Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
  • Prix facial : 5,90 €

  • Parution : n°6 de mar/avr/mai 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 33 Mo

  • Dans ce numéro : être positif, est-ce bon pour tout.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Philosophie d’hier PHILOSOPHIE D’hier « La littérature ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer. » (Roland Barthes) Barthes meurt des suites de cet accident le 26 mars suivant à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Il est enterré auprès de sa mère, dans le cimetière d’Urt au Pays basque. TÉMOIGNAGE 56 - Philosophie de vie n°6 Critiques et satires plutôt féroces STEWART LINDH ECRIVAIN, PROFESSEUR DE LITTÉRATURE, DER- NIER ÉTUDIANT EN THÈSE DE ROLAND BARTHES « Ce que la présence de Barthes avait de plus remarquable, c’était sa voix. Son timbre doux et profond semblait frotter les mots qu’il prononçait, les rendant presque palpables. Il enchantait notre esprit avec ses mots, tant lorsqu’il décrivait la différence entre les corrections horizontales et verticales dans l’écriture que lorsqu’il expliquait, à notre plus grand étonnement, que quel que soit le point depuis lequel on regarde un jardin zen, une pierre échappe toujours à la vue. Ses mots tournoyaient dans notre esprit, où ils ouvraient des espaces imaginaires qui seraient pour toujours dédiés à sa pensée. » Roland Barthes au Maroc, 1978. Collection Roland Barthes/IMEC À VOIR L’EXPOSITION « BARTHES » DE LA BNF Roland Barthes aurait eu 100 ans en 2015 et la BnF a organisé jusqu’en juillet dernier une exposition qui a rendu hommage à celui qui fut tout à la fois un intellectuel, un théoricien du langage et de la littérature, et un écrivain. L’allée Julien-Cain a mis en scène et en espace « les écritures de Roland Barthes » sous la forme de longs panneaux aptes à rendre visible le « spectacle de l’écriture », dans un parcours qui était aussi une manière de retracer les engagements intellectuels de Barthes (politiques, théâtraux, littéraires, sémiologiques, mythologiques…), et de reconstituer « l’empire des signes » par lequel l’œuvre Roland Barthes, Fragments d’un discours a dévoilé un imaginaire qui amoureux. Index en couleurs des figures. lui est propre. La Galerie des donateurs a été exclusivement consacrée aux Fragments d’un discours amoureux. Le manuscrit, les fichiers et les textes préparatoires ont mis en scène la genèse de ce livre majeur dans la reconnaissance publique de Roland Barthes. Un de ses ouvrages les plus connus en dehors de Fragments d’un discours amoureux est sans conteste Le degré zéro de l’écriture dans lequel il développe une théorie linguistique selon laquelle « une opposition signifiante peut-être « neutralisée » par un troisième terme appelé « degré zéro » « (sic). Comme on le voit, ce genre de livre est difficilement accessible aux non initiés et cela n’avait pas échappé à Michel-Antoine Burnier et à Patrick Rambaud (rédacteur d’Actuel à l’époque) qui en 1978 publiaient « Le Roland-Barthes sans peine », pamphlet dans lequel ils s’en donnent à cœur joie pour « dézinguer » le sabir du grand Barthes ; lequel à l’époque avait, paraît-il, très mal vécu cette satire plutôt féroce... La sémiologie via « Mythologies » Impossible dans ce portrait de décrypter toute la pensée de l’auteur. Prenons donc l’exemple de « Mythologies » paru en 1957. Dans cet ouvrage, Barthes analyse avec un humour scientifique les mythes de la société française de l’époque. « On trouvera ici, écrit l’auteur dans sa préface, deux déterminations  : d’une part une critique idéologique portant sur le langage de la culture dite de masse ; d’autre part un premier démontage sémiologique de ce langage  : je venais de lire Saussure et j’en tirai la conviction qu’en traitant les « représentations collectives » comme des systèmes de signes on pouvait espérer sortir de la dénonciation pieuse et rendre compte en détail de la mystification qui transforme la nature petite-bourgeoise en nature universelle. » « Le mythe est une parole », affirme Barthes, mais pas n’importe laquelle. C’est un système de communication, c’est un message lié à une certaine société dans un moment bien précis de son histoire. Pour étudier le mythe qui est un message, la linguistique ne suffit pas, c’est plutôt la sémiologie, science générale des signes, linguistiques ou pas, qui viendra en aide. La sémiologie que le linguiste Ferdinand de Saussure avait postulée, une quarantaine d’années auparavant, est en train de se constituer en cette fin des années cinquante. Le problème central de la sémiologie est justement celui de la signification à laquelle reviennent aussi d’autres disciplines comme la psychanalyse et le structuralisme.
