Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°27 de aoû/sep/oct 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'instant présent, secret de la joie au quotidien.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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58 Philosophie pratique 60 FémininPsycho Culpabilité Pourquoi culpabilise-t-on ? La culpabilité est le sentiment plus ou moins diffus de commettre une faute. Nécessaire à toute vie sociale mais parfois douloureux et contraignant, le sentiment de culpabilité est l’impression de ne pas être juste, d’avoir, en fantasme ou réellement, enfreint un tabou, de nourrir un désir défendu, d’avoir eu un comportement coupable face à telle personne ou telle situation. Il en naît une forte angoisse et une tendance à l’autoaccusation. Comment appréhender le sentiment de culpabilité ? Très fréquemment décrit par chacun de nous, il est complexe et recouvre de nombreuses réalités. Il se situe au cœur de nos relations avec les autres. La culpabilité est un sentiment que nous ressentons tous ou presque. Très complexe, le sentiment de culpabilité est inhérent à notre humanité, bien qu’il se rencontre plus facilement dans certaines « La culpabilité est un symptôme dangereux. C’est un signe qui manque de pureté. » (Eugène Ionesco) cultures (dont la judéo-chrétienne) que dans d’autres. Surtout, le sentiment de culpabilité se situe au cœur de notre organisation sociale, de nos rapports aux autres et à notre groupe. Il n’est pas automatiquement pathologique ou morbide de ressentir de la culpabilité. Au contraire... Heureusement que la culpabilité est présente en nous ! Mais parfois, la voilà qui nous envahit un peu trop, et nous pourrit la vie ! Sain ou malsain ? Selon Jérôme Vermeulen, psychologue, il existe une « bonne culpabilité »  : « Heureusement que nous nous sentons coupable ? Oui ! Absolument ! Il s’agit d’une « saine culpabilité » ressentie lorsque nous avons conscience d’avoir transgressé EXPERT JÉRÔME VERMEULEN, psychologue « Ceux qui n’éprouvent pas de culpabilité » certaines de nos valeurs. J’utilise les termes « culpabilité saine » pour indiquer qu’il s’agit d’une indication de bonne santé. Pouvoir reconnaître que nous avons mal agi, que nous avons blessé ou heurté quelqu’un est une qualité. Pas un défaut ou un symptôme morbide. On peut parler de culpabilité empathique (empathie  : capacité à se mettre à la place d’autrui, de ce qu’il vit ou ressent). Nous pouvons alors demander pardon, ou réparer notre erreur. Il s’agit d’une compétence typiquement humaine ! Très souvent aussi, la culpabilité est anticipative ; nous planifions une action pas très honnête, ou, par exemple, nous suivons dans la rue une personne qui perd un billet de 50 euros, et sommes guidés (ou pas) par un sentiment de culpabilité avant d’avoir pris notre décision et commis l’acte (je ramasse discrètement le billet, ou j’avertis la personne qu’elle l’a perdu ?). » Comment ça fonctionne ? Le sentiment de culpabilité ou culpabilité est une émotion relative au groupe social qui repose sur la conviction d’une responsabilité personnelle dans un événement fâcheux dans lequel on n’est pourtant pas toujours intervenu directement ou au contraire dans lequel on n’aurait pas pu intervenir. L’exemple caricatural est le malaise ressenti durablement par un enfant suite à la maladie ou décès d’un autre enfant (voire d’un parent), malaise se greffant sur le souvenir de sentiments négatifs de l’enfant à l’égard de cette personne. Il « il existe des profils de personnes ne ressentant que très peu voire aucune culpabilité. Je fais référence aux psychopathes principalement, mais également à certains pervers. Il s’agit en fait de personnes n’ayant, dans les cas extrêmes, aucune conscience d’autrui. Ils sont capables d’actes extrêmement graves (agressions, viols, tortures, meurtres) sans que cela ne leur cause le moindre cas de conscience. Principales caractéristiques de ces inquiétants psychopathes  : ils ne ressentent pas de culpabilité et d’empathie. » PHOTOS.COM D.R.
