L'Ami de Musée n°47 été 2014
L'Ami de Musée n°47 été 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°47 de été 2014

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFSAM

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 5,0 Mo

  • Dans ce numéro : collections et musées d'archéologie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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4 DOSSIER Collections & musées L’archéologie et les musées, nouvelles tendances Les collections archéologiques entretiennent depuis deux siècles une relation polysémique et évolutive avec les musées. Aujourd’hui, l’archéologie constitue une véritable chaîne patrimoniale et scientifique cohérente qui mobilise des professionnels répartis au sein de structures diverses  : services opérateurs en archéologie préventive, dont beaucoup sont portés par des collectivités territoriales, universités et CNRS, services de l’État… Les particularités de la discipline qui détruit son objet d’étude, qui dresse au fil des découvertes le portrait d’un territoire et qui remet régulièrement en question ses acquis, donnent aux missions de conservation et de transmission des accents spécifiques. Au bout de la chaîne, ces missions sont assurées par les musées mais aussi par des médiateurs de plus en plus présents dans les équipes précitées. La relation entre musée et mise en valeur du patrimoine archéologique s’inscrit donc dans une dynamique inédite, tirée par des établissements qui mettent l’archéologie au cœur de leur discours, qui explorent de nouvelles formes de médiation et veillent à soigner l’articulation entre ces formes. Tour d’horizon rapide des tendances actuelles. Le musée de Bibracte  : l'espace consacré à l'évocation du commerce sur l'oppidum au I er siècle avant notre ère Le musée de Bibracte offre des vues subtilement cadrées sur les collines du Haut Morvan. Architecte  : Pierre-Louis Faloci (1995) Un secteur en pleine effervescence Des créations ou rénovations d’équipements de toute taille et de nombreux projets prêts à sortir des cartons témoignent d’une volonté croissante d’offrir de meilleures vitrines à l’archéologie, malgré la crise économique. Ce dynamisme est à l’image d’un engagement de plus en plus fort des acteurs de l’archéologie et des décideurs publics, mais aussi de l’intérêt que nos concitoyens portent à ce patrimoine  : les documentaires, les portes ouvertes sur les chantiers de fouille, les expositions temporaires ou les Journées nationales de l’Archéologie connaissent un succès croissant, signe de l’insertion progressive de l’archéologie dans notre quotidien. On ne peut que s’en réjouir, à l’heure où les archéologues interviennent en tout point du territoire pour sauvegarder des sites, grâce à une réglementation qui est certes perfectible mais qui fait de notre pays un de ceux qui ménagent le mieux son patrimoine archéologique. Les équipements qui sortent de terre aujourd’hui montrent que l’archéologie ne s’inscrit pas dans les musées selon une typologie figée. La diversité des ambitions et des outils muséographiques mis en œuvre témoigne au contraire d’un secteur en pleine effervescence. Quelques lignes directrices se dégagent néanmoins. Notons d’abord la dimension territoriale très affirmée des nouveaux musées  : ceux-ci sont voulus par les élus de collectivités parce qu’ils participent à l’identité d’un espace géographique… La nature des maîtres d’ouvrage est un facteur essentiel dans la concrétisation des projets. Les collectivités jeunes (intercommunalités, pays…) sont particulièrement moteurs puisque les projets muséographiques offrent un moyen de rendre tangible l’identité de leur territoire. Ce type de projet peut même devenir fondateur, comme dans le cas du musée du Pays châtillonnais présenté plus en détail dans ces pages.
d'archéologie Par Vincent Guichard, directeur général de Bibracte et Laïla Ayache, conservatrice du musée de Bibracte N’oublions pas aussi que ces projets sont souvent portés par les équipes des services d’archéologie, qui voient ainsi leur champ d’intervention se diversifier et leur légitimité se renforcer, dans une démarche qui intègre la restitution au public dans la chaîne de la recherche. Quelques exemples éclairants  : ARCHEA, « centre de conservation, d’exposition et d’animation de l’archéologie en Pays de France », inauguré en 2010 à Louvres (Val d’Oise), ou ARKéOS, « musée-parc archéologique né de la volonté de la Communauté d’Agglomération du Douaisis de valoriser les découvertes réalisées à l’occasion des fouilles archéologiques menées sur le territoire » (ouverture