Star Wax n°48 sep/oct/nov 2018
Star Wax n°48 sep/oct/nov 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de sep/oct/nov 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Compos-it

  • Format : (148 x 210) mm

  • Nombre de pages : 46

  • Taille du fichier PDF : 11,6 Mo

  • Dans ce numéro : les chroniques...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Page 12Interview deMoclarne L'en. Quelles sont les barrières à surmonter lors de la promotion d'un disque vinyle ? Concernant les barrières lors de la promotion d'une sortie vinyle, je m'y attache peu. J'ai décidé de ne pas faire appel à une boîte de communication comme font beaucoup de labels donc je sais que certains réseaux me sont inaccessibles. De plus, je ne suis pas parisienne donc je sors peu sur Paris. Je compte sur mes soutiens habituels  : Radio Campus durant Astropolis, Deep Kulture, Budé Room. Beaucoup d'outils promotionnels auparavant gratuits deviennent payants. Le fait de réussir à être sur la chaîne YouTube Hate m'aide beaucoup. J'ai réussi à y placer l'Ep de Recouvrance et, du coup, à exporter le label. Mon meilleur outil promotionnel est le bouche-à-oreille et ma présence sur le terrain. Quant aux promesses non tenues, je les oublie vite. C'est important de se concentrer sur le positif. Qu'est ce qui a été décisif pour toi ? D'où vient cette attirance pour cette techno dure et dark ? J'ai monté mon label en 2016. Je m'occupais exclusivement de ma famille auparavant, et une fois ma fille plus grande j'ai décidé de me lancer. J'ai toujours été passionnée de techno, Finalement, tout s'est fait de façon naturelle, encore une fois de manière instinctive. Je ne me suis pas trop posée de questions. J'ai adoré les cades de Roberto Figus et j'ai dit banco on y va ! On tente une première sortie vinyle. Des amis du secteur m'ont soutenue. Ils m'ont dit que j'en étais capable. J'aime la techno dure et dark car c'est ce qui correspond à mon univers intérieur. Il en va de même pour les films et la littérature. J'aime être secouée par l'art, d'une façon ou d'une autre. D'ailleurs pour la petite histoire, dans la mythologie grecque, Epione est la nymphe qui soulage les maux. Je crois dans le pouvoir cathartique et salvateur de la musique. Pour moi la techno n'a rien de superficiel et ne se résume pas qu'au côté festif. Elle va bien au-delà. Elle nous transcende et peut nous aider à surmonter certaines épreuves au quotidien. Elle permet aussi de s'évader, de mettre de la distance entre soi et les choses extérieures. Elle est aussi pour moi introspection. Tous ces facteurs font effectivement qu'elle peut nous guérir de beaucoup de choses. C'est sûrement ma formation littéraire qui m'a amenée à rechercher ce nom de label dans la mythologie grecque. Justement, tu as une formation littéraire. Existet-il un parallèle avec l'édition phonographique ? Je me destinais à la base à l'édition littéraire, mais c'est un univers où l'on cultive l'entre-soi et qui est très difficile à pénétrer si l'on n'a pas les bonnes relations. Avec mon label, je suis libre et je n'ai de comptes à rendre à personne. D'où vient cet attachement pour le vinyle ? Le vinyle est un outil de transmission formidable. On va à la rencontre des autres avec un objet. Il est l'occasion d'échanges et de partage, ce qui est moins le cas pour une sortie digitale. J'ai besoin d'aller au contact de mes disquaires, d'avoir leurs feedbacks. Certains, surtout dans ma région, sont de vrais soutiens. Mon disquaire favori, c'est celui de ma ville. Je suis chauvine. Ty Blurt Records tenu par Philippe Mord, le seul capable de mixer du Epione et des chants comoriens, est un passionné de musique et mon meilleur revendeur à ce jour. En France, connais-tu une femme boss de label techno ? Je ne connais aucune femme à la tête d'un label techno en France. Si je pouvais citer une femme marquante en tant que label boss, ce serait Miss Djax. Sur Djax-Up-Beats, elle a signé des artistes mythiques, dans le domaine de l'acid notamment, des gens comme Mike Deaborn et « An Acid Memory », Mike Dunn, StevePointdexter, Armand° ou Claude Young, tout cela en gardant une grande cohérence. Ses sets servaient avant tout à mettre en avant les cracks des artistes de son label. Elle s'est servie de sa féminité et de son côté glamour pour mettre en avant ses artistes. N'étant pas particulièrement féministe, je trouve ça plutôt intelligent. Par contre cela n'a rien à voir avec les starlettes des platines d'aujourd'hui. À ne pas confondre... Là, il s'agit de l'expression d'une féminité forte pour ne pas dire « couillue » et non une sorte de concours de top modèles des platines. Je serais ravie de faire la connaissance de Céline de Technorama Records, qui fait un travail remarquable avec « Medusa »... Te considères-tu comme une activiste ? Si je peux me considérer comme activiste, c'est par le fait que je n'utilise pas le parcours habituel de distribution et que je tiens à tout prix à mon indépendance. Je fais peu de cas de la hype et du réseautage. J'avance avec des gens de bonne volonté, point. La course aux gros lineup auquel se livrent aujourd'hui les festivals et les clubs me fait craindre pour la survie du mouvement techno. Pour moi, la techno, ce sont avant tout les valeurs de solidarité et de partage, de bienveillance, d'humilité. Et je pense que tout cela est un peu passé à la trappe. On assiste aujourd'hui à une sorte d'EDMisation de la techno qui fait peur, avec toute cette scarification des Djs. Je me demande si ce ne sont pas encore les « teufeurs » et le monde de la free Party qui incarnent le mieux les valeurs originelles de cette musique. On a tendance à dénigrer ces personnes alors que ce sont souvent les plus fins connaisseurs et les plus prompts à soutenir mon label, en tout cas dans ma ville de Quimper. Je sais que je peux aussi compter sur le soutien de Synchrone, l'association des musiques électroniques de Quimper, qui s'investit pour réveiller la belle endormie qu'est notre ville.
