L'Illustration n°4985 17 sep 1938
L'Illustration n°4985 17 sep 1938
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°4985 de 17 sep 1938

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Jacques-Julien Dubochet

  • Format : (275 x 371) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 60,5 Mo

  • Dans ce numéro : 1638-1938, le troisième centenaire de Louis XIV.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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un certain nombre de mouvements d'ensemble qui, je dois en convenir, nous parurent dépasser les limites du vraisemblable. Un havresac, c'est banal, mais, quand 40.000 hommes mettent sac à terre du même geste soudain, instantané, la banalité disparaît et suscite chez le spectateur un profond étonnement. Une bêche est un instrument prosaïque, c'est l'outil des humbles. Mais, quand 40.000 bêches, tournées vers le ciel et dont vous contempliez les lignes d'acier étincelant, disparaissent d'un seul coup parce que ceux qui les portaient ont durant le même vingtième de seconde modifié leur position, alors votre impression est celle de la stupeur, de l'admiration et de l'inquiétude, car enfin vous vous demandez quel dessein fait que ces dociles travailleurs manuels sont ainsi initiés précocement à toutes les subtilités de la manoeuvre et du maniement d'armes. Quel besoin a-t-on de ces habiletés si l'on ne se propose que de creuser des fossés ? Mais, quoi qu'il en soit, reconnaissons que la prodigieuse dextérité montrée par ces jeunes travailleurs manuels en la circonstance nous a permis de mesurer jusqu'où peut aller l'effacement de la personnalité humaine, asservie intégralement à une volonté unique. Pendant l'appel de la Jeunesse hitlérienne au stade de Nuremberg. Si vous apercevez un homme nu jusqu'à la ceinture demeurer longtemps immobile sous une pluie froide, vous vous dites que cet original est bien libre de risquer ainsi sa vie. Mais, quand vous voyez dévêtus jusqu'à l'ombilic, malgré les intempéries, plusieurs milliers d'hommes changés en statues pour augmenter la signification de la scène à laquelle ils prennent part, alors nous pouvons ainsi mesurer l'immense prestige du chef sous les yeux duquel ils sont heureux de grelotter sans en laisser rien voir. Ave, Caesar, moriluri te salutant. Il y a quelques mois, nous voyions la jeunesse italienne, sous l'impulsion réfléchie de M. Mussolini, s'exercer à l'imitation de tout ce qui manifeste l'esprit grégaire des Allemands. Et, certes, il nous paraissait alors que les résultats obtenus par les péninsulaires n'étaient pas négligeables. Mais l'Allemagne, elle, à son tour, semble avoir voulu maintenir et même augmenter encore la distance qui la séparait à cet égard des peuples étrangers ; elle s'est surpassée elle-même et elle en est arrivée maintenant jusqu'au fantastique. Oui, je l'écris comme je le pense, ce que nous venons de voir là m'a paru un prodige, quelque chose que notre raison n'eût pas pu à l'avance se représenter. Ce ne sont ni les Italiens, ni les Gaulois qui égaleront jamais les Germains dans ces manifestations collectives où l'individu se sent d'autant plus heureux qu'il est plus entièrement transformé en un exécutant attentif. Sur ce terrain nous ne nous approcherons jamais de ces modèles. Nos qualités sont différentes des leurs et ce n'est pas en essayant d'adopter les leurs que nous les égalerons jamais. C'est dans nos qualités à nous, dans celles que la nature nous a départies qu'il faut rechercher les moyens de leur faire équilibre. Je croyais être parvenu à l'un de ces paroxysmes d'étonnement après lesquels nulle surprise nouvelle n'est plus possible quand la soirée du vendredi 9 septembre m'a fait comprendre qu'il n'y a décidément point de limites à l'effort des Allemands dans ce savant groupement des multitudes disciplinées. 100.000 personnes sur les gradins, 140.000 chefs de groupes, massés en quadrilatères énormes sur une pelouse plus grande que la place de la Concorde. D'extraordinaires jeux d'une lumière projetée horizontalement et éclairant soudainement ces longues colonnes rouges et or, des porte-étendard venant s'intercaler lentement entre les différents quadri- L'I LLUSTRATI ON 60 17 SEPTEMBRE 1938
