Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
Philosophie de Vie n°6 mar/avr/mai 2016
  • Prix facial : 5,90 €

  • Parution : n°6 de mar/avr/mai 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 33 Mo

  • Dans ce numéro : être positif, est-ce bon pour tout.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Le droit au bonheur DOSSIER « Se connaître soi-même » qui est le plus vrai d’un individu et le plus lui-même, c’est son possible que son histoire ne dégage qu’imparfaitement. » Paul Valéry. La sagesse des Anciens Pour Socrate, la connaissance de soi n’a aucun rapport avec le côté narcissique, mais au contraire, elle invite à la chasse aux idées et à l’universel. Aristote, et conformément à cette conception globale, distingue deux sortes d’intellects  : un intellect patient et un intellect agent. L’âme intellectuelle, ou intellective, se définit, non par le pouvoir de dire je, mais par la capacité de devenir toute chose. Le premier ancien à avoir introduit « je », en se référant à soimême, c’est Plotin. Cependant, ce moi échoue toujours dans sa délimitation  : « impossible de délimiter soi, de décréter qu’il s’étend jusqu’à un point, de dire  : « jusque-là, c’est moi » ». Donc, chez Plotin, le soi, le moi, le tout, l’être universel  : « Le moi et le toi, le je suis tel que tu prononçais par attachement au particulier, sont caducs ; il n’y a plus de limites, il n’y a que l’être. » lit-on dans Les Ennéades. Ainsi, le soi plotinien s’identifie au tout, et au principe du tout. Ce sort réservé au je, au moi, au soi, chez les Anciens grecs, ne diffère guère de la conception que l’on trouve chez les Hindous  : l’absolu et le soi (ou le moi) ne font qu’un. Dans l’un et l’autre cas, il ne s’agissait pas d’un moi à fonder, mais d’un moi à dépasser. L’émergence philosophique du moi Avec Saint Augustin, la conscience prend des allures passionnées et autobiographique. L’homme augustinien cesse d’être un champ clos ou passif  : « c’est moi qui voulais et c’est moi qui ne voulais pas, oui, c’était bien moi (ego, ego eram) » Le moi, et c’est bien le drame personnel d’Augustin, est au centre du choix de l’homme. Avec Descartes, l’on assiste à la promotion philosophique du moi, exprimée surtout dans le cogito  : « je pense, donc je suis » (cogito ergo sum). Le cogito (je pense) 10 - Philosophie de vie n°6 « Au lieu d’aller dehors, rentre en toi-même  : c’est au cœur de l’homme qu’habite la vérité. » (Saint Augustin) reconquiert, sur le scepticisme, la certitude du (je suis) ; c’est-à-dire l’existence du sujet qui pense (la chose pensante), l’existence du sujet en tant qu’il pense, pendant le temps qu’il pense. Descartes dissocie l’être et la pensée, impliquant le dualisme de la pensée et de l’étendue. Il obtient comme certitude que le fait de penser implique l’existence du pensant, l’existence du je qui pense. Kant lie la conscience de ma propre existence (je suis), à l’existence de choses hors de moi. Vint Pascal, pour qui l’homme est un point infinitésimal, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Pour lui, la condition humaine est hétérogène. Il y en a trois ordres  : la chair, la raison et la charité. Seule la conversion religieuse permet de passer de la croyance en ses propres forces à la contemplation en Dieu. Rousseau place le moi singulier sous le regard de Dieu, et précise qu’il n’a de comptes à rendre qu’à lui. La voix de sa conscience témoigne de la présence divine en lui. Le moi rousseauiste se situe au croisement de l’humain universel et de la singularité. Les modernes face au cogito L’introduction cartésienne du moi, en philosophie, soulève beaucoup de problèmes. Pour Kant, le moi cartésien est purement phénoménal, et il nécessite donc une approche à la lumière de la science. Il invite à la connaissance objective des causes du moi. Contrairement à Descartes, Kant lie la conscience de ma propre existence (je suis), à l’existence de choses hors de moi. Pour Fichte, le moi s’enracine plus bas que toute opposition entre moi et non-moi. Le moi, selon lui, n’a rien d’égoïque, rien d’une individualité psychologique. Le moi est un « acte originaire de la pensée, dont il exprime l’autonomie radicale ». Mais la critique la plus radicale du cogito, et de toutes les considérations relatives au moi, a été l’œuvre de Nietzsche. Pour ce penseur allemand, tous les philosophes, tant anciens que modernes, ont déterminé l’être comme réalité stable, permanente, éternelle, ignorant le changement, la destruction, le devenir, la lutte, la douleur, bref tout ce qui suscite l’angoisse humaine, dans le monde de l’expérience. L’être est conçu ainsi comme substance. Cette notion de substance résume la compréhension que les philosophes ont eue de l’être, depuis l’Un de Parménide, l’Idée de Platon, l’ousia d’Aristote, la chose pensante de Descartes, la substance de Spinoza, la chose en soi de Kant et l’Absolu-Identité de Schelling. A la représentation métaphysique, axée sur ce cogito, Nietzsche substitue la description du corps. Au-delà du moi conscient et de ses fictions, il faut tenter de cerner la vie cachée des instincts, qui composent la totalité dynamique, nommée corps, et dont les phénomènes conscients sont les symptômes  : « interroger directement le sujet sur le sujet, et les reflets que l’esprit saisit de lui-même. Ce procédé a des dangers ; il se pourrait qu’il fût utile et important pour l’activité du sujet de donner une fausse interprétation de lui-même. C’est pour-
