Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
  • Prix facial : 5,90 €

  • Parution : n°6 de mar/avr/mai 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 33 Mo

  • Dans ce numéro : être positif, est-ce bon pour tout.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Le droit au bonheur DOSSIER « Se connaître soi-même » notre conditionnement habituel dans lequel nous construisons notre propre souffrance. La rivalité, la concurrence, guerres de l’ego contre d’autres ego, minent le tissu social et économique plus que jamais dans la crise que notre société traverse. L’imposture de l’ego Selon Jacques Deperne, « Dans un monde où tout concourt à renforcer l’individualité, apprendre à démasquer l’imposture de l’ego devrait être enseigné très tôt comme une forme d’hygiène. Comprendre la nature de l’ego, mesurer qu’il ne correspond à rien de substantiel et de durable, représente bien plus qu’une simple démarche philosophique ou métaphysique. C’est aussi l’une des clés essentielles pour accéder à un bonheur véritable. Un bonheur non dépendant, associé à une joie de vivre rayonnante en toutes circonstances, la joie dont parlent les évangiles. » Travailler sur l’ego fait donc partie intégrante d’une bonne hygiène de vie. Essayons d’aller plus loin… L’écrivain et guide spirituel Arnaud Desjardins a donné un jour en souriant cette définition  : « L’ego, c’est quand on reçoit une photo de groupe, de tout de suite regarder comment on se trouve. » Le philosophe américain Alan Watts, l’un des pères de la contre-culture à l’origine du mouvement hippy, disait de l’ego  : « Its a joke ! » - c’est un canular ! Pour la tibétologue Alexandra David Neel il s’agit d’un « mirage, un torrent perpétuellement fuyant fait de multitudes de particules diverses ». Comment comprendre la nature de l’ego ? Forcément, en opérant un mouvement vers l’intérieur. 14 - Philosophie de vie n°6 SARTRE & LA TRANSCENDANCE DE L’EGO La Transcendance de l’Ego, première œuvre proprement philosophique et originale de Jean-Paul Sartre est écrite en 1934, en partie durant son séjour à Berlin où il était allé étudier la phénoménologie de Husserl, et est publiée en 1936 dans la revue Les Recherches philosophiques. La thèse de La Transcendance de l’Ego est que l’Ego n’est pas un « habitant » de la conscience, c’està-dire qu’il n’est pas à la base de la conscience mais qu’il est un objet de la conscience. À cette première thèse énoncée au tout début de l’ouvrage vient s’y ajouter une deuxième à la fin, selon laquelle la conscience transcendantale est une spontanéité impersonnelle. La position de Sartre est assez originale étant donné qu’il part de la conscience, et qu’il va construire une philosophie de la conscience mais qui ne sera pas une philosophie du sujet. Pour abandonner le moi, encore faut-il en avoir un ! Jean Schmitt propose une réflexion sur la méditation zen du point de vue des psychologies du soi. Qui est Jean Schmitt ? Jean Schmitt est médecin et depuis 1982 psychothérapeute, d’abord en psychothérapie d’inspiration psychanalytique et depuis 1989 en hypnose ericksonienne et hypnopsychanalyse. Il exerce à Bruxelles. Son site www.hypnoseclinique.be. La vision de Jean Schmitt Les psychologies bouddhiste et occidentale définissent l’ego (le moi) sain de la même manière  : un processus de synthèse et d’adaptation entre la vie intérieure et les relations au monde extérieur qui produise un sentiment, une sensation intérieure de continuité, de garder le sentiment de rester soi dans toutes les circonstances de la vie (c’est-à-dire en étant seul dans le moment présent en zazen, mais aussi en étant capable d’établir des relations et une vie sociales, en étant également capable de rentrer dans l’intimité et la continuité d’une relation d’amour pour l’autre sexe, en ayant des enfants). Nombreux sont celles et ceux qui auraient besoin d’un bon nettoyage de l’ego. Le plus souvent le moi n’en est pas arrivé là et les deux psychologies peuvent alors définir la personnalité comme un compromis  : une réponse à la peur inconsciente de certaines émotions et de certains affects non reconnus en nous (et que nous projetons alors à l’extérieur  : nous détestons chez l’autre ce que nous ne re-connaissons pas en nousmêmes). Par exemple, dans le Zen, quelqu’un qui a peur d’une relation proche utilisera le non-attachement comme justification et quelqu’un qui masque sa dépendance ne supportera pas la solitude de la méditation, on viendra en bande faire zazen, restant en réalité très attaché à un moi défensif. Comment se construit le moi ? Un moi sain, qui est notamment une identification à certaines valeurs des parents ne peut se construire que sur un soi sain, comme un arbre pousse grâce à un enracinement de ses racines dans le sol. Or, une majorité de personnes, actuellement, ont des manques dans la zone du soi, c’est à dire du sentiment d’exister (et de s’aimer et s’accepter) et n’ont donc pu construire un moi vrai. Freud appelait