Intelligence Magazine n°8 jun/jui/aoû 2016
Intelligence Magazine n°8 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°8 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 20,7 Mo

  • Dans ce numéro : conseils pour se mettre au jogging en été.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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L’héroïsation est fondée sur notre besoin d’espérer et sur le souvenir d’une figure d’attachement qui nous sécurisait quand nous étions enfants. 12 INTELLIGENCE MAGAZINE INTERVIEW À LA UNE savent même pas parler le français. Pour ces jeunes, le père n’est plus le héros. Ils en ont honte. Ils s’identifient à un Merah ou à un Coulibaly, parce que ces hommes étaient comme eux. Ils ont raté leur famille, l’école, la socialisation, l’armée, mais quand ils sont devenus terroristes, tout le monde s’est mis à les craindre. S’y ajoute la notion de sacrifice, contenue dans le concept de héros et dans la stratégie de prise de pouvoir. Le héros-terroriste répare notre psychisme bafoué. L’héroïsation ennoblit le terroriste mort en mettant en scène le sacrifice de celui qui les sauve. Quant à ces jeunes qui partent se battre au nom de l’islam, ils sont des proies faciles pour un chef totalitaire et terroriste. Il suffit de leur faire croire qu’ils seront héroïsés et vivront auprès de Dieu après leur mort. Le fait même de vouloir être un candidat-héros n’est-il pas le signe de faiblesses psychiques ou psychiatriques ? On est un candidat-héros quand on est soi-même humilié. C’est le cas d’Hitler, un homme minable d’une étonnante transparence. Il ne travaillait pas, ne lisait pas. Il « Le héros est un sauveur qu’on aime encore plus mort que vivant. Mais même en temps de paix, on a besoin de héros. » n’était personne. Avec l’aide des médias, cet homme s’est fabriqué un personnage et une véritable linguistique des gestes beaucoup plus forte que les mots. Et pourtant cet homme réel, minable et transparent a provoqué des transes émotionnelles incroyables parmi les foules. Les femmes étaient folles d’amour pour lui. C’est parce qu’il a vécu l’humiliation qu’a pu se déclencher un processus de réparation de l’humiliation. Vous écrivez à la fin de votre livre que vous avez changé de héros. Vous préférez aujourd’hui les aventuriers du quotidien que sont les médecins et les écrivains. Est-ce la raison pour laquelle vous êtes devenu neuropsychiatre ?
BIO EXPRESS Boris Cyrulnik (né le 26 juillet 1937 à Bordeaux) est neuropsychiatre et directeur d’enseignement à l’université de Toulon. Il entreprend, dans les années soixante, des études de médecine. Il se dirige ensuite vers l’éthologie et se diversifie au maximum : éthologie, psychologie, neurologie, psychanalyse... Désireux de décoder la machine humaine, il parcourt le monde à la recherche d’informations. A partir des années 1980, il participe aux recherches et réflexions sur la résilience. Il est l’auteur d’immenses succès en librairies (Un merveilleux malheur, Les Vilains Petits Canards, Parler d’amour au bord du gouffre, Autobiographie d’un épouvantail, Je me souviens ou encore Mourir de dire…), et notamment de Sauve-toi, la vie t’appelle, premier tome de ses Mémoires, dont est sorti en 2015 le deuxième tome : Les âmes blessées. Ivres paradis, bonheurs héroïques est son dernier livre, publié en avril 2016 chez Odile Jacob. Je rêvais très petit de devenir neuropsychiatre. La rage de comprendre a sauvé l’enfant traumatisé que j’ai été. Quand on est bousculé pas un traumatisme, on est une chose, on n’est plus un être humain. Chercher à comprendre, c’est redevenir sujet. En comprenant, je deviens sujet et je ne me soumets plus à une doxa. Vous qui avez aidé énormément de personnes et d’âmes blessées durant votre carrière, ne pensez-vous pas avoir éclairé leur chemin en leur rendant le réel supportable, comme l’ont fait les héros de votre enfance pour vous ? Quand on me dit cela, ça me rend très heureux. Je prends cela comme un magnifique cadeau. Quand on a subi un traumatisme, on peut souffrir deux fois. Une première fois dans le réel et une deuxième fois dans la représentation du réel. Quand on a travaillé sur la théorie de la résilience, on analyse les facteurs qui permettent de lancer une reconstruction constante. On peut alors transformer l’horreur, le traumatisme, en plaisir de comprendre. Je ne suis pas un héros, je ne veux tuer personne et je ne veux pas mourir. J’ai des imperfections, des faiblesses, des craintes. Le héros ne peut être héroïsé que dans les récits. INTERVIEW À LA UNE Avec une carrière comme la vôtre, qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui ? Je suis très content de voir que plein de jeunes m’invitent dans leurs universités. Chaque jour, j’ai le plaisir de parler avec des gens, comme avec vous aujourd’hui, de raconter, de réfléchir. Enfant, j’avais la rage de comprendre, j’étais contraint de comprendre. J’avais l’âme blessée et j’avais ce besoin de comprendre pour ne pas rester soumis à l’évènement. Aujourd’hui, je suis dans le plaisir de comprendre. Je reçois chaque livre, chaque nouvelle rencontre avec gourmandise. J’éprouve même un plaisir physique. Comprendre pour moi, c’est même devenu un plaisir mystique. n Propos recueillis par Valérie Loctin. Le réel est devenu supportable dès que mes héros ont éclairé mon chemin. SON DERNIER LIVRE* « Ivres paradis, bonheurs héroïques » Chacun de nous a besoin de héros pour vivre, l’enfant pour se construire, l’adulte pour se réparer. Les héros nous apportent l’espoir, le rêve, la force. Attention cependant aux faux héros, attiseurs de violence et de haine, pourvoyeurs du pire. Par Boris Cyrulnik, Editions Odile Jacob (avril 2016), 240 pages, 22,90 €. « Les héros nous apportent l’espoir, le rêve et la force. » INTELLIGENCE MAGAZINE 13



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