« La culpabilité compte parmi l’un des sentiments les plus destructeurs que nous puissions entretenir. » est habituel d’éprouver passagèrement un sentiment de culpabilité à l’occasion du travail de deuil d’un proche. L’absence de fondement objectif d’ordre causal à la culpabilité peut priver celui qui est envahi par ce malaise, des possibilités de s’en déprendre comme s’il s’agissait d’une responsabilité directe ; la réparation qui permettrait une reconstruction de l’estime de soi est problématique par son caractère plus ou moins irrationnel. Le sentiment de culpabilité peut perturber durablement l’individu ; devenant un état habituel d’un motif de culpabilisation à un autre. Dette et culpabilité En allemand le même signifiant « Schuld » désigne à la fois la dette et la culpabilité. C’est sans doute ce qui poussa, en partie, Sigmund Freud à approfondir ce lien qui éclate de façon particulièrement manifeste dans le cas célèbre d’une analyse d’un patient obsessionnel connu sous le nom de « l’Homme aux rats » paru en 1909. L’histoire de ce cas montre à quel point la névrose s’articulait de façon inextricable autour d’une dette paternelle que le patient s’ingéniait à la fois à perpétuer et à rembourser. Freud lui même, dans une lettre à Wilhelm Fliess faisait référence en ce qui le concernait à une dette ou faute de ce type dont il voit l’origine dans la naissance d’un jeune frère qui naquit peu de temps après lui pour mourir quelques mois plus tard. Bon à savoir (Claudia Rainville) Une psychothérapie ou une psychanalyse peut aider à accéder à une maîtrise de cette culpabilisation systématique. Ce type de culpabilité est intimement lié à la triade victime-sauveur-persécuteur. Cette dimension de la dette/culpabilité serait une caractéristique des civilisations judéo-chrétiennes alors que d’autres civilisations comme la culture grecque ou les cultures orientales seraient plutôt marquées par la question de la honte selon une problématique qui s’adresse plutôt au groupe dont on est issu. Un sentiment inconscient Dans l’analyse d’une pièce de l’écrivain norvégien Henrik Ibsen, intitulée Rosmersholm, Freud veut montrer que les actions de l’héroïne, Rebecca, sont induites par une culpabilité liée à trois secrets. Le troisième de ces secrets est l’amour qu’elle porte à un homme dont elle ne sait pas qu’il est son père. Cette pièce que Freud appréciait beaucoup lui donnait une bonne illustration de son affirmation que la culpabilité inconsciente est toujours liée, de près ou de loin, à la situation œdipienne. Friedrich Nietzsche décrivit un profil psychologique qu’il appela criminels par sentiment de culpabilité. Il signifia alors que certains peuvent, se sentant coupables mais sans savoir pourquoi, commettre un crime dans le seul but de donner une raison à cette culpabilité. La culpabilité n’est pas la conséquence du crime mais, paradoxalement, sa cause même  : il s’agit pour le coupable de pouvoir se représenter sa faute. Philosophie pratique Freud reprend ce modèle lorsqu’il discute la culpabilité inconsciente, indissociable du surmoi, sévère juge de la personne. Freud précise que le névrosé a bel et bien commis une faute, du moins dans son fantasme. Peut être n’y a-t-il pas eu d’acte mais l’intention à la source des reproches est bien réelle, et la culpabilité n’est guère que retournement sur la personne propre de l’agressivité. C’est également dans cette culpabilité inconsciente que Freud verrait l’origine de certains échecs de cures psychanalytiques, les patients n’arrivant pas à surmonter un « masochisme moral » qui les poussent à expier indéfiniment une faute inconsciente. En effet, la culpabilité viendrait provoquer le passage à l’acte, et pas l’inverse. Mais qu’en est-il vraiment de cette culpabilité inconsciente ? Le modèle de l’affect semble en effet impliquer le système préconsient/conscient décrit dans la première topique, puisque le système inconscient est, selon cette approche théorique, siège de quantités pulsionnelles et non d’affects qualitatifs. Freud décide de ne pas trancher ce problème d’un affect inconscient et laisse la question ouverte. Il choisit donc une perspective descriptive, insistant sur l’évidence d’une culpabilité inconnue du Moi et pourtant génératrice de nombreuses démarches. Cette culpabilité inconsciente peut prendre des formes contradictoires  : Philosophie pratique 59 FÉMININPSYCHO 41 FémininPsycho 61 PHOTOS.COM D.R.



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