Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
  • Prix facial : 5,90 €

  • Parution : n°6 de mar/avr/mai 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 33 Mo

  • Dans ce numéro : être positif, est-ce bon pour tout.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Philosophie de vie PHILOSOPHIE DE VIE Entretien « On a souvent tendance à confondre la psychiatrie, la psychothérapie et la psychanalyse, dont les priorités ne sont pas les mêmes. Même si elles partagent toutes le souci plus ou moins direct d’aider les gens à aller mieux et à affronter l’existence. » (Christophe André) ne souffrent pas pour la plupart de problèmes psychiatriques ou psychologiques, mais de problèmes éducatifs. On voit de plus en plus de parents, pourtant aimants, qui n’ont pas assez de temps et d’énergie à consacrer à leurs enfants, car ils rentrent tard de leur travail, fatigués, et préfèrent dire oui à tout et laisser leurs rejetons devant leurs écrans et leurs gadgets cher payés, plutôt que d’affronter les conflits liés au « non », au « stop » ou au « plus tard ». A ce propos, je vous conseille de lire les ouvrages du psychologue Didier Pleux, qui a très bien décrit ce passage « De l’enfant roi à l’enfant tyran ». Dans ces cas-là, la solution n’est pas seulement du côté de la psychiatrie et de la psychothérapie, mais plutôt dans le champ psycho-éducatif. Idem pour nombre de demandes de psychothérapie faites par les adultes aujourd’hui, ou par leur entourage  : « tu devrais faire une thérapie ! ». C’est souvent utile, une thérapie. Mais il y a parfois mieux. Ce qui saute aux yeux, c’est que la plupart des problèmes ou des soufnouvelles valeurs très fortes comme la solidarité, le respect, l’altruisme, la tolérance, la bienveillance tant envers les hommes qu’envers l’environnement et la planète en général. Elles devraient l’emporter, si nous continuons tous de les défendre et de les promouvoir  : les recherches en psychologie positive nous ont appris que l’être humain est naturellement plus attiré par le bien que par le mal. Quand on va vraiment mal, comment choisir entre voir un psychiatre, entamer une psychanalyse, une psychothérapie ou une thérapie comportementale et cognitive ? J’aimerais d’abord dire que depuis déjà plusieurs années on est entré dans un système de survalorisation et de surconsommation de la psy, comme si c’était un recours obligatoire et une solution quasi magique ! On le voit notamment dans tout ce qui touche à la psychologie de l’enfant. On ne compte plus les parents qui entraînent leurs enfants chez un pédopsychiatre, alors que ces enfants 26 - Philosophie QUESTION PHILOSOPHIE de vie n°6 10 frances psychiques pourraient être évités, surmontés ou autogérés si ces personnes se mettaient à rééquilibrer leur vie  : travailler et consommer moins, réfléchir à ce qu’elles veulent vraiment faire de leur existence, apporter un peu de spiritualité à leur quotidien matérialiste, se promener plus souvent dans la nature, manger moins et plus sainement, pratiquer une activité physique, voir les gens qu’elles aiment… Ce n’est pas aussi dérisoire qu’on l’a pensé pendant toutes ces années récentes, durant lesquelles nous sommes devenus accros au tandem médicament-psychothérapie pour tous les problèmes psychologiques. Mais que faire quand la souffrance devient trop forte, notamment en cas de deuil, de perte d’emploi, d’accident ? Quel que soit votre degré de souffrance, quand vous allez vraiment mal, j’ai tendance à expliquer qu’il y a trois choses qui peuvent vraiment vous aider  : les médicaments, une aide psychologique et une modification de votre style de vie. Les médicaments sont parfois nécessaires. C’est une forme de bouée de sauvetage, d’action rapide, quand on n’a pas le temps d’apprendre aux gens à nager et qu’on veut les sauver de la noyade. C’est en général une prescription transitoire, sauf exceptions, mais ça rend vraiment service dans bien des cas. Deuxièmement, une aide psychologique sera toujours bienvenue, mais le souci est de faire le choix de la bonne thérapie, au bon moment, pour la bonne personne. Il n’y a pas de réponse toute faite, mais je conseille en général aux patients de toujours démarrer en première ligne par une thérapie brève, souvent comportementale, car dans deux tiers des cas, elle donne de bons résultats, notamment face aux troubles anxieux et aux phobies, aux dépressions, aux troubles du comportement alimentaire… Et quand on veut aller plus loin sur ses propres dysfonctionnements ou se mettre en règle avec un passé compliqué, dans ce cas, il faut opter pour une thérapie plus longue, plus introspective comme l’analyse. C’est un bel outil de connaissance de soi, à condition d’avoir beaucoup de temps et d’énergie à lui consacrer. Mais ce que chacun