Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°27 de aoû/sep/oct 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'instant présent, secret de la joie au quotidien.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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PHILOSOPHIE De vie 48 8 Philosophie pratique Philosophie de vie De la joie… de vivre Si les philosophes grecs ont préféré parler du plaisir et du bonheur que de la joie, considérée comme une émotion assez mystérieuse et irrationnelle, il faudra attendre le XVII e siècle et Spinoza pour qu’un grand penseur s’intéresse à l’expérience de la joie et la mette au centre de sa pensée. Au troisième millénaire, force est de constater qu’on est en train de la redécouvrir, puisqu’elle est au cœur de nombreux essais de philosophes et auteurs à succès. Empêtrés dans les contraintes de nos vies sociales, nous oublions souvent de prendre le temps de penser. La philosophie nous propose justement d’apprivoiser ce temps pour penser, propre à chacun, qui rend la vie meilleure. Comment ? En commençant par nous poser les bonnes questions, notamment la suivante  : Comment mettre la joie au cœur de nos vies ? « Le désir qui naît de la joie est plus fort, toutes choses égales d’ailleurs, que le désir qui naît de la tristesse. » (Spinoza, l’Ethique) Satisfaction ou plénitude ? La joie est une émotion ou un sentiment de satisfaction, souvent spirituelle, plus ou moins durable, qui emplit la totalité de la conscience. Même si elle s’en approche, elle diffère du bonheur. Elle se distingue également des satisfactions liées au corps -les plaisirs-, qui n’affectent qu’une partie de la conscience.
Dans l’Antiquité, la joie est au cœur de courants spirituels et mystiques, comme le taoïsme et l’Evangile. Dans la philosophie antique, la joie est à rapprocher du terme de mania, « délire » ou « folie » présent notamment dans le Phèdre de Platon. La mania désigne la présence du divin dans ce qu’elle a de transformateur et de dynamisant sur le sujet  : une notion à rapprocher de l’enthousiasme qui affecte celui qui contemple le bien ou le beau, et qui va donc au-delà du sentiment. Cicéron en a une conception plus proche du sens courant  : pour lui, la joie est un état de l’âme, qui, confrontée à la possession d’un bien, n’en perd pas pour autant la sérénité. Une conception moderne Dans la philosophie moderne, de nouvelles conceptions de la joie apparaissent. Chez Leibniz, on trouve une distinction entre deux termes latins pouvant être traduits en français par « joie »  : d’une part gaudium, la jouissance paisible qui n’est soumise à aucune condition extérieure au sujet, et d’autre part laetitia, le plaisir de l’âme lié à possession d’un bien. Au XX e siècle, les courants philosophiques que sont le personnalisme et l’existentialisme approfondissent à nouveau la notion philosophique de joie. Les grands penseurs de la joie Mais c’est surtout au XVII e siècle que la joie a été célébrée. Le philosophe hollandais Spinoza est le grand penseur de la joie, en particulier dans son Éthique où la joie forme, avec la tristesse et le désir, l’un des trois affects fondamentaux de l’être humain  : tous les autres sentiments (amour, haine, espérance, crainte, etc.) se définissent comme des formes particulières de joie ou de tristesse. La joie est définie par Spinoza comme « le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection », c’est-à-dire comme une augmentation de forces et de la réalisation de soi d’un être humain. La joie est ainsi un accroissement de notre puissance, lié à la réalisation de nos désirs et de notre effort (conatus en latin) pour persévérer dans l’existence. Spinoza n’a jamais eu d’autre ambition que de prendre le lecteur Le philosophe hollandais Spinoza est un des grands penseurs de la joie. par la main pour le guider vers la Béatitude, c’est-à-dire le plein d’épanouissement de soi. Sa théorie philosophique est d’ailleurs un outil, formidablement efficace, pour changer notre manière de penser, d’agir et de ressentir. Comment transformer la tristesse en joie, la dépendance en affirmation de soi ? Comment trouver du sens dans le Pour Nietzsche, être dans la joie n’implique pas de se réfugier dans un bonheur illusoire. Philosophie pratique À LIRE « L’Ethique », manuel de joie durable « L’Éthique » de Baruch Spinoza, Folio, 398 pages, 10,40 € . déroulement insensé de nos vies ? Les réponses de Spinoza à ces questions nous permettent de mieux interpréter les aléas de nos existences pour pouvoir y faire face. Dans la philosophie contemporaine, Nietzsche pour sa part associe la joie à la capacité d’approbation de l’existence (amor fati), malgré son caractère tragique, comme expression de la volonté de puissance qui assume d’être joyeuse malgré les souffrances de la vie, sans se réfugier dans un bonheur illusoire (religion, idéalisme). Des affinités entre Nietzsche et Spinoza En dépit de divergences profondes l’étude de la notion de joie chez Spinoza et Nietzsche, révèle une série d’affinités remarquables entre les deux penseurs. Tous les deux posent ainsi la joie au fondement de l’éthique, dont elle constitue la visée première, à la fois initiale et concluante. Attachée au principe de la puissance en tant que son pôle d’augmentation, orientée exclusivement vers l’affirmation et la vie, redéfinissant les vertus, la joie se donne uniquement sur le plan de l’immanence. Suscitant la redécouverte du corps et résultant d’une série de désillusions concernant le libre arbitre, le finalisme, ou le bien et le mal, la réflexion sur la joie contient une vive critique des sources de la tristesse et exige une transformation de l’être entier. Ce faisant, elle fait naître la confiance en une possibilité de salut individuel. Dans sa thèse de doctorat consacrée à ce sujet, Emmanuel Ionnidos explique d’ailleurs que chaque partie de l’œuvre de Spinoza est traversée par la notion de la joie. Tout y est pensé en fonction de la joie, Philosophie pratique 9 49



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