Machin Chose n°3 jun/jui/aoû 2018
Machin Chose n°3 jun/jui/aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de jun/jui/aoû 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Timar

  • Format : (188 x 256) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 71,4 Mo

  • Dans ce numéro : le ballon, dur à cuir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 28 - 29  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
28 29
Enquête 28 LES NOUVEAUX PERVERS L'intérêt grandissant d'une partie de la communauté queer pour le véganisme a poussé des chercheurs et des militants à s'interroger sur les liens entre les deux notions. Est-ce qu'être végan est queer ? Quel rapport entre une orientation amoureuse, un questionnement sur les identités de genre et la décision de ne pas consommer de produits issus de l'exploitation animale ? « Je suis gay et végan. Pour la plupart des gens, ces deux choses n'ont aucun rapport. Pour moi, le lien est limpide, explique Ari Solomon, de l'association de défense des animaux Mercy for Animais. Quand j'étais jeune, certaines personnes ont été cruelles avec moi simplement à cause de qui j'étais. C'est exactement ce qui se passe avec les animaux. Parce que les gens les perçoivent comme différents, ils les traitent avec mépris. Les animaux sont vulnérables et souvent sans défense. De nombreux enfants victimes de harcèlement peuvent en dire autant. » Dans son essai Queer Vegan Manifesto (2012), Rasmus R. Simonsen, qui enseigne à la School of Design and Technology de Copenhague, va même plus loin en établissant des liens entre le vécu des personnes LGBT et celui des végans  : « Déclarer son véganisme peut presque être comparé au fait de faire son coming out pour une personne queer. Quand j'ai dit à mes parents que je devenais végan, ma mère a fondu en larmes en me disant "Comment vais-le pouvoir un four te faire de nouveau à manger ? " » Pour Sarah de Vicomte le coming out végan a même été « plus violent » que l'annonce de son homosexualité  : « Ma mère me mentait sur la présence de viande dans les plats qu'elle me préparait et certaines personnes se « LES OUEERS CHERCHENT À ABOLIR LA BINARITÉ ENTRE LES GENRES. LES VÉGANS, EUX, CHERCHENT À ABOLIR LA BINARITE ENTRE HUMAINS ET NON HUMAINS. » sont montrées très méfiantes sur les réseaux sociaux. Quand tu dis que tu es homo, les gens ne le prennent pas pour eux, mais si tu ne manges pas de viande c'est comme si tu critiquais leur manière de manger. » Et si Simonsen met en garde contre une mise à égalité des stigmates liés au véganisme et à l'homosexualité, « parce que nous savons tous qui se retrouve le plus souvent du côté des victimes de crimes haineux », il considère que le végan est une sous-catégorie de pervers, au sens où l'entend Foucault dans son Histoire de la sexualité, c'est-à-dire un queer. Parce qu'il remet en cause l'ordre social établi et qu'il vient interroger ce qui, jusqu'ici, ne posait pas question. De la même manière que le prétendu « ordre naturel des choses » implique que les hommes aiment les femmes (et inversement), les humains sont censés être omnivores et donc manger de la viande. Pour Simonsen, le végan « ne désavoue pas seulement la nourriture animale, mais une forme d'être ensemble symbolisé par le dîner familial ». De là à dire que les végans remettent en question la culture patriarcale (qui préside le dîner familial ?) , il n'y a qu'un pas, que Simonsen, dans la lignée d'autres chercheurs, franchit avec enthousiasme  : « Refuser de manger de la viande, n'implique pas seulement de prendre position contre la culture patriarcale, c'est aussi une manière de résister à la norme hétérosexuelle qui pèse sur la viande pour les hommes et, dans une moindre mesure, pour les femmes », écrit-il dans son manifeste. Oui, vous avez bien
lu  : la viande est hétéro. Mais avant de vous inscrire à un groupe d'Incel pour vous plaindre que ça va trop loin et que les hétéros sont victimes d'une chasse aux sorcières, lisez la suite. Vous verrez que les animaux sont plus à plaindre que vous. CORPS RÉSISTANTS La viande, contrairement aux brocolis à la vapeur par exemple, est associée à la force et à la virilité. Celle des hommes qui la préparent saignante sur le barbecue et qui donne de l'énergie, alors que le régime végan est souvent soupçonné de favoriser les carences, et donc la faiblesse. « Même les modes de cuisson sont genrés », reconnaît Julie Coumau, qui a soutenu une thèse à la Sorbonne sur la communauté végane parisienne. Mais la question végane ne se limite pas à un régime alimentaire, il s'agit pour ses adeptes de repenser totalement notre rapport aux animaux. « Les queers cherchent à