doit comprendre, c’est que quelles que soient les thérapies utilisées, les problèmes tendent généralement à revenir, car ils sont souvent devenus des automatismes de pensée ou de comportement. Il faut donc travailler à ce qu’on appelle la prévention des rechutes. Et la meilleure méthode de prévention des rechutes, c’est de profondément changer son style de vie pour ne plus reproduire à l’infini les mêmes erreurs et dysfonctionnements. Il faut donc traiter le terrain psychologique, notamment celui du rapport à soi. D’où mes travaux et écrits sur l’estime de soi, la psychologie positive, la méditation en pleine conscience. Se rendre plus fort, plus lucide, plus bienveillant avec soi-même, apprendre à savourer l’existence et l’instant présent, ce sont autant d’outils d’équilibre intérieur et donc de robustesse face aux difficultés à venir, que ces dernières viennent du dehors ou du dedans, de nous-même. Pourquoi la recherche du bonheur est-elle plus que jamais d’actualité ? Je ne crois pas que la recherche du bonheur soit plus d’actualité aujourd’hui qu’hier ou demain  : c’est un besoin éternel et fondamental. D’ailleurs, le siècle où il y a eu, en proportion au nombre de livres publiés, le plus d’ouvrages sur ce thème n’est pas le XX e ou le XXI e mais bien le XVIII e siècle comme l’a démontré magistralement Robert Mauzi dans « L’idée du bonheur dans la littérature et pensée française au XVIII e siècle ». Depuis quelques années en revanche, on voit monter une vraie récupération marchande autour de la quête du bien-être. Et ce qui caractérise le plus notre période, ce n’est pas tant la dictature du bonheur dénoncée par certains, mais plutôt sa mercantilisation, et la grande confusion qui en découle. On nous propose partout d’acheter du bonheur, on nous promet plus de bonheur si nous dépensons
notre argent en produits, en biens, en services de toutes sortes et de toute nature. C’est pourquoi, pour ne pas se laisser happer par cette société de surconsommation qui nous entraîne dans le mur en faisant de nous d’éternels insatisfaits, il faut au contraire réfléchir à notre bonheur et apprendre à le conscientiser. Si nous ne réfléchissons pas nousmêmes à ce qui nous rend vraiment heureux, nous devons savoir que d’autres le font à notre place, et nous tomberons forcément dans les pièges d’un bonheur factice, jetable, de consommation. Le bonheur est une affaire individuelle  : les politiques n’ont qu’à s’occuper de préserver ses conditions matérielles (libertés démocratiques, justice, etc.) et c’est aux citoyens à construire leur bonheur. Mais en se méfiant des sirènes consuméristes. Présence à l’instant présent en pleine conscience, psychologie positive sont-elles les clés essentielles pour tendre vers le bonheur ? Oui, elles sont essentielles et sont de bons outils pour ce travail de construction patiente d’une vie heureuse. Quand on aspire à cela dans sa vie, il me semble que deux choses sont en effet cruciales et nécessaires  : d’une part la conscience, d’autre part la psychologie positive. Commençons par la conscience. Le bonheur, c’est une transcendance des instants de bien-être. Si nous ne sommes pas présents à ces instants, nous passons forcément à côté  : le bonheur c’est du bien-être dont on prend conscience. Sans cette conscience, le bien-être n’assure que notre confort, pas notre bonheur. D’autant plus que nous nous y accoutumons très vite, par un mécanisme qu’on appelle dans notre jargon « habituation hédonique »  : une source de bonheur présente de manière permanente perd de sa puissance, car nous en oublions l’existence. Il faut qu’elle nous soit retirée pour que nous en prenions conscience  : c’est le rôle de l’adversité. Ou que nous fassions preuve de sagesse et de lucidité  : c’est le rôle de la psychologie positive, et « Le véritable bonheur dépend du lien avec les autres, le reste ce ne sont que des joies égoïstes, éphémères et solitaires. » (Christophe André) aussi de la philosophie, à sa manière, qui nous apprennent à ouvrir les yeux sur ce que notre vie a de bon. Quand on prend conscience de ses chances, quand on savoure en pleine conscience tous les petits moments de joie et de bien-être, on met clairement un pied dans le bonheur. La psychologie positive est un moyen pour transformer sa vie, la voir sous un nouveau jour, l’éclairer du prisme du bonheur. Elle repose sur de petits exercices simples, qui peuvent paraître trop simples à certains d’ailleurs (mais qui ne sont pas si faciles à pratiquer régulièrement)  : sourire souvent, être attentif aux autres, s’endormir chaque soir en réévoquant trois moments agréables qui nous sont arrivés dans la journée, cultiver la gratitude, rendre service… Autant de choses simples et importantes, mais hélas pas urgentes, qui peuvent