Le Courrier de l'Unesco n°1992-5 mai
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16 16 Première carte marine portugaise signée (Jorge Aguiar) et datée (1492). Première carte marine portugaise signée (Jorge Aguiar) et datée (1492). Pour combattre l'objection selon laquelle il avait probablement sous-estimé la distance à parcourir pour rejoindre l'Asie par l'ouest, Colombfaisait valoir qu'il aurait la possibilité de ravitailler son navire dans des îles connues au large de l'Europe, par exemple les Canaries, ou des îles dont on présumait l'existence comme Antilia, ou même des îles connues mais non encore visitées par les Européens comme Cipango (le Japon) — sans compter la myriade d'îles signalées par Marco Polo dans l'océan au sud et à l'est de l'Inde. Quelques-unes d'entre elles, qu'il est permis de situer en Indonésie ou en d'autres régions des océans Pacifique ou Indien, auraient été peuplées, selon Polo, par des indigènes nus. Ayant constaté la chose en Amérique, Christophe Colomben conclut légitimement qu'il se trouvait dans les eaux de l'Asie. C'est au terme de son troisième voyage qu'il déclara avoir découvert en Amérique du Sud un nouveau » ou un « autre » monde. Ses convictions chrétiennes le conduisirent aussi à se demander s'il n'y avait pas trouvé le siège du Paradis terrestre — le jardin de l'Eden — et à Pour combattre l'objection selon laquelle il avait probablement sous-estimé la distance à parcourir pour rejoindre l'Asie par l'ouest, Colombfaisait valoir qu'il aurait la possibilité de ravitailler son navire dans des îles connues au large de l'Europe, par exemple les Canaries, ou des îles dont on présumait l'existence comme Antilia, ou même des îles connues mais non encore visitées par les Européens comme Cipango (le Japon) sans compter la myriade d'îles signalées par Marco Polo dans l'océan au sud et à l'est de l'Inde. Quelques-unes d'entre elles, qu'il est permis de situer en Indonésie ou en d'autres régions des océans Pacifique ou Indien, auraient été peuplées, selon Polo, par des indigènes nus. Ayant constaté la chose en Amérique, Christophe Colomben conclut légi¬ timement qu'il se trouvait dans les eaux de l'Asie. C'est au terme de son troisième voyage qu'il déclara avoir découvert en Amérique du Sud un « nouveau » ou un « autre » monde. Ses convic¬ tions chrétiennes le conduisirent aussi à demander s'il n'y avait pas trouvé le siège du Paradis terrestre le jardin de l'Eden et à se prétendre qu'au lieu d'être parfaitement rond, comme une boule, le globe terrestre présentait une légère protubérance — qu'il comparait au téton d'une femme — de nature à rapprocher le Paradis du Ciel, en accord avec les récits de voyage tout imprégnés de théologie de l'époque. prétendre qu'au lieu d'être parfaitement rond, comme une boule, le globe terrestre présentait une légère protubérance qu'il comparait au téton d'une femme de nature à rapprocher le Paradis du Ciel, en accord avec les récits de voyage tout imprégnés de théologie de l'époque. A TERRES NOUVELLES, PROJECTIONS NOUVELLES A terres nouvelles, projections nouvelles Un érudit français, l'abbé Raynal, a écrit dans son Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (1770) que nul événement n'a eu autant d'intérêt pour l'humanité en général, et pour les habitants de l'Europe en particulier, que la découverte du Nouveau Monde et la liaison avec l'Inde par le cap de Bonne-Espérance. L'aboutissement cartographique de ces deux événements est illustré par la manière dont l'étroite bande marine entourant l'orbis terrarum des cartes du Moyen Age explose, obligeant les cartographes à tout redessiner ; ces derniers doivent alors adopter des projections nouvelles et de nouveaux tracés continentaux mettant en relief l'existence de ce qu'on appelait Un érudit français, l'abbé Raynal, a écrit dans son Histoire philosophique et politique des éta¬ blissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (1770) que nul événement n'a eu autant d'intérêt pour l'humanité en général, et pour les habitants de l'Europe en particulier, que la découverte du Nouveau Monde et la liaison avec l'Inde par le cap de Bonne-Espérance. L'aboutissement cartographique de ces deux événements est illustré par la manière dont l'étroite bande marine entourant l'orbis terrarum des cartes du Moyen Age explose, obli¬ geant les cartographes à tout redessiner ; ces derniers doivent alors adopter des projections nouvelles et de nouveaux tracés continentaux mettant en relief l'existence de ce qu'on appelait
