Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
  • Prix facial : 5,90 €

  • Parution : n°6 de mar/avr/mai 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 33 Mo

  • Dans ce numéro : être positif, est-ce bon pour tout.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Philosophie de vie PHILOSOPHIE DE VIE Entretien Votre dernier ouvrage sous forme d’abécédaire de psychologie positive est-il une demande de vos lecteurs, une idée de votre éditeur ou une envie personnelle ? Christophe André  : C’est une envie personnelle  : je ne peux pas écrire un livre sur demande, mais seulement si j’ai besoin de clarifier un thème dont je pense qu’il sera utile à mes lecteurs. J’avais déjà écrit deux livres sur le bonheur mais je souhaitais actualiser mes propositions, en montrant notamment, pour mes patients, comment le bonheur est un moyen d’affronter la souffrance et la difficulté. Le choix de la forme alphabétique m’intéressait, car il permettait d’aborder le sujet par petits bouts se succédant au hasard, ce qui correspond un peu à la façon dont le bonheur débarque dans nos vies. Je savais que cette forme d’ouvrage pouvait être passionnante et efficace  : je pense notamment au remarquable « Dictionnaire philosophique » d’André Comte-Sponville, dont j’apprécie le souci d’exactitude 24 - Philosophie QUESTION PHILOSOPHIE de vie n°6 8 Rencontre avec le psychiatre Christophe André « Ouvrir les yeux sur ce que notre vie a de bon » Médecin psychiatre reconnu, Christophe André a su rapidement s’imposer dans le monde de l’édition, en touchant le cœur de nombreux lecteurs sur les thèmes de la psychologie positive et de la pleine conscience. Chef de file des thérapies comportementales et cognitives en France, il a été l’un des premiers à introduire l’usage de la méditation en psychothérapie. Passionné de philosophie, toujours à l’écoute et bienveillant, il nous invite dans son dernier livre, dans un abécédaire riche en conseils et anecdotes, à savourer chaque instant de nos vies. Une rencontre en vérité comme on les aime. et la beauté du style ; ce philosophe, qui est devenu un ami, réussit admirablement à mélanger précision théorique et vision personnelle. J’ai aussi été influencé par le « Dictionnaire égoïste de la littérature française » de Charles Dantzig, dandy, brillant, inattendu, partial et drôle. Sans prétendre arriver au niveau de ces deux auteurs, j’avais pour ma part envie de présenter ma vision du bonheur sous cette forme, en mêlant des informations, des données médicales, des exercices, des conseils, des anecdotes, permettant à chacun de faire sa propre synthèse, sa propre utilisation, son propre manuel pour tendre vers plus de bien-être. Cependant, mon livre n’est pas seulement un dictionnaire, mais se veut aussi un abécédaire  : c’est-à-dire qu’au-delà de la présentation alphabétique, il aspire à être une méthode d’apprentissage du bonheur, au fur et à mesure de sa lecture, progressive ou désordonnée (comme les abécédaires qui apprenaient autrefois à lire aux enfants). BIO EXPRESS Né à Montpellier en 1956. Thèse de doctorat en médecine à Toulouse en 1980. Mémoire de psychiatrie en 1982. Médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris depuis 1992, au sein du Service hospitalo-universitaire de Santé mentale et de Thérapeutique. L’un des chefs de file des Thérapies comportementales et cognitives en France. Chargé d’enseignement à l’Université ParisX. Auteur de nombreux livres à succès en France & à l’étranger, dont Imparfaits, libres et heureux  : pratiques de l’estime de soi, (Éd. Odile Jacob, Prix Fnac 2007). Quelle est votre relation personnelle à la philosophie ? En quoi a-t-elle influencé votre vie ? Cette relation a toujours été forte et se renforce depuis que j’avance en âge ! J’ai un souvenir très marqué de mes cours de philosophie de terminale. J’étais en section scientifique, car je rêvais d’être ingénieur, comme beaucoup de garçons des années 1960. Mais en fait j’étais un littéraire. Même si j’étais bon en sciences, c’est en français, en philosophie, en grec, en latin, que j’obtenais mes meilleures notes. Et c’est grâce à mes cours de philosophie que je suis devenu psychiatre, puisque c’est là que j’ai découvert Freud. Un vrai coup de foudre  : en quelques mois, j’avais dévoré ses classiques, et j’ai décidé de faire médecine pour devenir psychiatre. Adieu les études d’ingénieur ! Même si le souci des preuves et données scientifiques m’est resté… De quel philosophe ou courant philosophique vous sentez-vous le plus proche aujourd’hui ? C’est très simple  : n’étant pas un expert, j’ai un goût très prononcé pour les philosophes que je comprends ! C’est pour cela que j’ai toujours aimé la philosophie antique, notamment stoïcienne  : Marc-Aurèle, Épictète, Sénèque. Que j’ai redé-