toujours attendre. Notre mode de vie nous pousse toujours à répondre aux urgences, mais on ne se donne pas assez de temps pour protéger les choses vraiment importantes pour nous. Or, elles seules nous donnent du bonheur, la réponse aux urgences ne procure que du soulagement. Comment intégrer les autres, nos proches, à ce travail avant tout intérieur ? C’est en effet une grande illusion que d’espérer être heureux seul. Goethe l’expliquait très bien en écrivant  : « Pour moi le plus grand supplice serait d’être seul au Paradis ». Le véritable bonheur dépend du lien avec les autres, le reste ce ne sont que des joies égoïstes, éphémères et solitaires. Le bonheur, c’est une richesse qui impose à la fois un devoir de réserve - pour ne pas blesser ou offenser les autres - et un devoir de partage  : redonner à autrui un peu de ce qui nous rend heureux. C’est d’autant plus facile que le bonheur ne rend pas égoïste, bien au contraire. Et inversement, il est même prouvé que les comportements altruistes augmentent le bonheur de ceux qui les émettent. Plus on devient bienveillant, patient, à l’écoute, tolérant, altruiste, reconnaissant, plus on est heureux et plus on rend les autres heureux. La méditation est-elle essentielle pour avancer sur ce chemin ? En tout cas, elle y sera très utile. Personnellement, je pratique et propose depuis des années la méditation dite de pleine conscience, qui est une technique laïque et codifiée, inspirée de la philosophie bouddhiste et dont la simplicité et le pouvoir de transformation explique le succès actuel auprès du grand public, des chercheurs et des soignants. Il s’agit d’un entraînement de l’esprit, qui permet de poser son esprit dans l’instant présent. Prendre note, seconde après seconde, minute après minute, de ce qui se passe en nous. Méditer, ce n’est pas se couper du monde, rentrer dan une bulle de zen, mais apprendre à se rendre présent au réel. C’est l’accueillir tel qu’il est, en entier. Petit à petit, une vraie pratique quotidienne nous rend plus présent à la fois à ce qui nous procure du bonheur, à ce qui est bon pour nous, mais aussi à nos souffrances, en acceptant d’aller à leur rencontre et en comprenant ce qu’elles sont et vers quoi elles nous poussent. En méditation, on cultive une présence intense et non réactive. L’idée n’est pas de fuir le monde mais au contraire de l’habiter avec sérénité et lucidité. Plus tard, dans plusieurs décennies, qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous, de votre parcours, de vos écrits ? Je suis embarrassé par cette question  : il me semble que la postérité, cela ne me concerne pas, et ce n’est en tout cas pas après cela que je cours ; le temps présent suffit à ma peine et à mon bonheur ! C’est peut-être bizarre, mais à aucun moment de mon existence, je n’ai rêvé être connu, ni souhaité laisser une trace après ma mort. Il faut peutêtre que je réfléchisse et me demande pourquoi cela… Mais à titre personnel, j’espère juste qu’on dira À LIRE de moi que j’ai été un bon fils, un bon père, un bon compagnon, un bon ami, un bon humain. Et à titre professionnel, je me rends compte que rien ne me fait plus plaisir que quand un lecteur me dit « votre livre m’a fait un bien immense » ou « votre ouvrage m’a sauvé la vie », ou que j’arrive à guérir un patient. Je suis un soignant. Ce que souhaite voir rester de ma vie à la fin de mon parcours, c’est que j’ai aimé soulager les souffrances de ceux qui sont venus me voir, ceux me lisent et ceux qui m’entourent. Et mon épitaphe serait alors  : « Il a aimé, soigné, et donné… de son mieux. » n Propos recueillis par Valérie Loctin. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1/De l’art du bonheur, éditions de L’Iconoclaste, 2006. Vivre heureux, Odile Jacob, 2003. 2/Presses Universitaires de France, 2013 (4ème édition). 3/Grasset, 2005. 4/Presses Universitaires de France, 1995. 5/Presses Universitaires de France, 1984. 6/Albin Michel, 2001. 7/Voir par exemple son Montaigne ou la conscience heureuse, Presses Universitaires de France, 2002. 8/Odile Jacob 2006. 9/Armand Colin, 1979. « ET N’OUBLIE PAS D’ÊTRE HEUREUX… » Dans cet ouvrage très personnel mêlant psychologie positive et pleine conscience, Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris et auteur de nombreux ouvrages à succès, nous accompagne sur le chemin d’une vie plus épanouie, plus heureuse et plus sage. Parcouru de conseils et d’exercices, de pensées philosophiques comme d’anecdotes, cet abécédaire constitue une méthode passionnante et convaincante pour apprendre à vivre plus heureux. « …Abécédaire de psychologie positive » par Christophe André, Editions Odile Jacob, 400 pages, 23,90 € . Philosophie de vie n°6 - 27 QUESTION PHILOSOPHIE 11



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