e An. Wele*Âilîleég lacères gris ! Des chants solennels ! Des musiques sublimes ! Des paroles exaltantes, des liturgies patriotiques déclamées par les haut-parleurs sur un rythme triomphal ! Les milliers de drapeaux rouges et l'or des aigles qui les surmontent frappés de feux intenses et devenant des coulées de flammes ! Autour de cette arène, renfermant au total près de 200.000 êtres, 140 projecteurs d'une puissance exceptionnelle placés à des intervalles égaux et braquant verticalement vers le ciel leurs rayons bleus comme des barreaux nous enferment dans une sorte de cage fantastique dont le dôme se referme à 17 kilomètres de la terre, dans la stratosphère ! Certes, pour combiner. ces scènes prodigieuses dont un Français moyen ne peut pas même se faire une idée et qui m'ont plongé, j'en conviens, dans la stupéfaction, moi qui ai vu tant de choses, il a fallu l'application d'un artiste, un artiste à l'imagination puissamment novatrice. On me dit que le Führer lui-même, si particulièrement intéressé par les questions esthétiques, serait le principal metteur en scène de ces tableaux vivants exécutés par tout un peuple. Si c'est vrai, je serais presque enclin à déduire de là une idée rassurante. Mais, n'ayant point le temps d'expliquer cette idée et ne pouvant risquer de la compromettre par une dissertation incomplète, je me borne à l'exprimer, sans essayer pour le moment de la justifier. J'abrège donc, avec regret, car ces scènes étonnantes eussent mérité mieux que des notes rapides inscrites au vol. Quand une retraite aux flambeaux passe en cette ville, il y a là 80.000 hommes qui portent des torches. Quand un choeur monte, c'est une prière patriotique entonnée religieusement par une "lu foule qui correspondrait chez nous à la population d'une grande cité. J'ai entendu, le soir du 8, le Deutschland über alles entonné par 180.000 hommes ! A chaque instant des haies se forment, des orchestres retentissent, des milliers de bras se tendent, des Heil répondent en salves formidables à d'autres Heil ; il se passe en divers endroits d'immenses manifestations sportives. On ne peut pas tout voir. Et l'étonnant, au milieu de tout cela, c'est que les journalistes internationaux, réunis ici en un nombre surprenant, sont tous plus ou moins les dupes, les dupes conscientes d'une erreur d'optique. On a supposé, sans en rien savoir, que la décision finale des Allemands en ce qui concerne le redoutable débat tchécoslovaque serait exprimée à Nuremberg en un discours conclusif prononcé par le Führer. Puisque M. Hitler était à Nuremberg, toutes les célébrités du journalisme diplomatique y sont accourues, sans prévoir que M. Hitler, s'il paraîtrait publiquement dans chacune des solennités que je viens de dire, n'y poursuivrait pas moins, en ce qui concerne la situation internationale, sa méditation solitaire, se rendant inaccessible, fermant sa porte, demeurant énigmatique, impénétrable et presque toujours se refusant aux conversations intimes, aux échanges de vues, aux discussions, aux réceptions et même, le plus souvent, à celles des ambassadeurs étrangers ! Des informations ? Il n'y en a point, en réalité, à découvrir ici, attendu que pour en découvrir qui fussent valables il faudrait deviner la pensée profonde de ce conducteur allemand qui jusqu'à présent n'a fait de confidences à personne, même à ses proches. Qu'il soit à, 1e. tige.1,11ei.4..*-ineeleveliolwrriets lee tela Le serment de fidélité renouvelé devant Hitler par le Führer du travail du Reich Hierl, en présence de 40.000 travailleurs (armés de la bêche) et de 2.000 travailleuses massés sur le terrain Zeppelin. 61 : ; J>r ? - 0 ; 4



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