selon un récent rapport 1 du Bureau international du Travail, malgré la crise économique qui sévit en Asie, les forces économiques et sociales qui sous-tendent l’industrie du sexe ne donnent aucun signe d’affaiblissement, et cela tient principalement à la montée du BIT met en garde contre les graves conséquences de l’essor de la prostitution en Asie, compte tenu de son poids économique et de ses ramifications internationales, pour ce qui est de la moralité publique, du bien-être social, de la transmission du VIH/sida, de la criminalité, du respect des droits fondamentaux des travailleurs de l’industrie du sexe et de l’exploitation sexuelle des individus – et des enfants en particulier – à des fins commerciales. Pourtant, aucun des pays concernés ne dispose d’une législation claire ni n’a adopté une stratégie ou pris des mesures efficaces dans ce domaine. « Que ce soit dans les statistiques officielles, les plans de développement ou les budgets nationaux, l’industrie du sexe n’est nulle part reconnue comme un secteur économique. » Les gouvernements sont gênés non seulement à cause de l’aspect à la fois complexe et délicat de la question, mais aussi parce que la situation des travailleurs de l’industrie du sexe varie considérablement, allant de l’emploi librement choisi et rémunérateur à la servitude pour dettes et à des conditions qui s’apparentent à de l’esclavage. Les pays ont toutefois pris des mesu- TRAVAIL – N o 26 – 1998
nomiques favorisentie du sexe M me Lin Lim : L’expression « industrie du sexe » signifie qu’il n’y a pas seulement des individus qui se prostituent mais que nous sommes aussi en présence d’un secteur très organisé ayant des ramifications dans une partie de l’industrie du tourisme et de l’industrie hôtelière, dans la vente d’alcool et de tabac et dans d’autres sphères d’activité très solides et très puissantes. Nous insistons sur le fondement économique de la prostitution pour attirer l’attention sur le fait qu’il est impossi- (Suite page 12) chômage dans la région. La prostitution s’est développée si rapidement ces dernières décennies en Asie du Sud-Est, que la filière du sexe est devenue une branche commerciale à part entière, génératrice d’emplois et de revenus pour les pays de la région. res en vue d’éliminer la prostitution enfantine, qualifiée dans le rapport du BIT de « grave violation des droits de l’homme et de forme intolérable de travail des enfants ». La prostitution enfantine risque de prendre de l’ampleur au fur et à mesure que la pauvreté et le chômage réduisent les revenus des ménages et augmentent du même coup les effectifs des enfants de la rue, de plus en plus nombreux dans les villes du monde entier. Création d’emplois et de revenus Bien qu’il soit impossible de calculer le nombre exact de prostituées que comptent ces pays en raison du caractère clandestin ou illégal de ce genre d’activité, les auteurs situent entre 0,25 et 1,5% le pourcentage de la population féminine qui se livre à la prostitution. Pour l’Indonésie, ce nombre a été estimé entre 140 000 et 230 000 en 1993-94. Pour la Malaisie, les estimations sont de 43 000 à 142 000, mais le BIT considère que le chiffre le plus élevé est le plus vraisemblable. En ce qui concerne les Philippines, les estimations varient de 100 000 à 600 000, TRAVAIL – N o 26 – 1998 l’effectif exact étant probablement proche d’un demi-million. En Thaïlande, le recensement effectué en 1997 par le ministère de la Santé fait état de 65 000 prostituées, mais selon des sources non officielles, le nombre exact se situe plutôt entre 200 000 et 300 000. En outre, des dizaines de milliers de prostituées thaïlandaises et philippines travaillent dans d’autres pays. Il s’agit principalement de femmes, mais il y a aussi des hommes, des transsexuels et des enfants prostitués. Avec les propriétaires, les gérants, les proxénètes et autres employés des établissements spécialisés dans les services sexuels, de la branche correspondante du spectacle et de certaines ramifications du secteur du tourisme, le nombre des personnes tirant directement ou indirectement un revenu de la prostitution serait de plusieurs millions. Selon l’étude susmentionnée du ministère thaïlandais de la Santé, sur les 104 262 travailleurs des 7 759 établissements offrant des services sexuels, seuls 64 886 fournissaient directement les services sexuels. Les autres constituaient le personnel de soutien – nettoyeurs, serveurs, caissiers, gardiens de parking et responsables de la sécurité. Les auteurs d’une étude malaisienne ont classé parmi les professions liées au secteur du sexe les médecins (qui examinent régulièrement les prostituées), les vendeurs de nourriture qui se trouvent dans le périmètre des établissements, les marchands d’alcool et de cigarettes et les propriétaires des locaux que louent les pourvoyeurs de services sexuels. Aux Philippines, ce sont des agences de voyages spécialisées, les services d’accompagnateurs, ceux qui assurent le service dans les chambres des hôtels, les saunas et les clubs de santé, les casas ou maisons de prostitution, les bars, les brasseries, les bars des hôtels de luxe, les cabarets et des clubs spéciaux, qui se chargent du commerce du sexe. Dans les quatre pays, l’industrie du sexe représente de 2 à 14% du produit intérieur brut (PIB) et, outre les prostituées ellesmêmes, les revenus qu’elle génère font vivre des millions de travailleurs. Les pouvoirs publics eux aussi perçoivent des sommes non négligeables dans les quartiers où existe la prostitution, que ce soit illégalement par la corruption ou légalement grâce aux différentes patentes et taxes auxquelles sont assujettis les nombreux hôtels, bars, restaurants et salles de jeux qui pullulent dans ces quartiers. En Thaïlande, par exemple, les femmes qui se prostituent dans les centres urbains rapatrient chaque année près de 300 millions de dollars des Etats-Unis dans les zones rurales, soit un montant bien souvent supérieur aux budgets des programmes de développement financés par le gouvernement. Pour la période allant de 1993 à 1995, on a estimé que la prostitution avait rapporté un revenu annuel de 22,5 à 27 milliards de dollars. En Indonésie, le chiffre d’affaires de l’industrie du sexe oscille entre 1,2 et Entretien avec M me Lin Lean Lim, responsable du rapport du BIT sur les fondements économiques et sociaux de la prostitution en Asie du Sud-Est Travail : L’industrie du sexe est-elle devenue une branche d’activité à part entière de l’économie asiatique et comment évolue-t-elle ? M me Lin Lim : En Asie, la prostitution a connu un tel essor qu’elle est désormais assimilable à un véritable secteur économique qui génère directement ou indirectement une quantité non négligeable d’emplois et de revenus. Elle a évolué en fonction des goûts et des attentes des clients, de la législation et des intérêts économiques nationaux et internationaux qui sont liés à l’industrie du sexe. Travail : Voulez-vous dire que l’on assiste à un phénomène de « mondialisation » de la prostitution ? M me Lin Lim : Oui et cela pour deux raisons. Premièrement, la traite internationale des femmes et des enfants destinés à approvisionner l’industrie du sexe s’intensifie et deuxièmement, du fait de l’essor du tourisme sexuel, de plus en plus de clients étrangers se déplacent et, en l’occurrence vont en Asie du Sud-Est. Travail : Quelles sont les dimensions de l’industrie du sexe et comment est-elle liée à d’autres secteurs ? 11



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