Question Psycho n°23 fév/mar/avr 2011
Question Psycho n°23 fév/mar/avr 2011
  • Prix facial : 4,80 €

  • Parution : n°23 de fév/mar/avr 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 35,6 Mo

  • Dans ce numéro : voir les choses en face...

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Enquête cherchent ainsi à montrer que les gays ne sont pas responsables de leur homosexualité puisqu’elle serait innée. Par contre, certains mouvements conservateurs (surtout chez les Américains) se servent de ces études pour tenter de prouver que les homosexuels sont des handicapés. Diverses études cherchent à démontrer le caractère inné de l’homosexualité  : explications anatomique, génétique ou hormonale, elles essaient d’affirmer que l’on naît avec une orientation hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle, indépendante de notre éducation et de notre environnement. Réalisées sur un nombre faible de patients, ces études n’ont pas apporté la moindre preuve du caractère constitutionnel de l’homosexualité. à chaque fois que des chercheurs ont tenté de les refaire, ils n’ont jamais réussi à obtenir les mêmes résultats. Comment se constitue notre orientation sexuelle ? La sexualité va se construire peu à peu, en fonction de l’entourage familial et social de l’enfant, de l’adolescent puis de l’adulte, Chacun va intégrer, à sa façon, dans son projet de vie, des expériences sensorielles, sensuelles et émotionnelles. Ces expériences vont lui permettre de découvrir ce qu’il est. En fait, les adultes se retrouvent dans une grande variété de comportements qui vont de l’hétérosexualité exclusive à l’homosexualité totale. Les humains sont en majorité bisexuels (dans des proportions diverses)  : théorie développée par Freud dans ses « trois essais sur la théorie de la sexualité ». Selon lui, chacun naît bisexuel. Peu à peu, les orientations sexuelles apparaissent, par des processus complexes où la socialisation est le point essentiel. Pourtant, malgré la survenue de ces préférences sexuelles, chacun oscille toute sa vie entre des sentiments hétérosexuels et homosexuels, poursuit Freud. Certains adultes ne passent jamais à l’acte malgré leurs désirs  : des hétéros n’ont ainsi jamais de sexualité homo, comme certains homos n’ont jamais d’expérience hétéro. D’autres l’ont tentée, mais n’y ont pas trouvé des motifs suffisants pour persévérer ; d’autres, enfin, continueront toute leur vie 66 - Question psycho à être bisexuels, au gré des rencontres. Enfin, il faut rappeler qu’un nombre non négligeable d’individus, quelle que soit leur orientation sexuelle, n’établissent pas de rapports sexuels avec une autre personne et qu’il existe donc des hétéros, des homos et des bis vivant une chasteté absolue (ou ne pratiquant que la masturbation). Pour les adolescents, c’est souvent difficile à vivre et beaucoup de jeunes cherchent à savoir à quelle catégorie ils appartiennent. Homo ou hétéro, on a souvent le sentiment qu’il faut choisir son camp et on recherche alors en soi les signes, les preuves qui démontreraient que l’on appartient à tel ou tel groupe. Toute expérience n’est pas forcément définitive, ni un engagement pour l’avenir. éprouver une affection particulière pour sa meilleure amie quand on est une fille ne signifie pas obligatoirement que l’on est lesbienne. Se masturber entre copains en regardant des films pornos n’est pas une pratique réservée exclusivement aux homosexuels. Découvrir son corps et chercher à connaître celui des autres, sont des étapes nécessaires pour trouver son équilibre. Et il est important de prendre son temps... « La vie nous donne ce qu’on en attend, mais ailleurs, autrement, et à Altérité ou pas ? contretemps. » L’altérité est la reconnaissance de l’autre (Alfred Fabre-Luce) dans sa différence. C’est une valeur essentielle de la laïcité qui privilégie le métissage des cultures comme source d’enrichissement et de paix. évidemment la différence n’est pas une valeur en soi. Il y a des différences inacceptables, en particulier celles qui ont précisément pour objet ou pour conséquence de
