Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
  • Prix facial : 5,90 €

  • Parution : n°6 de mar/avr/mai 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 33 Mo

  • Dans ce numéro : être positif, est-ce bon pour tout.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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EXPERT Donner du sens à sa vie DOSSIER « Donner du sens à sa vie » LUC FERRY, PHILOSOPHE LA PHILOSOPHIE NE FAIT RIEN D’AUTRE QUE CHERCHER LE SENS DE LA VIE « La philosophie ne fait rien d’autre que chercher le sens de la vie. J’ai mis quarante ans à trouver cette définition, c’est pourquoi elle me tient tant à coeur. La thèse que je défends, c’est que toutes les grandes philosophies sans exception, y compris les philosophies matérialistes, sont des doctrines du salut. La seule différence avec les religions, c’est l’absence de Dieu. La religion, elle, promet que l’on va être sauvé par un Autre. Ce dont on veut être sauvé, c’est d’un malheur ou d’un grand danger. Et ce qui nous fait le plus peur, c’est la mort. Ce que cherche la philosophie, c’est comment vaincre cette peur et la dépasser. Pour être bref, dans la vie, nous avons deux malheurs principaux  : le passé et le futur. Si nous avons eu un passé heureux, nous nous en souvenons avec nostalgie, s’il était malheureux, nous culpabilisons. Pour échapper au passé, nous nous projetons automatiquement vers le futur, nous faisons des projets, ça nous occupe. Passé et futur nous empêchent de vivre la seule chose qui vaille la peine  : le présent. C’est la seule chose qui existe réellement et nous la ratons sans arrêt par nostalgie ou par espérance. » 46 - Philosophie de vie n°6 24 « La vie est déjà à moitié passée lorsque nous comprenons enfin son sens. » (George Herbert) sons-nous ici, pourquoi et pour qui sommes-nous là, que devons-nous, que pouvons-nous y faire, que nous est-il permis d’espérer ? ». Selon certains philosophes, cette interrogation serait même inhérente à l’être humain. Arthur Schopenhauer déclarait  : « Qui ne s’interroge pas est une bête, car le souci constitutif de toute vie humaine est celui de son sens ». Si l’interrogation est ancienne (bien que formulée pour la première fois en ces termes par Friedrich Nietzsche, à la fin du XIX e siècle), le désir de « donner un sens à sa vie », à défaut de le chercher, en est une déclinaison plus récente. Si la religion puis la philosophie se sont inlassablement penchées sur cette même question, les réponses qui lui ont été données sont diverses. Jean-Paul Sartre voit en l’homme une « passion inutile », révélant le « néant » que nous sommes. Il rejoint en cela certaines orientations de la philosophie pour lesquelles les questions métaphysiques sont Descartes souligne la supériorité de l’entendement sur l’imagination. insolubles voire inutiles. Spinoza, lui, tout en évoquant également son impression que « les occurrences les plus fréquentes de la vie ordinaire sont vaines et futiles », se résout cependant à chercher l’existence d’« un Bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine ». Entre la certitude du Néant et l’espérance d’un Bien souverain, les thèses les plus variées se sont exprimées. Qu’il se questionne ou non, l’homme cherche à procréer, travaille à la protection et l’éducation de sa descendance, veut se sentir utile, cherche à repousser la souffrance et la mort, et à accéder à une existence supérieure (sociale ou religieuse). Mais c’est la conscience de sa mortalité qui le pousserait à se questionner, rendrait l’existence « humaine » et, selon Max Frisch, en ferait même « une aventure ». Selon Jean Grondin, la question du sens se posait peu autrefois, car ce sens « allait de soi », il n’y en avait qu’un, et l’homme devait se « conformer » à des rites dans le passage de la vie terrestre vers un au-delà. Quand ce sens a fini par se perdre, en particulier depuis le siècle des Lumières, la question a pris une acuité nouvelle. Ce questionnement a conduit les philosophes à des réflexions divergentes. Le rationalisme de Descartes Descartes a fondé le rationalisme moderne, il s’est pour cela appuyé sur les forces de la raison et sur l’évidence, de façon à atteindre le vrai de manière sûre, le but de la connaissance étant de « nous rendre comme maître et possesseurs de la nature » (ce que certains verront comme le début de l’ère de la technique, dominatrice et méprisante à l’égard de la planète  : Heidegger lui-même verra chez Descartes l’achèvement de la philosophie de la technique). En sa quête métaphysique, Descartes approfondit l’essence du dynamisme