abolir la binarité entre les genres. Les végans, eux, cherchent à abolir la binarité entre humains et non humains. Dans les deux cas, il s'agit de combattre l'essentiahsation. » Une convergence des luttes qui n'a pas échappé aux pionnières du féminisme  : « Parmi les premiers défenseurs de la cause animale, on retrouve des femmes », rappelle Élise Desaulniers, journaliste et militante québécoise, qui fait référence à la polémique du Brown Dog, dans les années igoo, quand des féministes suédoises, bientôt rejointes par des suffragettes, ont dénoncé la vivisection dans les facs de médecine anglaises, déclenchant la colère des étudiants et même des émeutes. « Alors que se développe la gynécologie et qu'elles se sentent traitées comme de la viande, des féministes font déjà le parallèle entre la manière dont les hommes contrôlent leurs corps et celui des animaux. » Une réflexion désormais développée par Carol J. Adams, écrivaine et militante féministe américaine, auteure de Politique sexuelle de la viande (éd. EÀge d'homme). Selon elle, ce sont les mêmes structures qui oppressent les femmes, les queer et les animaux. « Personne ne se considère comme un oppresseur d'animaux, les gens se disent juste qu'ils mangent de la viande. Il faut renverser l'image du corps animal comme un corps toujours offert et disponible, comme pour celui des femmes. Et au-delà, il faut repenser tout notre modèle agricole fondé sur l'exploitation des ouvriers et des animaux », explique Adams, dont le nouvel ouvrage, Protest Kitchen (éd. Conari Press, octobre 2018), s'attaque au colonialisme alimentaire. « On force les gens à nourrir leurs corps avec des aliments dont on sait qu'ils ont des effets délétères sur la santé, comme les produits laitiers ou la viande. » « Le premier lieu de résistance du végan demeure son propre corps », confirme Julie Coumau. Par son alimentation, mais aussi des actions militantes qui le mettent souvent en scène, nu, ensanglanté, à l'instar des « activistes de l'association 269 Life qui se font marquer au fer rouge, comme des animaux d'élevage ». Vous avez dit BDSM ? VICE ET VEGAN Enquête QUEL QUE SOIT VOTRE KINK, IL Y A UNIE CHAÎNE VÉGANE POUR VOUS. L'ASMR r des savons pressés à froid, croque du chocolat veg et chuchote ses conseils d'aromathérapie. Une plongée hypnotique pour les amateurs de tingles garantis sans souffrance animale. LE MÉTAL Chez Veg la cuisine ressemtorture, on hurle les recettes sur de la musique métal et on coupe les légumes sur un pentagramme avec des poignards. Vous à nielles de viande prépare le genre de plats qui vous font baver quand vous avez la gueule de bois.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 1Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 2-3Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 4-5Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 6-7Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 8-9Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 10-11Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 12-13Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 14-15Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 16-17Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 18-19Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 20-21Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 22-23Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 24-25Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 26-27Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 28-29Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 30-31Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 32-33Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 34-35Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 36-37Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 38-39Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 40-41Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 42-43Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 44-45Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 46-47Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 48-49Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 50-51Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 52-53Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 54-55Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 56-57Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 58-59Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 60-61Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 62-63Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 64-65Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 66-67Machin Chose numéro 3 jun/jui/aoû 2018 Page 68