Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°27 de aoû/sep/oct 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'instant présent, secret de la joie au quotidien.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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DOSSIER « Libres de penser ? » pour fondement ce principe de Descartes  : « Ne reconnaître pour vrai que ce qui paraîtra évidemment être tel. » Puisque c’est un devoir pour l’esprit de ne se soumettre qu’à l’évidence, il faut que ce soit en même temps un droit ; car comment pourrions-nous obéir au devoir, si on nous refuse le droit ? Il découle de ceci que l’Etat n’est pas juge du vrai et du faux, et qu’il est seulement garant des droits de chacun. La liberté de penser n’est donc susceptible de répression qu’en tant qu’elle porte atteinte aux droits des individus. De la pensée à la conscience Selon Spinoza, « Il ne peut se faire que l’âme d’un homme appartienne entièrement à un autre ; personne en effet ne peut transférer à un autre, ni être contraint d’abandonner son droit naturel ou sa faculté de faire de sa raison un libre usage et de juger de toutes choses. » Spinoza part d’une constatation de fait qui semble évidente  : la pensée est du domaine de la conscience intérieure. Or la conscience est inaccessible à autrui. Il semble clair qu’aucune personne et aucun État ne semble pouvoir faire en sorte que les sujets admettent comme vrai et rejettent comme faux ce qu’il aura décidé tel. On peut régenter les paroles et les actes mais non les esprits. Moi seul sais ce que je pense et nul n’y peut rien. Cela tient à la nature même de la pensée. « Si considérable que soit donc le droit dont une souveraine puissance dispose en tous domaines, si fermement que lui soit reconnu son rôle d’interprète, et du droit humain et du culte le plus fervent, jamais cependant les sujets ne pourront être empêchés de porter des jugements de tout ordre, à leur gré, ni de ressentir tel ou tel sentiment à titre individuel. » Si une personne elle-même voulait se dessaisir de son propre droit de penser, elle ne le pourrait pas. Ce qui caractérise l’homme, ce qui le définit est la pensée. Nous sommes pour soi et non seulement en soi et nous ne pouvons donc nous empêcher de penser. La conscience n’est 18 76 Philosophie pratique Libres de penser ? « L’amour est l’acte par lequel une pensée se fait libre en pensant une liberté. » (Gabriel Marcel) La pensée est du domaine de la conscience intérieure. KANT & LA LIBERTÉ DE PENSER « A la liberté de penser s’oppose, en premier lieu, la contrainte civile. On dit, il est vrai, que la liberté de parler ou d’écrire peut nous être ôtée par une puissance supérieure, mais non pas la liberté de penser. Mais penserions-nous beaucoup, et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? Aussi bien, l’on peut dire que cette puissance extérieure qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement leurs pensées, leur ôte également la liberté de penser — l’unique trésor qui nous reste encore en dépit de toutes les charges civiles et qui peut seul apporter un remède à tous les maux qui s’attachent à cette condition. En second lieu, la liberté de penser est prise au sens où elle s’oppose à la contrainte exercée sur la conscience. C’est là ce qui se passe lorsqu’en matière de religion en dehors de toute contrainte externe, des citoyens se posent en tuteurs à l’égard d’autres citoyens et que, au lieu de donner des arguments, ils s’entendent, au moyen de formules de foi obligatoires et en inspirant la crainte poignante du danger d’une recherche personnelle, à bannir tout examen de la raison grâce à l’impression produite à temps sur les esprits. En troisième lieu, la liberté de penser signifie que la raison ne se soumette à aucune autre loi que celle qu’elle se donne à elle-même. Et son contraire est la maxime d’un usage sans loi de la raison - afin, comme le génie en fait le rêve, de voir plus loin qu’en restant dans les limites de ses lois. Il s’ensuit comme naturelle conséquence que, si la raison ne veut point être soumise à la loi qu’elle se donne à elle-même, il faut qu’elle s’incline sous le joug des lois qu’un autre lui donne ; car sans la moindre loi, rien, pas même la plus grande absurdité ne pourrait se maintenir bien longtemps. Ainsi l’inévitable conséquence de cette absence explicite de loi dans la pensée ou d’un affranchissement des restrictions imposées par la raison, c’est que la liberté de penser y trouve finalement sa perte. Et puisque ce n’est nullement la faute d’un malheur quelconque, mais d’un véritable orgueil, la liberté est