RAPHAËL ENTHOVEN, PHILOSOPHE PHILOSOPHIE & SENS DE LA VIE « La philosophie ne donne pas de sens à la vie… Vouloir donner un sens à la vie implique qu’elle n’en a pas ! On ne demande pas aux philosophes des raisons de vie, mais c’est la vie qui nous donne des raisons de penser. Le point de départ de la philosophie, c’est l’expérience de l’existence au quotidien… elle n’est pas une gymnastique de l’esprit, ni une démarche psychologique… Pour Camus, moins on se pose la question du sens de la vie, plus on se réconcilie avec le monde. » spirituel de l’homme  : il souligne la supériorité de l’entendement (faculté par laquelle nous apercevons les idées) sur l’imagination (puissance de représenter les choses de manières sensibles). L’imagination n’est pas nécessaire à l’essence de mon esprit et demande un effort particulier. Le travail de l’entendement lui, est beaucoup plus simple. Cette explicitation du dynamisme spirituel de l’homme est inséparable d’une méditation sur la liberté. Descartes considère la liberté d’indifférence (état dans lequel la volonté se trouve lorsqu’elle n’est point portée, par la connaissance de ce qui est vrai ou bien, à suivre un parti plutôt qu’un autre) comme le plus bas degré de la liberté. La vraie liberté exclue d’indifférence. Elle se caractérise par l’absence de contrainte extérieure. Elle désigne un choix éclairé par la connaissance du vrai. Nietzsche est un des premiers à avoir utilisé l’expression « Donner un sens à sa vie ». Si la philosophie englobe la science, elle désigne aussi l’étude de la sagesse. Elle représente, dans le contexte cartésien, une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir. Il est à noter que, cet idéal difficile à atteindre et à réaliser, inséparable d’une tâche intellectuelle ardue, laisse le champ ouvert à ce que Descartes appelle une morale par provision, plus aisée à construire que la morale définitive. Il s’agit d’un ensemble de règles de vie provisoires, destinées à organiser l’existence, en attendant la morale reposant sur la raison. Cette morale est d’inspiration stoïcienne  : il s’agit de changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde, de tâcher de se vaincre que la fortune. Si Descartes n’a pas édifié sa morale définitive, il nous a néanmoins (dans Les Passions de l’âme) donné des indications très importantes pour la compréhension des mécanismes passionnels. Cette compréhension peut conduire à une pleine maîtrise des passions. Ainsi, par sa méthode, par son approche scientifique, par son mécanisme, mais aussi par sa psychophysiologie des passions, Descartes a fondé la modernité  : il est le héros de la réflexion moderne. Naturalisme du sens selon Nietzsche EXPERT Pour sortir l’homme de cette situation, il incombe d’abord de le replacer dans la vie elle-même, de lui dire ce qu’elle est réellement, quel est son sens et qu’est-ce que vivre authentiquement. Voilà comment la philosophie acquiert chez Nietzsche une mission de libération de l’homme, une entreprise audacieuse qui va rejeter tous les poids oppressants de la fausse existence que sont Dieu, la morale et les autres idoles, et ce au nom de la vie authentique. En dépit des différentes paraboles utilisées par Nietzsche pour désigner cette notion fondamentale de sa philosophie, l’on pourrait retenir que la vie est, pour lui, essentiellement volonté de puissance. Nietzsche affirmait que la philosophie ne devait être qu’un prolongement des sciences naturelles. Aussi sa pensée se fonde-t-elle en premier lieu sur une philosophie de la nature, c’est-à-dire un modèle de représentation du monde sensible. A la base de ce modèle, il y a ce qu’il désignera sous le terme de « Volonté de puissance » (Wille zur Macht). Par cette expression, Nietzsche ne désigne pas une « volonté » qui émanerait d’un sujet pensant cartésien, ni une « puissance » qui serait l’objet extérieur de cette volonté, mais un dynamisme immanent à la matière, une tension interne qui pousserait toute chose à l’expansion permanente. Il ne s’agit donc pas d’un concept métaphysique, mais d’une loi physique déterministe, MARCEL CONCHE, PHILOSOPHE LA PHILOSOPHIE N’A PAS EN VUE L’UTILITÉ OU LE BONHEUR, MAIS LA SEULE VÉRITÉ « Le sceptique lui-même philosophe sous l’idée de vérité, car, quoi qu’il dise, il ne peut que dire ce qui lui semble vrai. Dès lors qu’il n y a pas de démonstration en métaphysique, le scepticisme métaphysique est le lot commun de tous les philosophes aujourd’hui. Cela signifie qu’il convient de philosopher en première personne, à l’exemple de Montaigne. » Philosophie de vie n°6 - 47 25



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