L'Illustration n°4985 17 sep 1938
L'Illustration n°4985 17 sep 1938
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°4985 de 17 sep 1938

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 60,5 Mo

  • Dans ce numéro : 1638-1938, le troisième centenaire de Louis XIV.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Phot. Giraudon En costume de grand apparat, vers soixante ans, par Hyacinthe Rigaud. (Musée Condé, à Chantilly.) Mazarin disparu, Louis XIV, devenu le roi actif et impérieux que l'on connaît, prend à sa solde les artistes de tous genres et leur confie la mission tacite de répandre de lui, en France et dans le monde, un visage de dieu aux multiformes aspects ; mais ni Charles Le Brun le comprenant dans ses fresques allégoriques de Versailles, ni Van der Meulen le représentant en Alexandre sur les théâtres de guerre flamands, ni cent autres (un Bernin, par exemple, ou un Petitot) qui le font innombrablement figurer dans le marbre et le bronze, sur l'ivoire des miniatures, sur le carton des almanachs, dans la trame des tapisseries ne donnent, gênés par l'obligation de le flagorner, de croquis vraiment authentiques et vivants de sa physionomie. Pour retrouver, telle qu'elle est réellement, au cours de ces années juvéniles, cette physionomie, il faut l'aller chercher dans les oeuvres d'artistes de moindre envergure. Elle change peu d'ailleurs avant la trentaine. En 1663, Nicolas Robert, miniaturiste occupé au Jardin des simples à peindre sur vélin des fleurs, des oiseaux et des insectes, place en tête de son recueil le portrait du roi dans un médaillon surmonté d'un soleil emblématique. On découvre dans ce portrait d'une merveilleuse finesse d'exécution le visage du damoiseau que Wallerant Vaillant évoquait peu de temps auparavant, mais ce visage s'est alors déchargé de ses nuées ; une gaieté légère sourd des yeux et de la bouche. A quoi tient donc cette expression si différente de celle que nous avons constatée plus haut ? Elle tient à ce que Louis XIV est heu- Louis XIV à soixante-huit ans. Cire colorée d'Antoine Benoist. (Musée de Versailles.) reux. Il a retrouvé auprès de M"e de La Vallière 1'ombre de l'amour que lui prodiguait Marie Mancini. Pour plaire à la sentimentale demoiselle, il se transforme en « pousseur de beaux sentiments ». Il coquette aussi dangereusement avecllenriette d'Angleterre, la douce Madame, qui l'écoute trop complaisamment. Il souffre que Jean Nocret le représente, de son pinceau diligent, à demi nu, en Apollon emperruqué, au milieu de ces nymphes jalouses, dans une sorte d'olympe conventionnel. Vers ce même temps, Robert Nanteuil, graveur de haute qualité, se fait l'historiographe de la figure royale. Il en marque, dans une double série de pastels et d'estampes, les transformations successives. Par son entremise, on voit cette figure perdre graduellement sa séduction. Un de ses pastels, exécuté ad virion, entre 1668 et 1670, dévoile un Louis XIV aux traits encore beaux, mais épaissis et où rôde la sensualité de l'épicurien soumis aux caprices de 1\r"'de Montespan. Les années s'écoulent. Les artistes, après 1680, brossent ou sculptent surtout de Louis XIV des portraits équestres où la richesse du vêtement fait oublier les détails fâcheux du visage. Ainsi Pierre Mignard, sans dissimuler la fatigue de son masque d'où les grâces se sont évanouies, le peint en conquérant que la Victoire ailée vient couronner. Le roi d'ailleurs à cette époque éloigne de lui l'esprit de coquetterie. Il tourne à la dévotion sous l'influence de Mme de Maintenon, qui entre dans sa vie. Il s'habille sobrement. Il coiffe sa tête d'énormes perruques qui cachent au moins de leur ombre propice des rides prématurées. Quand en 1686. contraint, par l'opération de la fistule d'une part, de l'autre par la goutte, de renoncer au cheval, il circule en chariot ou en calèche, il ne s'inquiète plus d'apparaître, par le ministère des artistes, sous des dehors avantageux. Le Brun dessine de lui, sans qu'il s'en formalise, deux profils qui, pour la première fois, mettent en lumière son nez en bec d'aigle. Pierre Puget reprend, dans le marbre d'un médaillon, cette forme profilée de la tête royale, mais, servi par les ressources de son génie, il lui communique une surprenante noblesse. Louis XIV cependant, la soixantaine venue, veut, ce semble, au seuil de cette guerre de la Succession d'Espagne qui l'accable de tristesse, laisser