juin 2014). Dans les deux cas, l’équipement est le prolongement d’une démarche volontariste de la collectivité pour sauvegarder son patrimoine archéologique. Les vestiges immobiliers ne pouvant être conservés, les données scientifiques produites et le mobilier mis au jour lors des fouilles constituent les derniers témoignages de la nature des sites explorés. Exposer ces ensembles présente un intérêt certain  : celui d’objets documentés par un contexte de découverte bien connu qui leur confère une capacité à « raconter » le territoire de manière plus précise qu’une collection muséale classique, d’origine ancienne, à condition de déployer les outils de médiation ad hoc. Des formes de médiation innovantes L’exemple du musée d’Histoire de Marseille, tout juste rénové, nous paraît particulièrement révélateur des nouvelles tendances. Il participe de la dynamique qui vient d’être décrite, puisqu’il bénéficie de l’apport de plusieurs décennies de fouilles de sauvetage qui ont bouleversé notre perception de l’évolution de la métropole méditerranéenne. L’impressionnante exposition permanente qui se développe sur 3 500 m² a aussi le grand mérite d’associer les objets issus des fouilles avec d’autres collections des musées de Marseille (beaux-arts, ethnographie, archives…) pour balayer l’ensemble de l’histoire de la ville, de la fondation phocéenne jusqu’aux aménagements urbains récents. Ce musée s’affirme donc comme un instrument d’interprétation de son territoire, s’accaparant et dépassant les fonctions des centres d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP), ces « outils de référence présentant de manière didactique l’architecture et le patrimoine de la ville ou du pays » préconisés par le ministère de la Culture dans le cadre du label Villes et Pays d’Art et d’Histoire. Il y a toutes les raisons de penser que la formule si brillamment illustrée par la nouvelle réalisation marseillaise a de beaux jours devant elle, en cette période de pénurie des finances publiques. Cette réalisation est révélatrice d’une autre tendance  : « grâce aux recherches des scientifiques et à la documentation des pièces de la collection, le parcours du musée raconte les hommes et les femmes, inconnus ou célèbres, qui ont participé à l’histoire de Marseille ». Il s’appuie pour cela sur des outils de médiation diversifiés  : maquettes, audio-guide, bornes interactives… qui ont pour objectif de présenter le contexte géographique et historique des objets choisis pour témoigner des étapes du développement urbain, sans pour autant reléguer ceux-ci au deuxième plan. La diversification des formes de médiation a également présidé à la rénovation du musée de Bibracte achevée en 2013. Ici encore, le musée s’affirme comme outil d’interprétation d’un espace déterminé  : une colline du Morvan où vécut brièvement une ville importante à la toute fin de l’âge du Fer. Les enquêtes de satisfaction montrent que les visiteurs adhèrent massivement au parti-pris, qui est celui d’une narration qui explore en détail un phénomène historique précis en recourant à une palette variée de supports. Objets archéologiques, dessins, plans, textes, photos, maquettes, reconstitutions sont complétés par des dispositifs développés dans un souci d’innovation et d’adaptation au contexte muséal. Les tablettes tactiles mises à disposition du public dans le musée, sur un plan du site intégré dans le sol, en sont un exemple. En donnant accès aux informations collectées par les archéologues sur le terrain, elles permettent aux visiteurs d’avoir une vision à la fois globale et détaillée du site mais aussi de donner à voir ce qui est invisible car disparu ou inaccessible à l’œil humain. À l’évidence, cette nouvelle manière de concevoir la présentation muséale des objets archéologiques, qui consiste à rassembler documents matériels et données scientifiques, à les associer à d’autres types de collection, à exploiter les possibilités offertes par les technologies numériques ouvre une voie nouvelle, très prometteuse. Elle renforce le sens des objets exposés et surtout elle contribue à la compréhension du territoire, avec un bénéfice social évident. Elle fournit en effet les éléments d’une prise de conscience  : conscience que les territoires évoluent en permanence et que l’homme est le principal vecteur de cette évolution. Elle devient donc un levier d’appropriation du cadre de vie – ou du lieu où l’on passe ses vacances – et jette un pont entre passé, présent et avenir de cet espace. Dossier Collections & musées d'archéologie 5



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