nos deux instincts de base l’eros et le besoin de destruction, et les appelait libido. Ces instincts cherchent à se décharger dans le monde ; ils cherchent donc des objets auxquels s’attacher et des objets qui seront détestés, ces objets seront en partie intériorisés (devenant le moi, qui a donc aussi une fonction défensive pour ne pas être envahi par des pulsions incontrôlables venant du soi) mais aussi projetés sur le monde extérieur, créant une vue du monde partielle qui nous arrange, qui évite de voir ce que nous n’avons pas résolu (ne pas méditer car on a peur de la solitude ou ne pas aimer car on a peur de la proximité par exemple). L’intérêt de la méditation La méditation est une tentative délibérée de suspendre les activités
du moi et donc aussi d’arrêter de chercher des objets extérieurs, par la seule concentration dans la posture et la respiration, ce qui fait que le moi est frustré, ne peut remplir son fonctionnement naturel. Il va alors régresser à un mode plus primordial d’exister, dans le soi-corps, comme énergie vitale désexualisée (« retrouver l’originaire, le non-construit «) . Mais en re-découvrant le soi on va aussi découvrir le moi-construit, ses attachements et ses aversions, ses peurs, devoir en prendre conscience, les accepter, et alors seulement pouvoir s’en détacher. On n’est plus du temps de Freud et la psychologie du moi ne peut expliquer la souffrance existentielle  : la psychologie moderne est la psychologie du soi (Pex en psychanalyse, A. Miller, Winnicott) mais c’est notamment aussi la bio-énergie, la biodynamique (W. Reich), la gestalt et l’hypnose clinique. Le symptôme, la souffrance peuvent être considérés comme la manifestation actuelle de ce que nous n’avons pas terminé dans l’enfance. Guérir nécessite une prise de conscience de ce qui se passe dans la relation actuelle au moment présent (méditation et psychothérapie sont d’accord) mais en le ressentant ensuite à partir du corps (le corps garde la mémoire de ce que nous avons vécu enfant, c’est comme un paysage où tout de nous peut renaître)  : la seule compréhension intellectuelle actuelle ne guérit pas car l’émotion non acceptée est à un autre moment, chez l’enfant en nous. Se détacher au moment présent est efficace pour un moi sain, cela peut être une fuite pour un moi qui n’en est pas arrivé à l’individuation. Qu’est-ce que le soi ? Car avant d’arriver au non-moi, il est nécessaire d’être soi ! Un soi sain se forme au début de la vie, avant cinq ans, à la fois par la libre circulation de la respiration corporelle (ressentez un petit enfant  : son corps est harmonieux, il n’y a pas de contractures) et par la sensation d’être aimé, accepté par les parents Guérir nécessite une prise de conscience de ce qui se passe dans la relation actuelle au moment présent. pour soi ce qui aboutit à la sensation d’être soi et aussi de s’aimer soi-même. Pour cela, il faut une relation de présence (la présence, c’est être habité par les émotions dans le corps, une non-pensée) et d’amour des parents. Petits enfants, nous avons des besoins  : besoin du regard aimant des parents, de leur présence (dans un corps à corps) mais aussi qu’ils respectent ce que tout petit enfant a spontanément, de pouvoir jouer tout seul perdu dans son monde (que Reich appelle, comme le Zen, être relié à l’énergie cosmique) où certaines émotions qui prendront du temps pour évoluer comme rage, haine, colère, ont besoin de prendre de la place... Si les parents ne sont pas capables émotionnellement d’avoir assez de présence et d’empathie pour reconnaître et accepter certains de ces besoins et émotions du petit enfant, l’enfant ne va plus avoir confiance en ce qu’il ressent, il va croire ce que disent les parents. Ses émotions et besoins seront refoulés, dissociés dans le corps sous forme de contractures musculaires (ou d’hyperlaxité), de blocage de la respiration, de somatisations Et l’enfant va développer un faux moi (ou faux-self), une apparence qui sera dissociée des émotions refoulées, un faux moi qui correspondra à ce que les parents veulent qu’il soit (tout enfant a un besoin vital d’être aimé) ce faux moi sera dans un mental dissocié du corps. Le faux moi Il y aura deux formes de faux moi  : Ou bien un besoin d’en faire toujours plus (par ce que les parents ou un parent ne l’aimera par exemple que s’il est parfaitement silencieux, extraordinairement bon élève, etc.) et cette personne à l’âge adulte aura un besoin d’être hyperactif pour avoir une sensation d’exister et d’être aimé (ce qu’on appelle dans le Zen avoir un super-ego). Ou un faux moi qui a renoncé à être aimé, qui se sent vide, seul replié sur lui, et cette personne à l’âge adulte sera isolée, aura des difficultés à avoir une relation d’amour stable et des relations sociales. Le faux moi crée une fausse individualité qui isole du monde et des autres, tout en gardant la nostalgie Philosophie de vie n°6 - 15



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