Philosophie pratique n°26 mai/jun/jui 2016
Philosophie pratique n°26 mai/jun/jui 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°26 de mai/jun/jui 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 30,7 Mo

  • Dans ce numéro : bonheur, court-on après des chimères.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Donner du sens à sa vie dit qu’il y va, dans son être, de son être. L’être-là (Da-sein) qu’est l’homme ne subsiste pas seulement, il existe. D’où la célèbre phrase d’Heidegger  : « L’essence de l’être-là réside dans son existence » (Être et temps, introduction). La vie est de l’ordre du constat. Même Descartes parvient à la vie sans vraie démonstration, mais par une sorte d’intuition évidente  : la vie est irréductible au doute. La vie est un fait incontestable, c’est le fait premier, celui qui permet tous les autres  : c’est parce qu’on existe qu’on parle, qu’on écrit, qu’on travaille, qu’on philosophe. Mais si le fait d’exister est évident, la raison d’être de la vie est, elle, tout à fait énigmatique. Se poser la question du sens de la vie, c’est se demander ce que signifie le fait d’être et la finalité de ce Si le fait d’exister est évident, la raison d’être de la vie est, elle, tout à fait énigmatique. 64 Philosophie pratique fait  : que veut dire exister et pourquoi exister ? C’est notamment la question que se pose Leibniz. La question de l’essence (qu’est-ce que c’est ?) est pour lui moins fondamentale que la question de la vie (pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?). Pourquoi donc y a-t-il de l’être ? La vie est l’objet d’une véritable interrogation métaphysique. Mais prendre cet objet d’étude, c’est prendre un objet apparemment vide de toute détermination future  : il semble qu’il n’y ait rien à en dire. On existe, voilà tout. La vie, en tant que premier fait, semble échapper à tout discours. Il n’y a rien avant lui qui fonderait sa raison d’être. Tout discours sur la vie suppose la vie. La question du sens de la vie semble donc vouée à l’échec et risque de nous laisser démunis. Pourtant, on ne peut éviter de se la poser, car grâce à elle c’est toute la valeur de la vie qui se trouve interrogée. Se poser cette nécessaire question revient à se demander si je dois faire l’effort de vivre, c’est-à-dire d’exister de façon authentique, ou si je peux me contenter de « sur-vivre ». Une question de finalité L’expression « sens de la vie » dé- signe l’interrogation profonde sur l’origine, la nature et la finalité de la vie ou plus généralement de l’existence, en particulier de l’existence humaine. Cette interrogation métaphysique se trouve souvent posée sous la forme d’une série de questions  : « Qui sommes-nous ? », « D’où venons-nous ? », « Où allons-nous ? », etc. Au cours de l’Histoire dans les cultures humaines, de nombreux courants intellectuels, philosophiques, artistiques, religieux ou EXPERT ANDRÉ COMTE-SPONVILLE, PHILOSOPHE S’INTERROGER SUR LE SENS DE LA VIE « Philosopher, rechercher la sagesse, c’est aussi s’interroger sur le sens de la vie. Où allons-nous ? A la mort. La spiritualité de l’immanence n’est pas une spiritualité du sens. Les seules spiritualités qui donnent vraiment un sens à la vie sont celles qui postulent une autre vie après la mort. « II n’est de bonheur dans cette vie que dans l’espérance d’un autre vie », dit Pascal dans ses Pensées. Si, comme je le crois, la mort c’est le néant, il n’en est rien  : le néant ne fait pas sens. Donc, de ce point de vue, la vie n’a pas de sens  : nous n’allons vers rien d’autre que le rien. C’est pourquoi il nous faut profiter de là où nous sommes. Telle est la dimension tragique de l’existence. » scientifiques se sont emparés de ces questions pour les traiter chacun à leur manière, donnant lieu à autant d’approches voire de réponses différentes et parfois même contradictoires. Un philosophe, comme Jean Grondin, en parle comme d’une « pensée essentielle », fondant la philosophie, et qu’il résume ainsi  : « Que fai- « La vie ressemble à un conte ; ce qui importe, ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur. » (Sénèque)