« Le bonheur, c’est une transcendance des instants de bien-être. » (Christophe André) couvert avec plaisir la portée philosophique des Essais de Montaigne. Et que j’aime beaucoup cette famille contemporaine de philosophes qui parlent clair, simple et profond à la fois. Pas si fréquent ni facile ! Elle part d’Alain, dont j’avais bien sûr adoré les Propos sur le bonheur, et aboutit à André Comte-Sponville, que j’ai découvert par « Le petit traité des grandes vertus », où de la politesse à l’amour en passant par le courage et la tolérance, en s’appuyant sur les plus grands philosophes, il nous fait découvrir ces vertus qui nous éclairent et rendent nos vies meilleures. Je pense aussi à son « Traité du désespoir et de la béatitude » où il préconise la construction d’une sagesse sans espoir, une sagesse pour essayer de vivre joyeusement malgré le tragique de nos existences. Toute son œuvre nous montre que chacun a intérêt à faire de la philosophie, pour conduire sa vie au mieux. C’est pourquoi j’apprécie aussi beaucoup Pierre Hadot (« La philosophie comme manière de vivre ») dont la pensée n’est pas sans rappeler celle des philosophes stoïciens et Marcel Conche, qui montre pleinement que l’on peut philosopher en vérité avec des mots justes et simples. J’aime également le travail d’Alexandre Jollien, lui aussi devenu un ami, qui parle comme personne de la vulnérabilité et de la résilience, avec cette intrication sensible entre sa trajectoire existentielle et sa connaissance des grands textes. Peut-on trouver des complémentarités entre la psy et la philosophie ? Poursuivent-elles la même finalité ? Elles ne poursuivent pas le même objectif. Le discours des philosophes vise la sagesse et la lucidité, là où celui des psys vise le réconfort et la consolation. Ces objectifs ne sont pas toujours compatibles aux mêmes moments de nos vies. Nous avons parfois besoin d’illusions transitoires pour ne pas sombrer. Sans compter qu’il n’y a pas une seule « pensée psy » ! On a souvent tendance à confondre la psychiatrie, la psychothérapie et la psychanalyse, dont les priorités ne sont pas les mêmes. Même si elles partagent toutes le souci plus ou moins direct d’aider les gens à aller mieux et à affronter l’existence. Par exemple, la psychanalyse n’est pas une « vraie » thérapie au sens propre, c’est un outil de développement personnel qui permet de clarifier sa vie, de rechercher sa propre vérité, de sortir de l’illusion ; avec parfois des effets latéraux thérapeutiques, et parfois non. Mais elle ne s’adresse pas à tout le monde et n’est même pas adaptée, à mon sens, à ceux qui vont vraiment mal et qu’il faut d’abord soigner. Pour démarrer une analyse, je pense qu’il faut attendre d’aller bien ou, au moins, que ce soit le bon moment. Pour ma part, je suis psychiatre et psychothérapeute, pas psychanalyste, donc la dimension soignante et consolatrice est centrale dans mon travail et mon discours. Dans une société en perte de repères, sur quoi doit-on s’appuyer aujourd’hui ? Notre société occidentale, qui s’est construite pendant des siècles sur un mode très paternaliste, autoritaire, codifié, autour des repères traditionnels « travail, famille, patrie », des religions, des grandes idéologies politiques, a fait sa crise d’adolescence dans les années 60. Une grande période d’émancipation joyeuse où l’on n’avait que le mot « liberté » à la bouche, où l’on voulait bannir les limites, où il devenait « interdit d’interdire ». Mais ce que l’on a un peu négligé c’est que la notion de liberté individuelle ne pouvait suffire. En tendant vers une survalorisation des droits de l’individu, on en a négligé les droits du groupe. Or l’homme n’est pas un animal solitaire, il ne « Se rendre plus fort, plus lucide, plus bienveillant avec soi-même, apprendre à savourer l’existence et l’instant présent, ce sont autant d’outils d’équilibre intérieur et donc de robustesse face aux difficultés à venir. » (Christophe André) peut vivre et s’épanouir que dans un écosystème social doté de règles et de lois (quitte à les critiquer et les modifier). Alors, comme les adolescents qui font des bêtises pour expérimenter de nouvelles sensations, notre société occidentale est un peu partie dans tous les sens, sans mettre de limites et en commettant des erreurs. Le problème, c’est qu’une société ne peut fonctionner sans certains repères. Il nous faut donc aujourd’hui, comme des adolescents qui deviennent adultes, construire de nouvelles règles et trouver de nouvelles manières de fonctionner en collectivité. Ce travail est actuellement en cours, mais les résultats ne sont pas encore là, d’où des inquiétudes pour certains, face à ce monde ancien qui se dissout sans que l’on puisse bien voir à quoi ressemblera le nouveau. Personnellement, je ne suis pas trop inquiet sur notre avenir. On voit aujourd’hui croître, chez les jeunes et dans nos sociétés, l’attachement à de Philosophie de vie n°6 - 25 QUESTION PHILOSOPHIE 9



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