quoi nous nous adressons au corps... » (Œuvres posthumes). L’illusion d’un moi pur Un moi authentique est un pur mirage. Le moi ne peut être séparé de l’extériorité qui l’altère. Le mérite de Nietzsche est de l’avoir mis en évidence. Aussi, cet enseignement a-t-il beaucoup influencé les penseurs modernes. Si le moi cartésien suppose, comme l’a déjà montré Nietzsche, une permanence et une continuité dans le temps, qui élide les perturbations possibles du réel (sommeil, folie, etc.), beaucoup d’autres philosophes n’ont pas manqué d’inscrire leurs réflexions sur le moi, dans cette perspective nietzschéenne. C’est ainsi que Husserl a noté l’impossibilité d’un moi, qui se fonde sur une base subjective permanente et inaltérable, élidant toutes les modifications émotives et affectives du temps. Impossible aussi d’assurer la continuité d’un moi présent et d’un moi passé, sans tomber dans des apories. Moi & altérité Si le je ou moi n’est qu’un leurre, Sartre postule que la conscience doit se dire corporelle. Le corps est notre passé, et il est vécu au sein de divers rapports interactifs avec les autres. C’est dans ces relations intersubjectives, que les autres, en fixant leur regard sur moi, font surgir un être-pour-autrui. Le philosophe Emmanuel Levinas, constate, lui-aussi, mais dans une perspective différente, que l’expérience de la rencontre avec autrui est fondatrice du moi  : « C’est la présence physique de l’autre (…) qui est à la base de l’éthique et du commandement ». Ainsi, l’amour, par exemple, est l’une des expériences les plus marquantes du moi, comme le souligne Alain  : « aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi, je dis sa richesse intime, non sa parure ». La révolution freudienne Selon la philosophie classique, surtout celle qui s’inscrit en dissonance dans la pensée nietzschéenne, le moi est une conscience individuelle, de ce qui est empirique chez le sujet. Il s’agit d’une conscience de changement et de fluctuations. Le moi assume dès lors la fonction de lien et de rassemblement. Le moi est perçu, à la fois, comme substrat permanent ou encore sujet transcendantale. Dans l’un et l’autre, le moi entretient les conditions de possibilité de la pensée, dans le temps. Dans son Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Lalande définit le moi, en tant que  : « conscience de l’individualité empirique, réalité permanente et invariable, considérée comme substratum fixe des accidents simultanés et successifs, qui constituent le moi empirique ; sujet pensant ». Dans tous les cas, le moi philosophique constitue le fondement et l’essence de la subjectivité, c’est-à-dire, l’intérieur face à l’extérieur du monde. Chez Freud, le moi demeure toujours un médiateur, se situant entre Pour Freud, l’extériorité est à l’intérieur du sujet. le ça et le surmoi. Mais pour Freud, l’extériorité est à l’intérieur du sujet. Le sujet est face au monde et à luimême. Donc, et contrairement aux positions susmentionnées, Freud postule que le moi n’a aucune assurance subjective à donner. Car le fondement du moi freudien est déplacé dans un lieu multiple et hétérogène, comme il le démontre dans son livre, Le moi et le ça, publié en 1923, où il parle de trois systèmes de la personnalité  : le ça, le moi et le surmoi. Le ça est la forme originelle de l’appareil psychique. Il correspond à la période prénatale et le nouveau-né. C’est le lieu des pulsions innées, agressives ou encore sexuelles, et des désirs refoulés. Les désirs du ça sont soustraits au principe de réalité  : ils ignorent le temps et les relations causales et logiques. En revanche, ils sont soumis au principe de plaisir-déplaisir. Le moi, parfois appelé je, dans la psychologie analytique, est une structure dominée par le principe de réalité  : c’est une pensée objective, socialisée, rationnelle et verbale. Il s’agit, donc d’une activité consciente, régulant les perceptions extérieures, aussi bien que celles internes, et assurant le déroulement du processus intellectuel. Mais le moi est aussi une activité préconsciente et inconsciente, dans la mesure où elle assure les mécanismes de défenses. C’est le moi, et non le ça, qui assume la défense de la personne propre et son ajustement à l’entourage. Il contrôle l’accès à la conscience et à l’action. Au demeurant, le moi assume la fonction synthétique de la personnalité. L’identité du surmoi se manifeste par le développement des émotions, qui se rattachent à la conscience morale, surtout la culpabilité, l’auto-observation, l’autocritique, ou encore la prohibition. En tant qu’un ensemble d’influences parentales et sociales, le surmoi existe avant l’individu même. Dans ce système compliqué, quand il n’est pas clivé, l’idéal du moi correspond à ce que l’individu doit être, pour répondre aux exigences du surmoi. Le moi dirige et contrôle les ajustements du sujet à l’entourage, ainsi que les tensions qui le motivent et la réalisation de ses possibilités De la philosophie à la psychologie, tous les plus grands philosophes, penseurs, chercheurs, médecins, sociologues se sont donc penchés sur les innombrables questions que pose la connaissance de soi. Et ce n’est pas terminé. Chaque siècle qui passe nous apporte de nouvelles connaissances et la Recherche médicale sur le cerveau nous réserve encore bien des surprises. Le grand mystère du moi reste toujours aussi passionnant. n G.F. À LIRE « La connaissance de soi » de Marie-Madeleine Davy, Editions PUF, 118 pages. Philosophie de vie n°6 - 11



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