perdue par étourderie au sens propre de ce terme. » pas seulement inaccessible à l’autre (au sens où ne pouvant la connaître, il ne peut l’empêcher d’être), il est aussi impossible de s’en ouvrir à autrui. Je ne peux, même volontairement, faire pénétrer l’autre dans ma conscience et donc lui donner le pouvoir de la régenter. Des contraintes bien réelles On s’aperçoit cependant que ce droit naturel de penser ce qu’on veut ne constitue néanmoins pas une liberté de penser n’importe quoi ni de penser ce qui nous plaît à notre fantaisie. La liberté de penser reçoit deux limites  : Une limite morale et une limite logique. Il n’existe pas de liberté sans raison et il me faut donc, pour être libre de penser, suivre les lois de la raison. Admettre n’importe quoi, au hasard, ce n’est plus penser du tout. Penser, c’est toujours suivre ou instituer un ordre. Penser librement, c’est aussi penser juste. Du reste, celui qui se trompe involontairement n’est pas libre. Il est trompé. Il croit dire une vérité et se méprend. Il arrive au contraire de ce qu’il veut. Dans une perspective différente, Marx souligne que le droit de penser librement est souvent une illusion. La liberté d’opinion est souvent une liberté abstraite c’està-dire ici incomplète, qui n’existe pas dans les faits. Il peut être reconnu par la loi que le citoyen a bien le droit de penser ce qu’il veut et même de l’exprimer mais ce droit n’est pas effectif si les moyens d’information sont aux mains de ceux dont l’intérêt est que chacun pense comme eux le souhaitent. Si tous les moyens d’information et de propagande sont détenus par la seule classe dirigeante, l’individu n’a plus les moyens de penser par lui-même et son droit de penser est un droit purement formel. Il a le droit mais non le pouvoir de penser ce qu’il veut. Ainsi, même si la liberté de conscience, d’expression, d’association est légalement reconnue, elle ne donne pas nécessairement à l’individu le droit de penser ce qu’il
veut. Il est donc tout à fait possible de limiter, voire de supprimer la liberté de penser, soit en l’empêchant purement et simplement, soit en limitant la liberté d’expression, soit en monopolisant les moyens d’information. Il est donc tout à fait possible de limiter, voire de supprimer la liberté de penser, soit en l’empêchant purement et simplement, soit en limitant la liberté d’expression, soit en monopolisant les moyens d’information. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. » (Voltaire) Des limites à poser La liberté de penser est un droit, mais toute opinion n’est pas respectable et la liberté de penser a des limites, comme d’ailleurs toute liberté dans l’État. La première de ces limites est de permettre à l’autre Philosophie pratique de jouir de cette même liberté. La diffamation, par exemple, ne saurait être considérée comme légitime. Les opinions intolérantes ne sauraient être considérées comme admissibles et l’expression de telles opinions doit être considérée comme un délit. La deuxième de ces limites est le respect de la loi. Le droit d’aller contre le droit est contradictoire. Comme l’écrit Spinoza, « Tout citoyen est non point indépendant, mais soumis à la nation, dont il est obligé d’exécuter tous les ordres. Il n’a aucunement le droit de décider quelle action est équitable ou inique, d’inspiration excellente ou détestable. » Quand Spinoza dit qu’il faut obéir à la loi, il dit dans le même temps que celle-ci doit être la plus raisonnable possible. Le droit doit éviter de commander aucun acte susceptible de susciter la révolte d’un grand nombre de citoyens. Le droit édicté par l’autorité souveraine doit être raisonnable pour éviter que cette autorité ne soit renversée. Voilà d’ailleurs pourquoi la loi doit autoriser la liberté de penser et de s’exprimer, afin que chaque citoyen, s’il estime certaines lois injustes et nuisibles, ait le droit de le faire savoir, de justifier son opinion et de tenter par des voies légales d’en obtenir l’abrogation ou la modification. La liberté de penser doit donc nécessairement être la liberté d’être raisonnable et non de penser et surtout de dire n’importe quoi. Il y a forcément des limites au droit de penser mais ces limites doivent être celles de la raison, aussi bien logiquement que légalement. Aucun droit n’est absolu et tout droit suppose des devoirs. n V.D. POUR ALLER PLUS LOIN À LIRE « La liberté de penser » de Paul Janet, Berg International, 56 pages, 6 € . « De la liberté de penser dans un Etat libre » de Baruch Spinoza, Herne, 77 pages, 5,50 € . Philosophie pratique 77 19



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