EXPERT LUC FERRY, PHILOSOPHE LA PHILOSOPHIE NE FAIT RIEN D’AUTRE QUE CHERCHER LE SENS DE LA VIE « La philosophie ne fait rien d’autre que chercher le sens de la vie. J’ai mis quarante ans à trouver cette définition, c’est pourquoi elle me tient tant à coeur. La thèse que je défends, c’est que toutes les grandes philosophies sans exception, y compris les philosophies matérialistes, sont des doctrines du salut. La seule différence avec les religions, c’est l’absence de Dieu. La religion, elle, promet que l’on va être sauvé par un Autre. Ce dont on veut être sauvé, c’est d’un malheur ou d’un grand danger. Et ce qui nous fait le plus peur, c’est la mort. Ce que cherche la philosophie, c’est comment vaincre cette peur et la dépasser. Pour être bref, dans la vie, nous avons deux malheurs principaux  : le passé et le futur. Si nous avons eu un passé heureux, nous nous en souvenons avec nostalgie, s’il était malheureux, nous culpabilisons. Pour échapper au passé, nous nous projetons automatiquement vers le futur, nous faisons des projets, ça nous occupe. Passé et futur nous empêchent de vivre la seule chose qui vaille la peine  : le présent. C’est la seule chose qui existe réellement et nous la ratons sans arrêt par nostalgie ou par espérance. » « La vie est déjà à moitié passée lorsque nous comprenons enfin son sens. » (George Herbert) sons-nous ici, pourquoi et pour qui sommes-nous là, que devons-nous, que pouvons-nous y faire, que nous est-il permis d’espérer ? ». Selon certains philosophes, cette interrogation serait même inhérente à l’être humain. Arthur Schopenhauer décla- rait  : « Qui ne s’interroge pas est une bête, car le souci constitutif de toute vie humaine est celui de son sens ». Si l’interrogation est ancienne (bien que formulée pour la première fois en ces termes par Friedrich Nietzsche à la fin du XIX e siècle), le désir de « donner un sens à sa vie », à défaut de le chercher, en est une déclinaison plus récente. Si la religion puis la philosophie se sont inlassablement penchées sur cette même question, les réponses qui lui ont été données sont diverses. Jean-Paul Sartre voit en l’homme une « passion inutile », révélant le « néant » que nous sommes. Il re- joint en cela certaines orientations de la philosophie pour lesquelles les questions métaphysiques sont Descartes souligne la supériorité de l’entendement sur l’imagination. insolubles voire inutiles. Spinoza, lui, tout en évoquant également son impression que « les occurrences les plus fréquentes de la vie ordinaire sont vaines et futiles », se résout cepen- dant à chercher l’existence d’« un Bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine ». Entre la certitude du Néant et l’espérance d’un Bien souverain, les thèses les plus variées se sont exprimées. Qu’il se questionne ou non, l’homme cherche à procréer, travaille à la protection et l’éducation de sa descendance, veut se sentir utile, cherche à repousser la souf- france et la mort, et à accéder à une existence supérieure (sociale ou religieuse). Mais c’est la conscience de sa mortalité qui le pousserait à se questionner, rendrait l’existence « humaine » et, selon Max Frisch, en ferait même « une aventure ». Selon Jean Grondin, la question du sens se posait peu autrefois, car ce sens « allait de soi », il n’y en avait qu’un, Philosophie pratique et l’homme devait se « conformer » à des rites dans le passage de la vie terrestre vers un au-delà. Quand ce sens a fini par se perdre, en particulier depuis le siècle des Lumières, la question a pris une acuité nouvelle. Ce questionnement a conduit les philosophes à des réflexions divergentes. Le rationalisme de Descartes Descartes a fondé le rationalisme moderne, il s’est pour cela appuyé sur les forces de la raison et sur l’évidence, de façon à atteindre le vrai de manière sûre, le but de la connaissance étant de « nous rendre comme maître et possesseurs de la nature » (ce que certains verront comme le début de l’ère de la technique, dominatrice et méprisante à l’égard de la planète  : Heidegger lui-même verra chez Descartes l’achèvement de la philosophie de la technique). En sa quête métaphysique, Descartes approfondit l’essence du dynamisme Philosophie pratique 65



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