de lui une image définitive de sa majesté. C'est à Hyacinthe Rigaud qu'il la demande. Seul, en réalité, cet artiste, qui excellait à magnifier ses modèles sans les défigurer, est parvenu à traduire le prestige physique de ce roi paré du surnom de « Grand » si difficile à porter. Debout, dans un décor somptueux d'architecture et de draperies, la tête surhaussée par une gigantesque perruque, le corps enveloppé dans le manteau fleurdelisé, la main gauche appuyée à la hanche, la droite posée sur le sceptre, le souverain, les lèvres éclairées d'un pâle sourire, semble braver l'adversité. A ce portrait solennel et magnifique, qui fixe pour l'histoire le type royal de Louis XIV, devait s'en ajouter un autre. Une fois encore, en effet, en 1706, au plus fort de ses. revers et de ses angoisses, Sa Majesté permet à un artiste qu'elle estime, Antoine Benoist, de modeler dans la cire son profil. Cette cire colorée, où fut, diton, adaptée la perruque du roi, fournit de celui-ci une image in extremis animée de la pulsation de la vie. Elle exprime avec une hallucinante vigueur la fascination et l'autorité de l'oeil encore éclatant, l'extraordinaire noblesse du nez, la volonté de la bouche prête au commandement, l'énergie concentrée de l'âme certaine de la victoire. Sans doute Louis XIV, la guerre achevée, accablé par les deuils, écarte-t-il de lui les artistes désireux de peindre encore son visage de patriarche. Son iconographie se termine, en effet, comme elle avait commencé, par une estampe populaire. Il y figure gisant sur son lit de mort, méconnaissable, ombre auguste parmi les ombres. EMILE MAGNE. L'ILLUSTRATION 17 SEPTEMBRE 1938
L'ILLUSTRATION 17 SEPTEMBRE 1938 A. Du Madigier S. alerçam B. Ifou.fier Clesfae.C. Der Rai lieds:men. D. Der Ifecea'luira E. Der Newutero.r. Die Winier,r14..- k,.C. Der aspiPeasirn H. Die Dx%er,r. Dar D r Zeighae. K Sc.L. Der Eckere Dey M Das New* werck leink den Derj H. Der (a.zaujrhe Raaelen. O. Des Berme cl 02:eninlie ! ehetvr. P.Die Grec ltheinbrilek. on Mittag gegen `,Yntfterrta Q. Olt égeere eltembrgick. R. J. lae)be Schant'Pr. etr esrter fe enekeie V 3, f*" orme etorlere."1"—'ee="" r IV De,.By x. Peu Grur. Y ilattereien Z, 11.11.erck Lridurirygenandd. La ville de Vieux-Brisach, sur le Rhin, et les îles sur lesquelles devait être construite plus tard la ville de Saint-Louis. EN MARGE DE L'HISTOIRE DU GRAND SIÈCI,E UNE VILLE ÉPHÉMÈRE : SAINT-LOUIS SUR LE RHIN BIEN peu de nos soldats qui, à une vingtaine de kilomètres à l'est de Colmar, montent la garde au Rhin se doutent de l'importance stratégique, tactique et politique que la cour de France attacha à la possession de la petite ville badoise de Vieux-Brisach, dont ils ont loisir de contempler la silhouette romantique surplombant en à-pic le vieux fleuve. Cette ville était à l'époque considérée comme « une porte ouverte sur l'Allemagne, une barrière vers la France » et constituait, outre un magasin d'approvisionnement remarquable, une tête de pont de tout premier ordre assurant à son occupant la maîtrise du cours supérieur du fleuve. Aussi sa prise par les armées du roi le 18 décembre 1638 fut-elle fêtée à Paris par de brillantes illuminations et un Te Deum solennel. En 1673, un magnifique cortège accompagnait Louis XIV qui, en grand équipage, avant de se rendre en Franche-Comté, avait tenu à voir de près sa province d'Alsace. La reine était du voyage ainsi que la duchesse d'Orléans, et parmi seigneurs et courtisans tranchaient les figures caractéristiques de Louvois, de Vauban et des proches collaborateurs de ce dernier. Le roi, dès son retour de ce voyage au cours duquel il avait reçu les hommages les plus empressés de ses sujets, avait décidé d'affermir sa prestigieuse autorité par toute une série de mesures. Les lettres patentes de 1674 marquent, entre autres, avec netteté le but poursuivi : « Ayant reconnu, disent-elles, lors du voyage que nous avons fait au mois d'août dernier en notre ville de Brisaeh et pendant notre séjour en icelle, que bien que ladite ville soit une des plus fortes et des plus considérables de notre pays d'Alsace, tant par sa situation sur la rivière du Rhin que par ses fortifications, néanmoins comme elle est fort retirée de tout commerce, et, d'ailleurs, dépourvue de compagnies d'officiers soit de justice Vieux-Brisach et le pont de bateaux sur le Rhin. Phot. Christophe



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