de plus en plus couramment un « Nouveau de plus en plus couramment un « Nouveau Monde », distinct et séparé de l'Ancien auquel Monde », distinct et séparé de l'Ancien auquel on réduisait l'oikoumenê au Moyen Age. De on réduisait l'oikoumenê au Moyen Age. De nombreux mythes furent rejetés, parmi lesquels nombreux mythes furent rejetés, parmi lesquels la croyance moyenâgeuse en une zone torride la croyance moyenâgeuse en une zone torride équatoriale impossible traverser. équatoriale impossible à traverser. La carte qui marque le mieux la transition La carte qui marque le mieux la transition entre le passé médiéval et l'avenir annoncé par la entre le passé médiéval et l'avenir annoncé par la Renaissance est la grande carte murale dessinée Renaissance est la grande carte murale dessinée par Fra Mauro Venise en 1459, actuellement par Fra Mauro à Venise en 1459, actuellement conservée la bibliothèque nationale Marciana conservée à la bibliothèque nationale Marciana de cette ville. De copieuses légendes y sont porteuses d'informations et de spéculations sur les de cette ville. De copieuses légendes y sont por¬ teuses d'informations et de spéculations sur les régions extérieures de l'orbis terrarum. On régions extérieures de Yorbis terrarum. On y note l'absence de fermeture de l'océan Indien, note l'absence de fermeture de l'océan Indien, trait caractéristique des mappemondes accompagnant les éditions de la fin du 15'siècle de la trait caractéristique des mappemondes accom¬ pagnant les éditions de la fin du 15e siècle de la Géographie, composée au premier siècle de Géographie, composée au premier siècle de notre ère par le savant grec Ptolémée. Déjà notre ère par le savant grec Ptolémée. Déjà connu des Arabes, ce texte fut traduit du grec en connu des Arabes, ce texte fut traduit du grec en latin en 1406. Des reproductions manuscrites et latin en 1406. Des reproductions manuscrites et plus tard imprimées ne tardèrent pas circuler plus tard imprimées ne tardèrent pas à circuler à travers l'Europe. travers l'Europe. Le texte de Ptolémée, tel qu'il est parvenu Le texte de Ptolémée, tel qu'il est parvenu jusqu'à nous par diverses sources, laisserait jusqu'à nous par diverses sources, laisserait entendre que l'océan Indien était une mer entendre que l'océan Indien était une mer fermée ; mais on peut tout aussi bien soutenir le fermée ; mais on peut tout aussi bien soutenir le contraire. Il est significatif que les cartes arabes contraire. Il est significatif que les cartes arabes de l'époque, par exemple celle d'El Idrissi au de l'époque, par exemple celle d'El Idrissi au 12'siècle, et la carte de Fra Mauro datée de 12e siècle, et la carte de Fra Mauro datée de 1459, toutes deux compilées bien avant que 1459, toutes deux compilées bien avant que Dias ait doublé le cap de Bonne-Espérance, Dias ait doublé le cap de Bonne-Espérance, supposent pareillement un océan Indien ouvert supposent pareillement un océan Indien ouvert — ouvert donc aux voyageurs d'Europe voulant atteindre l'Orient. ouvert donc aux voyageurs d'Europe vou¬ lant atteindre l'Orient. Lorsque Bartolomeu Dias revint Lisbonne Lorsque Bartolomeu Dias revint à Lisbonne après avoir contourné le cap de Bonne-Espérance au cours de son voyage de 1487-1488, après avoir contourné le cap de Bonne-Espé¬ rance au cours de son voyage de 1487-1488, Christophe Colombnourrissait encore l'espoir Christophe Colombnourrissait encore l'espoir de convertir le roi Jean II son projet et il se de convertir le roi Jean II à son projet et il se serait.trouvé auprès de lui lorsque Dias lui fit seraù-trouvé auprès de lui lorsque Dias lui fit part de sa découverte que la route de l'Inde part de sa découverte que la route de l'Inde était ouverte dans cette direction. Dès lors, était ouverte dans cette direction. Dès lors, Colombperdait l'espoir d'obtenir le soutien du Colombperdait l'espoir d'obtenir le soutien du Portugal son projet de liaison par l'ouest. Il Portugal à son projet de liaison par l'ouest. Il lui faudrait s'adresser un autre monarque. lui faudrait s'adresser à un autre monarque. Le résultat concret du voyage de Bartolomeu Dias, qui vient couronner l'incessant va- Le résultat concret du voyage de Barto¬ lomeu Dias, qui vient couronner l'incessant vaet-vient de vaisseaux portugais de plus en plus et-vient de vaisseaux portugais de plus en plus au sud sur la côte africaine, peut être notamment apprécié sur la carte de Henricus Mar- au sud sur la côte africaine, peut être notam¬ ment apprécié sur la carte de Henricus Martellus Germanus, un Allemand travaillant à Flo¬ tellus Germanus, un Allemand travaillant Florence. Cette