nier à l’autre son propre droit à la différence. L’altérité est la valeur qui place l’homme et la femme tels qu’ils sont comme premiers sujets de droit. La langue française dispose de deux termes pour désigner celui qui n’est pas soi  : « autrui » (le prochain) qui suppose une communauté et/ou une proximité sociale, en raison de la participation partagée à une même totalité (qui peut aller du groupe à l’humanité), et « autre » (l’alter) qui suppose une différence et/ou une distance sociale découlant d’appartenances (territoriales, généalogiques, génériques, etc.) distinctes. Les implications de ces deux termes conduisent à des problématisations différenciées de la relation entre ce qui est soi et ce qui ne l’est pas. L’être humain est fait de deux genres, masculin et féminin. L’humain est pluriel, invité par sa nature même à établir de vraies relations, avec un vrai autre et non un autre soi-même. La recherche de la fusion est dangereuse et inhumaine. L’homosexualité peut donc être une étape reposante sur le chemin parfois tourmenté de la vie amoureuse. Une mise à l’abri de l’autre, parfois très menaçant. Une façon d’éviter la confrontation avec l’altérité sexuelle, source de conflits. Cette approche nous conduit à interroger l’homosexualité sur son rapport à l’altérité. Pour les uns, l’homosexualité, en restant dans le registre du « même », présente une carence d’altérité. Pour les autres, l’altérité est au cœur de toute rencontre quelle qu’elle soit, la différenciation sexuelle apparaissant alors comme une altérité seconde par rapport à l’irréductibilité de l’autre en tant que personne. Des sociologues expliquent même que si la femme est l’altérité de l’homme et inversement, l’homosexuel est l’altérité de l’hétérosexuel. Un « miroir » dans sa vie Mais que pensent les intéressées de cette question de manque d’altérité dans la relation homosexuelle ? Sylvie, 50 ans, qui a découvert récemment l’homosexualité de sa fille, témoigne  : « Je ne sais pas réellement pourquoi l’image de l’inceste est venue à moi quand j’ai su que ma fille s’affirmait homosexuelle, elle s’est comme imposée. Imprégnée de lectures psychanalytiques peut être mal comprises, mal assimilées et sujets à controverse, j’ai fait un condensé rapide du genre  : l’homosexualité féminine n’est-elle pas l’inceste avec la mère par personne interposée ? J’y vois, sans doute, à tort, comme une façon de dire l’impossibilité ou le refus de se séparer ; perpétuer avec un autre « presque pareil » le lien de fusion à la mère. ça ne peut que m’interroger sur ma propre position, sur ce que j’ai autorisé ou pas, sur ce que je lui ai inconsciemment transmis. Je crois que ce qui me trouble le plus dans l’homosexualité c’est le refus d’aller vers le nonsemblable, vers l’altérité absolue, l’autre sexe. Le refus de s’accomplir comme femme, en particulier dans la maternité qui a été pour moi une expérience unique, d’une si grande richesse. S’aimer soi-même à travers un semblable, (que Freud nomme « le choix d’objet narcissique ».) Partir à la recherche d’une connaissance de soi à travers un « autre-même » qui lui dirait quelque chose de sa vérité, apparaît un peu paradoxal. Au travers de ma propre expérience de fille et la rencontre avec des adolescentes, j’y vois la difficulté de grandir, de s’affranchir, oui, franchir le pas qui mène vers l’autre différent. J’y vois aussi une sorte de provocation nouvelle face aux modèles parentaux traditionnels. » Esther, 37 ans, vit à Paris avec Julie, 29 ans, une véritable histoire d’amour depuis trois ans. La première explique  : « Je ne me considère pas homosexuelle, dans le sens où je n’ai connu que des hommes dans ma vie avant Julie. Quand je l’ai rencontrée, nous sommes d’abord devenues des copines, puis des amies proches, jusqu’au soir où nous avons fait l’amour ensemble pour la première fois. Tout s’est passé très naturellement, ce n’était pas une « expérience », mais une « évidence ». Comme nous étions en colocation, nos amis et nos familles n’ont rien vu au début, puis nous leur avons expliqué. Nous ne nous tenons jamais la main dans la rue pour ne pas choquer, mais à la maison, nous sommes un couple comme les autres ! Nous n’appartenons à au- « Le dialogue véritable suppose la reconnaissance de l’autre à la fois dans son identité et dans son altérité. » (Proverbe) cune communauté et n’avons pas de sexualité débridée. Quant au sujet de l’altérité, il ne pose pas de problème pour moi, car Julie n’est pas moi, c’est une Autre. Ce n’est ni narcissique ni ambigu comme relation. Je l’aime, point barre ! » Sa compagne, Julie, ajoute, pour conclure  : « Bien sûr, nous sommes des femmes toutes les deux, donc nous nous ressemblons physiquement, mais l’altérité n’a pas besoin d’être purement physique pour fonctionner. Et l’altérité intellectuelle, qu’en faites-vous ? Je n’ai aucunement l’impression de me regarder dans un miroir quand je vois Esther ! Je ne vis pas avec mon double, mais bien avec une Autre, qui me permet de me construire dans notre différence ! » Et si la véritable altérité, c’était tout simplement la différence ? ■ V.L. Question psycho - 67



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