Point Sud n°12 oct 14 à mai 2015
Point Sud n°12 oct 14 à mai 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de oct 14 à mai 2015

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : CNCD-11.11.11.

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : nous consommons, mais à quel prix ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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02 sommaire Le scandale des crevettes thaïlandaises nourries avec du poisson pêché par des esclaves, puis vendues dans nos supermarchés est une nouvelle illustration de l’opacité des chaînes de production mondialisées et du dumping social qu’elles permettent à l’insu des consommateurs. Pour stopper les dérives de l’industrie alimentaire et, plus largement, garantir la « traçabilité sociale » des produits que nous consommons, il est nécessaire de privilégier les « filières courtes » qui réduisent la distance entre producteurs et consommateurs, d’informer les consommateurs sur les modes de production des biens commercialisés et d’imposer le respect de normes sociales minimales aux firmes transnationales et à leurs fournisseurs. Introduction 03 1/ Anatomie des chaînes 05 de production mondialisées 2/ Études de cas Le jus d’orange brésilien 08 Les lasagnes Findus à la viande 09 de cheval vendue pour du bœuf Les fruits thaïlandais de Natural Fruit 10 L’IPHONE assemblé en Chine 11 La confection des vêtements 13 des grandes marques Le travail forcé dans la construction 15 des stades de la coupe du monde de foot au Qatar 3/ Les solutions pour stopper 16 les dérives de l’industrie alimentaire et garantir le droit à l’alimentation 4/ Les solutions pour garantir 18 la « traçabilité sociale » des produits que nous consommons 5/ Les solutions pour garantir le respect 20 des normes sociales tout au long des chaînes de production mondialisées Conclusion 22 Lectures conseillées 23
03 introduction En juin 2014, une enquête du Guardian 1 révélait que les principaux supermarchés européens et américains vendaient des crevettes thaïlandaises nourries avec du poisson pêché par des esclaves cambodgiens et birmans. Ce nouveau scandale alimentaire illustre les dérives d’un modèle agro-industriel fondé sur la course mondiale au prix le plus bas. Il est urgent d’en tirer les leçons, sous peine de voir les consommateurs condamnés à en être malgré eux les complices. L’enquête du Guardian dépeint une réalité digne d’un autre temps, mettant en scène des travailleurs migrants cambodgiens et birmans vendus à des capitaines de bateaux de pêche thaïlandais. Espérant trouver un emploi dans des usines ou des chantiers et attirés par de fausses promesses, ils avaient payé des passeurs avant d’être vendus pour quelques centaines d’euros. Condamnés à pêcher des crustacés sans pouvoir mettre un pied à terre pendant des années, ils sont forcés de travailler jusqu’à 20 heures par jour, sans paye, sous la torture et drogués aux amphétamines pour être plus résistants. Le tableau dressé par l’enquête du Guardian fait froid dans le dos. Il révèle la chaîne qui relie l’industrie esclavagiste à nos assiettes. Comment les poissons pêchés par des esclaves arrivent-ils dans nos assiettes? Par le biais des chaînes de production complexes qui caractérisent la mondialisation. C’est en amont des chaînes de production que les navires de pêche hauturiers interviennent. Ces navires, non enregistrés et qui ne font que rarement escale achètent des esclaves chargés de pêcher toutes sortes de poissons vendus à des vaisseaux-mères qui les congèlent et les vendent, chaque mois, aux courtiers à terre. Ces courtiers mélangent ensuite les cargaisons des différents vaisseaux-mères et vendent ces stocks de poissons congelés aux usines de transformation. Ces dernières nettoient et conditionnent les poissons de valeur (anchois, maquereaux, poulpes, etc.) et transforment en nourriture pour animaux les poissons de rebut. Ces poissons transformés servent à nourrir les crevettes qui sont ensuite commercialisées et vendues dans nos supermarchés. Au cœur du scandale, on trouve la firme CP Foods, géant thaïlandais de l’agroalimentaire qui se présente comme la « cuisine du monde » : elle se fournit auprès de l’industrie esclavagiste en nourriture pour poissons qu’elle utilise dans son aquaculture de crevettes, qui sont ensuite commercialisées dans les supermarchés via les quatre plus grandes chaînes de distribution du monde (Walmart, Carrefour, Costco et Tesco). En Belgique, les crevettes issues de l’esclavage ont ainsi été vendues dans des centaines de supermarchés de Carrefour, Colruyt, Match ou Cora. Le scandale, qui a incité les grandes chaînes de distribution à renoncer à l’achat de crevettes fournies par CP Foods, qui a elle-même annoncé un audit de ses fournisseurs, révèle un système opaque où la course aux prix les plus bas justifie toutes les dérives – du moins tant qu’elles s’opèrent à l’insu des consommateurs. 1/ http://www.theguardian.com/global-development/2014/jun/10/asianslave-labour-prawns-supermarkets-us-uk-thailand



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