carte, qui date d'environ 1489, rence. Cette carte, qui date d'environ 1489, traduit pour la partie africaine l'expérience réellement acquise par les navigateurs portugais. traduit pour la partie africaine l'expérience réel¬ lement acquise par les navigateurs portugais. Plus l'est, elle reflète l'idée qu'on pouvait se Plus à l'est, elle reflète l'idée qu'on pouvait se faire de l'Asie d'après les atlas ptoléméens du faire de l'Asie d'après les atlas ptoléméens du 15'siècle. La longue avancée de la Chersonèse 15e siècle. La longue avancée de la Chersonese d'Or sur ces derniers représente la péninsule d'Or sur ces derniers représente la péninsule malaise, celle-là même que Christophe Colombmalaise, celle-là même que Christophe Colombtentait de contourner lors de son dernier tentait de contourner lors de son dernier voyage, l'instar de Marco Polo. voyage, à l'instar de Marco Polo. La meilleure image du monde vu par un La meilleure image du monde vu par un Européen la veille du premier voyage de Européen à la veille du premier voyage de Christophe Colombest peut-être donnée par le Christophe Colombest peut-être donnée par le globe de Martin Behaim en 1492. Originaire de globe de Martin Behaim en 1492. Originaire de Nuremberg, Behaim passa une grande partie de Nuremberg, Behaim passa une grande partie de sa vie au Portugal et fut en relation avec la sa vie au Portugal et y fut en relation avec la Cour, apparemment pour promouvoir ou évaluer des projets d'exploration et de découverte. Cour, apparemment pour promouvoir ou éva¬ luer des projets d'exploration et de découverte. Son globe permet de comprendre pourquoi Son globe permet de comprendre pourquoi Colombcru qu'il pourrait traverser la mer Colomba cru qu'il pourrait traverser la mer océane en faisant escale sur sa route aux îles océane en faisant escale sur sa route aux îles d'Antilia et de Cipango (Japon). d'Antilia et de Cipango (Japon). « LES PREMIERES « Les PREMIERES CARTES VRAIES » CARTES vraies » La cartographie scientifique et ses progrès La cartographie scientifique et ses progrès rapides au cours de cette période procèdent rapides au cours de cette période procèdent conjointement de l'oeuvre théorique des conjointement del'théorique des anciens Grecs comme Ptolémée, du développement des portulans l'usage des marins de anciens Grecs comme Ptolémée, du développe¬ ment des portulans à l'usage des marins de Méditerranée et de l'évolution d'instruments Méditerranée et de l'évolution d'instruments scientifiques tels que la boussole, le quadrant, scientifiques tels que la boussole, le quadrant, rastrolabe et les appareils mesurer temps. La l'astrolabe et les appareils à mesurer temps. La transmission l'Europe médiévale des connaissances théoriques et pratiques acquises par les transmission à l'Europe médiévale des connais¬ sances théoriques et pratiques acquises par les anciens Grecs en la matière s'opéra par la récupération de la Géographie de Ptolémée. anciens Grecs en la matière s'opéra par la récu¬ pération de la Géographie de Ptolémée. L'ouvre de Ptolémée avait deux particularités : en premier lieu, elle contenait des instruc- L'de Ptolémée avait deux particula¬ rités : en premier lieu, elle contenait des instruc¬ tions précises en vue de projeter avec exactitude tions précises en vue de projeter avec exactitude la surface courbe de la Terre sur une surface la surface courbe de la Terre sur une surface plane, et, en second lieu, elle proposait un cadre plane, et, en second lieu, elle proposait un cadre conceptuel qui permettait de représenter tout conceptuel qui permettait de représenter tout point du globe par l'intersection de deux coordonnées géographiques. cet effet, la surface point du globe par l'intersection de deux coor¬ données géographiques. A cet effet, la surface de la Terre était divisée en 360 degrés de longitude et de latitude selon une technique déjà de la Terre y était divisée en 360 degrés de lon¬ gitude et de latitude selon une technique déjà imaginée par les devanciers de Ptolémée. Par imaginée par les devanciers de Ptolémée. Par Copie du 13° siècle d'une Copie du 13° siècle d'une mappemonde de 1154 du mappemonde de 1154 du cartographe arabe El Idrissi. cartographe arabe El Idrissi. Selon une convention de Selon une convention de l'époque, le sud est au haut l'époque, le sud est au haut de la carte. A gauche, de la carte. A gauche, l'océan Indien, ouvert vers l'océan Indien, ouvert vers l'Orient. l'Orient. !.'SE*- ; W ¿ft, I atoa ^¿a4*% *yr -VT- s'il^ > 17 17



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