Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°27 de aoû/sep/oct 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'instant présent, secret de la joie au quotidien.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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PHILOSOPHIE De vie qui constitue le fondement de son éthique. L’accès à la joie se fait à travers une transformation exigeante et inédite. L’itinéraire de cette conversion de l’esprit à la joie, vu aussi bien dans le Traité de la réforme de l’entendement que dans l’Ethique, est difficile et exigeant. Contraire à toute violence et à toute révélation soudaine, et essayant d’établir ses principes par ses propres forces, l’esprit possède la puissance suffisante pour accéder à la joie en établissant avec certitude des garanties métaphysiques. Pour Spinoza, seuls des rapports joyeux sont pensables avec un Dieu immanent et s’identifiant à la Nature et, si il y a une joie véritable, elle ne peut être qu’en Dieu et n’être conçue qu’à partir à lui, notre intériorité absolue en lui en tant que sa partie étant pour Spinoza absolument démontrable. La réflexion spinoziste de la joie se fonde également sur une série de conditions anthropologiques  : Spinoza examine le fonctionnement de notre corps et de notre esprit en soulignant que le corps est tout l’inverse d’un tombeau de l’âme, il possède la même validité ontologique et la même dignité que l’esprit. Puisque le désir de vivre et d’agir heureusement est l’essence même de l’homme, Spinoza pose le conatus comme principe dynamique d’action qui, grâce à la promesse de la joie, se transforme en désir de perfectionnement. L’accomplissement d’une réussite Le philosophe français Henri Bergson voit pour sa part dans la joie le signe d’un accomplissement, d’une réussite et d’un achèvement, ce qui, selon lui, en fait un indice du sens de l’existence humaine  : en effet, toute grande joie est la conséquence d’une création. Ainsi, le sens de la vie humaine serait la création. C’est pourquoi Bergson distingue soigneusement le plaisir, simple subterfuge de la nature pour provoquer la conservation des êtres, et la joie, qui signale quant à elle un accomplissement de la vie humaine. 50 10 Philosophie pratique Philosophie de vie « Plus intense et plus profonde que le plaisir, plus concrète que le bonheur, la joie est la manifestation de notre puissance vitale. » (Frédéric Lenoir) Chez les philosophes français contemporains, Gilles Deleuze la définit comme la puissance même de production du désir, Clément Rosset pense la joie dans la continuité de Nietzsche comme une grâce irrationnelle qui permet d’accepter le réel dans toute sa cruauté (« la force majeure ») , Robert Misrahi associe la joie à la liberté que possède tout sujet d’agir, aimer et fonder son bonheur (« les actes de la joie ») , Bruno Giuliani l’identifie au bonheur et la définit comme le sens même de la vie (« l’amour de la sagesse ») , Nicolas Go la pense comme une pratique de sagesse qui se passe de toute raison et s’accomplit dans l’art, le rire et le sacré (« l’art de la joie »). Henri Bergson voit dans la joie le signe d’un accomplissement de la vie humaine. Bref, chez une majorité de philosophes modernes, la joie est essentielle. Que ce soit pour Spinoza ou Nietzsche qui voient en elle un synonyme d’existence, ou pour Bergson qui la fait rimer avec « élan créateur ». Robert Misrahi, longtemps titulaire de la chaire de philosophie morale à la Sorbonne, nous apprend à la faire jaillir en ce XXI e siècle qualifié par lui de « temps de l’exaspération ». Des questionnements spirituels Lytta Basset, pasteur et professeur de théologie en Suisse qui sait porter la parole évangélique à un public toujours plus large se pose aussi des Lytta Basset questions dans son essai « La Joie imprenable » (Albin Michel)  : « La joie est-elle possible sur cette terre ? Une joie qui ne se laisserait pas détruire par les circonstances de la vie - une joie imprenable, autre que le plaisir, le bonheur et la béatitude ? » Une lecture renouvelée de la parabole dite du fils prodigue révèle comment des expériences aussi « négatives » que l’échec, la solitude ou la frustration ont, paradoxalement, partie liée avec l’éclosion de la joie. Lytta Basset explore cette « joie parfaite » promise par Jésus, qui est adhésion à l’existence tout entière, sans exclusion de rien ni de personne. Elle montre comment la relation à l’autre devient porteuse de cette prodigalité dont parlent les évangiles. « Le bonheur est un concept, une illusion. La joie, au contraire, est inscrite dans le corps, elle s’éprouve, elle est tangible et reproductible. » (Alain Héril) Une voie de développement personnel Psychothérapeute, enseignante et écrivaine, Isabelle Filliozat est pour sa part créatrice de l’Approche Empathique Intégrative, au sein de l’EIREM, Ecole des Intelligences Relationnelle et Émotionnelle. Auteure de nombreux livres traduits en vingt langues, elle consacre cette année un bel essai à la joie  : « Les chemins de la joie » (Ed. JC, Lattès). (…) Suite page 52
