MicMag n°1 avr/mai 2014
MicMag n°1 avr/mai 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de avr/mai 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : CNCD-11.11.11.

  • Format : (235 x 335) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : réfugiés syriens... la solidarité en panne ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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'Eel-(.15.S À MICmag : un nouveau « nous » Ce MICmag que vous lisez est un nouveau magazine. Il sera encarté tous les deux mois dans La Libre. Ce dont il parlera, vous l’aurez déjà entendu ailleurs. Mais nous en parlerons autrement. Car il y a du Sud dans le Nord, de l’Est dans l’Ouest, du « là-bas » dans l’« ici ». La Méditerranée est dans notre assiette et l’Afrique dans notre patrimoine. « Nous » qui sommes d’ici, mais qui venons de partout. « Nous » aux racines multiples, mais qui partageons le présent et, si tout va bien, l’avenir. MICmag arpentera cette nouvelle géographie humaine qui ne se retrouve pas dans le dessin de la nouvelle Belgique. Celle-ci se pense toujours bicommunautaire alors qu’elle est bien plus que ça. MICmag s’écrira à partir de trois angles de vue, joyeusement mélangés : M pour migrations, I pour interculturel, C pour coopération au développement. Toutes les questions seront abordées – travail, logement, école, famille, mémoire, développement, richesse et misère, guerre et paix… – mais sous des regards obliques où le réel prendra des couleurs imprévues. Ainsi, par le jeu de nos différences et de nos ressemblances, se dessinera ce nouveau « nous ». www.micmag.be migrations Mi-mars : on apprend que la Guinée refuse de laisser atterrir un avion militaire belge avec à son bord 25 Guinéens déboutés du droit d’asile. La Belgique comptait les rapatrier de force par vol collectif. « C’est très grave et ça ne nous fait pas rire du tout ! », a réagi Maggie De Block, la Secrétaire d’État à l’Asile et la migration. On peut lire que « certains de ces Guinéens étaient des criminels », ce qui justifierait cette mesure expéditive. Info ? Non : intox. Seule une personne sur les 25 faisait l’objet d’une condamnation. En revanche, on n’a pas lu que certains de ces Guinéens expulsés n’avaient même pas épuisé tous les recours… Or ça, pour le coup, c’était vraiment de l’info ! interculturel Le slogan l’affirme : les 50 ans des immigrations turque et marocaine qu’on honore en 2014, « c’est du belge ! » C’est bien sûr du belge parce qu’il y eut ces accords d’État à État en 1964 qui ont permis aux travailleurs de venir contribuer au développement économique de la Belgique, à sa demande insistante. Mais surtout, c’est du belge parce que les enfants et petits-enfants de ces migrants ont trouvé leur place ici. Ils sont citoyens belges. Alors, pourquoi continuer à les appeler « deuxième (ou troisième) génération », « jeunes issus de l’immigration », « musulmans » ou même, dernière trouvaille française, « jeunes issus de la diversité » ? Bref, cette année devrait aussi être l’occasion d’en découdre avec les étiquettes et d’éclater les catégories entre « eux » et « nous ». coopération L’aide au développement est-elle efficace ? Vaste débat. Mais un critère fait consensus : l’aide disponible doit être effectivement dépensée dans les pays bénéficiaires. Ce n’est pas le cas. En 2012, près de 20 % de l’aide mondiale n’est jamais arrivée dans les pays en développement. Les frais administratifs des bailleurs, la prise en charge des réfugiés ou les bourses accordées à des étudiants étrangers sont comptabilisés en aide au développement mais sont dépensés dans les pays donateurs… qui finalement en profitent. Cette « aide fantôme », comme les ONG l’ont appelée, représente 40 % de l’aide belge, soit le double de la moyenne mondiale. À quand une aide intégralement disponible pour et dans les pays pauvres ? 2 MICmag #1 / avril 2014