Saussure, sur lequel s’appuie Barthes, a travaillé uniquement sur un système sémiologique, la langue. Pour ce dernier le signe linguistique, le mot, est constitué de la double articulation signifiant (image sonore) et signifié (concept, sens véhiculé par le signe). Or, dans le signe mythologique, qui peut être une parole, mais aussi une image, un objet, une publicité, etc., à la relation signifiant/signifié s’ajoute un troisième terme qui est la signification. « Le mot est ici d’autant mieux justifié, que le mythe a justement une double fonction  : il désigne et il notifie, il fait comprendre et il impose. » (Mythologies p.202.) La dimension idéologique est au cœur du mythe, mythologie rime avec idéologie, norme petite-bourgeoise, que les Mythologies, d’orientation marxiste, dénoncent avec ironie. Comme le souligne Barthes, les matières de la parole mythique (langue proprement dite, photographie, peinture, affiche, rite, objet, etc.) sont, dans le discours mythologique, comme décalées d’un cran par rapport à leur première signification, et introduites dans un système de sens où elles acquièrent une autre valeur. Pour souligner l’éphémère d’un tel système qui veut montrer à l’homme du commun comme naturel ce qui est le fruit de l’idéologie, il ajoute qu’il n’y a aucune fixité dans les concepts mythiques car ils peuvent se faire, s’altérer, se défaire, disparaître complètement. Avec une subtile acuité dans l’observation et dans l’analyse de l’ensemble de signes qui concourent à établir une ou plusieurs significations dans un mythe donné, Barthes traverse un certain nombre de mythes dont se nourrissait l’actualité de la fin des années cinquante. Une pensée critique singulière Le parcours de Roland Barthes est toujours celui d’une pensée critique singulière, dense et multiple, profondément investie dans son époque et s’en dégageant à la fois. Sémiologue, écrivain, sa pensée en perpétuel mouvement traverse la pluralité des discours critiques et théoriques (Marx, Freud, Saussure, Lévi-Strauss, Kristeva), en les adoptant et les détournant. Fidèle toujours à son projet initial, Barthes n’a pas arrêté de traquer et de combattre le pouvoir du langage institué. A travers son œuvre, le sémiologue questionne l’histoire, la mode, la littérature, la publicité, la photographie, la peinture, le théâtre…, pour en mettre à nu la structure et le sens. Par son approche si originale, faite de « scientificité » et de désir, de plaisir et de lucidité, il a entièrement révolutionné la critique littéraire et artistique plaçant le sujet au centre de toute tentative de lecture d’une œuvre. Le sujet barthésien réunit toujours trois niveaux, celui de la pensée, de l’imagination et de l’affect, les seuls qui garantissent la qualité de l’interprétation et son effet de vérité. Tiphaine Samoyault, l’une des biographes de Barthes, explique  : « Le récit de sa vie donne de la substance et de la cohérence à la trajectoire de Barthes, conduite par le désir, la perspicacité et une extrême sensibilité à la matière du monde. À quoi on peut ajouter une forte réticence à tout discours d’autorité. En faisant reposer la pensée sur le fantasme, il a fait d’elle à la fois un art et une aventure. » Entrer dans sa vie, approcher la forme de son existence aident à comprendre comment il fut écrivain et comment il fit de la littérature la vie même. n V.D. Pour en savoir plus  : www.roland-barthes.org À LIRE Le parcours de Roland Barthes est toujours celui d’une pensée critique singulière, dense et multiple, PREMIÈRE VÉRITABLE BIOGRAPHIE DE BARTHES La première véritable biographie de Roland Barthes, par une chercheuse réputée, qui a eu accès à toutes les archives, y compris les agendas, pour écrire le livre de référence à l’occasion du centenaire. Tiphaine Samoyault vit à Paris où elle enseigne la littérature comparée à l’Université Paris 3. Elle est conseillère éditoriale au Seuil - où elle a récemment publié Bête de cirque (2013) - et collabore à La Quinzaine littéraire. Elle est l’auteur d’essais, de récits et de traductions littéraires. « Roland Barthes » de Tiphaine Samoyault, Seuil, 715 pages, 28 € . Philosophie de vie n°6 - 57



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