"Je ces dans le cathartique et salva de larrmsique. Pour la techno n'a rien de superficiel et ne se Dàsurne pas qu'au côté festif. " En Bretagne, notamment à Rennes et Brest, l'underground techno est florissant Quels sont les acteurs majeurs ? L'éclosion de la nouvelle scène techno en Bretagne a lieu grâce à des collectifs très actifs tels que Night Birds et West Sound sur Brest, Submarine Project à Lorient, et bien sûr l'association Synchrone et le collectif 716 à Quimper, qui oeuvrent pour défendre et promouvoir cette musique. Je pense également à l'énergie phénoménale et à la passion sans faille de Tlesco.P Sound System qui organise PInfamous Armada, parfois dans des conditions extrêmes. Donc évidemment la scène bretonne est très liée à la free. Il suffit d'ouvrir les journaux locaux pour voir que les évènements free sont très réguliers dans notre région. Er rant mieux ! Ce sont des évènements démocratiques où l'on n'est pas obligé de débourser quarante euros pour une entrée. J'aime aussi le cadre du Festival Visions au Fort de Bertheaume organisé Fr l'association Les Disques Anonymes et qui repose uniquement sur le bénévolat, c'est magique ! De plus ça reste un festival à taille humaine et bon esprit. D'autres villes ou pays pour faire la fête ? Les endroits que j'affectionne pour faire la fête sont essentiellement les clubs basés à Berlin. Il y a les incontournables Tresor et Berghain, mais j'ai bien peur que ces deux clubs deviennent rapidement victimes de leur succès, bien que le Berghain continue à être relativement strict au niveau des entrées. Malgré tout, la première fois que je suis entrée au Berghain reste un moment magique car l'architecture du lieu est monumentale et cadre parfaitement avec la musique qui y est jouée. Après c'est comme tout, on s'habitue au décor... et je trouve que le public que ce soit là comme au Tresor a tendance à changer au fil des ans, pas forcément dans le bon sens, effet de mode oblige. Pour moi la programmation du Tresor reste plus intéressante qu'au Berghain où l'on a aujour d'hui tendance à ne voir que de très gros noms sur le lineup. J'aime aussi le Wilde Renate qui est un dub pour le coup vraiment original avec ses différentes ambiances musicales, son architecture labyrinthique et son mobilier de bric et de broc. J'aime aussi le Kit Kat Club, lieu insolite où la programmation musicale n'est pas forcément au top mais qui reste une expérience à faire quand on se rend à Berlin et que l'on a l'esprit ouvert. Le dress-code est strict  : tenue légère exigée ou pas de tenue du tout ! Ce lieu était fréquenté par Bowie et l'on comprend bien pourquoi. À Berlin, l'ouverture d'esprit y est bien plus grande qu'à Paris, où passé la trentaine on te regarde souvent de travers... À Paris j'aime toujours aller au Rex, pour son côté familial et son accueil chaleureux. Si tu pouvais te téléporter dans une -époque, laquelle choisirais-tu ? Si je pouvais me télétransporter dans une époque, ce serait entre 1990 et 1997. En effet, beaucoup de choses intéressantes se sont passées en techno à ce moment-là, ainsi qu'au cinéma, qui est ma seconde passion. J'ai passé mon adolescence et une bonne partie de ma jeunesse devant des films. Mon imaginaire a été très marqué par David Cronenberg et David Lynch, notamment. Outre la qualité visuelle et narrative de ces films, il y a aussi bien sûr le travail sur la bande-son qui est, dans les deux cas, remarquable. Les films de Cronenberg sont indissociables de la musique froide et magnifique de Howard Shore, je pense plus particulièrement à « Crash ». Tout comme Lynch reste fié au compositeur Angelo Badalamenti. Écoutez le thème de « Twin Peaks » très intelligemment repris par Moby pour « Go ». Chez Lynch, il y a la musique mais aussi un gros travail sur le design sonore avec un travail intéressant sur une sorte de bruit blanc qui appuie le côté anxiogène de certaines scènes. Comme beaucoup de gens de ma génération, « Trainspotting » est aussi pour moi un film important Je pense que « Born Slippy » d'Underworld est la track qui m'a fait entrer dans l'univers des musiques électroniques, en 1997. J'ai toujours été une grande fan des bandes-son. J'admire également le travail derliffMartincz, notamment son utilisation du gamelan, un instrument traditionnel indonésien, dans la B.O. de « Solaris » de Soderbergh. « Enter the Void » a aussi été un gros choc, tant visuel que musical, avec le magnifique s Camion Sintecta » de Christian Vogel, qui est pour moi un chef-dceuvre. Quels sont tes projets pour 2019 ? En 2019, je souhaiterais organiser une label night pour faire la fète I Quant aux prochaines signatures, c'est bouche cousue tant que ce n'est pas fait. D'ici fin 2018, il y aura la sortie de Ryogo Yamamori, rEp « Jutendo » vers septembre, et l'Ep de Victoria 52 avec le remix de Trunldine vers décembre. On est très assujettis aux délais de pressage qui s'allongent, 17 semaines pour MPO. J'ai aussi repressé Epione 01 qui est sold out et pour lequel il y a de la demande.



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