© Massimo Bortolini édito L’Europe, à l’envers du miroir Henri Goldman L’Europe nous relie au monde. Et c’est à travers l’Europe que le monde nous regarde, le plus souvent avec les yeux de Chimène. Voyez ces Ukrainiens qui rêvent de nous rejoindre pour échapper au despote du Kremlin. Dans le miroir qu’ils nous tendent, notre image est flatteuse. Cela mérite bien qu’on fasse mine de leur ouvrir les bras. portrait Hello Khiti Jamila Zekhnini 2014 sera ponctuée par des festivités commémorant cinquante ans de présence marocaine en Belgique, formalisée par un accord bilatéral entre les deux pays en 1964. Cette année-là, la RTB Liège lance l’émission radio « La Wallonie accueille les étrangers », une initiative novatrice pour l’époque. Presque dix ans plus tard, Khiti Benhachem, témoin privilégié de l’Histoire de l’immigration à Bruxelles, fait ses débuts à la télévision publique avec « Ileikoum » (« Pour vous »), une émission dédiée aux immigrés Nord-Africains et diffusée dans leur langue d’origine. Entre décodage pragmatique de la société belge et apaisement d’une nostalgie du pays d’origine, cette émission se veut un pont entre l’ici et l’ailleurs. La période faste des années soixante où la Belgique souhaite la bienvenue aux travailleurs étrangers a fait place à la récession. « L’idée d’un retour prend doucement les allures d’un mythe et les enfants se demandent ce qu’ils font ici ». En 1991, les dites « émeutes de Forest » marquent un autre tournant. « Nous étions au plus près des préoccupations de ces jeunes et de leurs familles. Leurs parents avaient rasé les murs et travaillé dur. Mais ils avaient eu du boulot. Leurs enfants n’en auront pas du tout ». Les contrôles de police répétitifs et discourtois, déclencheurs parmi d’autres de ces émeutes, renforcent une identité d’étranger dans laquelle ces jeunes ne se reconnaissent pas. « Il était temps de donner la parole à cette génération “charnière” de citoyens belges, souvent naturalisés ». L’émission rebaptisée « Sindbad » en 1991 est diffusée cette fois en français. Elle se veut accessible aux jeunes et à la société d’accueil. En 2001, ce sont les métissages qui sont mis à l’honneur dans «1001 cultures », dernière émission animée par Khiti Benhachem avant son départ à la retraite en 2007. Après trente quatre ans d’Histoire, à quand la relève ? Mine seulement. L’Europe n’aime pas les pauvres, à commencer par les siens. Les Roumains et les Bulgares, derniers arrivés au club, on les regarde de travers. Regardez-les : ils se vendent au rabais, cassent le marché, ils sont Roms… Ils sont pauvres, surtout. Le produit intérieur brut de la Roumanie était en 2012 de 9 036 $ par habitant. Celui de la Bulgarie : 6 978 $. Celui, au hasard, de la Belgique : 43 372$ ! Un écart insupportable, qui menace notre modèle social. Alors imaginez l’Ukraine : son PIB pat habitant n’est que de 3 867 $ ! Elle n’est pas près d’y entrer, dans l’Union européenne. S’il suffisait de rêver à l’Europe pour y être accueilli à bras ouverts, ça changerait la vie de ces milliers de migrants qui la risquent chaque semaine pour franchir sa frontière Sud. Et, désormais, sa frontière Est. Car les routes de l’immigration irrégulière se déplacent. Aujourd’hui, c’est entre la Turquie et la Grèce que la pression maximale s’exerce. Et, inexorablement, cette pression remonte. Jusqu’à, justement, la frontière européenne avec l’Ukraine qui se blinde à vitesse accélérée. Grâce aux Suisses Cette frontière qui bride la mobilité des êtres humains mais que les capitaux et les marchandises traversent allègrement, comment est-elle ressentie de l’autre côté ? Grâce aux Suisses, aujourd’hui, nous le savons. Le 9 février, par référendum, ils ont décidé de « gérer de façon autonome l’immigration des étrangers », c’est-àdire de sortir de l’espace Schengen, cette zone de libre circulation des personnes dont elle faisait alors partie avec la plupart des États de l’Union européenne, et ce « au nom des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de préférence nationale ». Lisez bien ces mots, ils sont terribles. Les dirigeants européens ne manquèrent pas alors de fustiger l’égoïsme de ces Helvètes qui avaient mal voté et dont les citoyens européens, désormais étrangers en Suisse, faisaient les frais. Face la forteresse bancaire qui voulait ainsi protéger sa prospérité insolente, nous étions à notre tour de l’autre côté de la frontière, à l’envers du miroir. MICmag #1 / avril 2014 3



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