INTERVIEW 5 QUESTIONS À FRÉDÉRIC LENOIR* « La puissance de la joie » Comment cultiver la joie de vivre face à une actualité chaque jour plus difficile ? C’est justement parce que de sinistres individus, fanatisés par une idéologie mortifère, voudraient nous ôter la vie, et la joie de vivre, qu’il est essentiel de savourer la vie, ce bien si précieux, et de cultiver la joie. Le plus grand succès de librairie de ces dernières semaines est le livre d’Hemingway  : Paris est une fête. Quel formidable acte de résistance contre ceux qui entendent semer la peur et la mort ! Trois jours après les attentats, je devais faire une conférence sur « la joie de vivre » au théâtre des Folies-bergère devant 1400 personnes. Dans le climat de deuil national et face à la crainte de nouveaux attentats, nous avons failli annuler la rencontre. Et puis, le matin même, une personne qui avait perdu ses deux belles filles au Bataclan, m’a téléphoné pour me dire  : « N’annulez surtout pas, ne cédons pas au diktat de la terreur et nous avons besoin de vous entendre parler de la vie et de la joie de vivre ». Nous avons maintenu la conférence et vécu un moment très intense de communion et de compassion, en lien avec toutes les victimes des attentats et leurs familles, mais aussi de joie partagée, car la joie peut cohabiter avec le chagrin et toutes les épreuves de l’existence. Vous distinguez dans votre livre « plaisir, bonheur et joie ». En quoi la recherche de la joie est-elle une force plus puissante que la recherche du bonheur, face aux aléas de l’existence ? Je montre en effet qu’il existe, au fond, deux grandes quêtes de sagesse. La première recherche le bonheur à travers l’absence de trouble, la sérénité, ce que les épicuriens et les stoïciens appellent l’ataraxie. Il s’agit d’essayer d’éviter la souffrance en éliminant la cause de la douleur, le désir-attachement lié à une forte affectivité, ce qui est aussi typiquement la voie prônée par le Bouddha. La seconde quête entend cultiver la joie de vivre sans pour autant diminuer le désir et renoncer aux plaisirs de la vie quotidienne, qui peuvent en effet susciter de la souffrance. L’idée, c’est de vivre pleinement et de cultiver la joie pour nous aider à traverser toutes les peines de l’existence, plutôt qu’à tenter de les éliminer en menant une existence plus ou moins ascétique. C’est, d’une manière diverse, la sagesse des maîtres taoïstes, de L’Evangile, de Montaigne, de Spinoza ou de Nietzsche. Chercher la joie dans « le temps du désir » plutôt que dans « la recherche du plaisir », est-ce une bonne voie ? Bergson nous dit que le plaisir « est une ruse que la nature a inventé » pour la perpétuation de l’espèce. Si nous n’avions pas de plaisir à boire ou à manger, nous ne le ferions pas suffisamment pour nous maintenir en vie. Si nous n’avions pas de plaisir à faire l’amour, nous ne nous reproduirions pas. Alors que la joie, nous dit-il, est l’expression de l’accomplissement de la vie. Nous sommes dans la joie lorsque nous grandissons, nous progressons, nous participons au processus créatif de la vie. Cela rejoint la définition spinoziste de la joie  : « le passage d’une moindre à une plus grande perfection ». La joie est une augmentation de notre puissance vitale  : nous sommes dans la joie chaque fois que nous nous sentons exister plus et mieux. Or le désir est une force extraordinaire qui nous pousse à rechercher la joie. Mais Spinoza explique de manière lumineuse que lorsque nos désirs sont orientés, à cause d’une idée erronée, vers quelque chose ou vers quelqu’un qui nous diminue, nous vivons une joie « passive », qui se transformera tôt ou tard en tristesse. Alors que lorsqu’ils sont orientés, grâce à une idée adéquate, vers quelque chose ou vers quelqu’un qui nous fait grandir, progresser, nous épanouir en profondeur, alors nous connaissons une joie « active », profonde, vraie, durable. C’est toute la différence, par exemple, entre l’amour passionnel et l’amour véritable. Le désir, que Spinoza définit comme « l’essence de l’homme », est donc toujours le moteur de nos actions. Mais la joie et le bonheur ne sont profonds et durables que lorsque nos désirs sont éclairés et orientés par la raison. Quelles sont les pistes qui s’offrent à nous pour trouver ou retrouver la joie ? L’exercice de la philosophie comme sagesse consiste à justement à remettre de l’ordre dans nos affects, à nous connaître, à être le plus possible lucide pour bien orienter nos désirs. Cela peut se faire aussi à travers la psychanalyse ou diverses psychothérapies. Ce que, par exemple, CarlGustav Jung appelle « le processus d’individuation »  : rendre conscient nos processus psychiques inconscients, nous confronter à notre ombre etc. Ce travail, que je qualifie de « déliaison » parce qu’il Philosophie pratique nous invite à nous libérer de toutes les pensées, les croyances qui nous empêchent d’être pleinement nousmêmes, conduit en parallèle à un travail de « reliaison »  : se relier aux autres de manière juste, et non plus à travers les mécanismes inconscients de projection. Ce double travail de déliaison et de reliaison, est la voie royale vers une joie profonde, quasi permanente, que Spinoza qualifie de Béatitude. Je propose aussi dans mon livre des conseils pratiques, plus accessibles, qui permettent de cultiver la joie au quotidien. Car si la joie ne se décrète pas, on peut favoriser son émergence en créant un climat favorable  : en étant attentifs et présent ; en apprenant à lâcher prise ; en sachant persévérer dans l’effort ; en cultivant la gratitude et la bienveillance, etc. n *Philosophe, auteur de « La puissance de la joie » (Ed. Fayard) Propos recueillis par Valérie Loctin. Philosophie pratique 11 MAXPPP 51



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