Intelligence Magazine n°8 jun/jui/aoû 2016
Intelligence Magazine n°8 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°8 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 68

  • Taille du fichier PDF : 20,7 Mo

  • Dans ce numéro : conseils pour se mettre au jogging en été.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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10 INTELLIGENCE MAGAZINE INTERVIEW À LA UNE GRAND ENTRETIEN DU MOIS AVEC LE NEUROPSYCHIATRE Boris Cyrulnik Chacun de nous a besoin de héros pour vivre
INTERVIEW À LA UNE Boris Cyrulnik est le plus célèbre neuropsychiatre français dont les théories comme celle de la résilience sont étudiées dans le monde entier. Celui qui est devenu psychiatre « pour comprendre et se sauver » a passé sa vie à aider et accompagner les âmes blessées. Dans son nouvel ouvrage*, il nous explique la nécessité d’avoir des héros mais aussi le risque qu’il existe à se laisser pervertir. Dans votre dernier livre, vous écrivez : « Un enfant ne peut se passer de héros pour se construire et un adulte blessé pour se reconstruire. » Pourquoi l’enfant a-t-il tant besoin de héros pour sa construction ? Boris Cyrulnik : Parce que quand il arrive au monde, l’enfant ne sait pas s’y prendre. Il a besoin de modèles d’identification. Dans une famille structurée, papa et maman font vivre son petit monde. Mais dans une famille moins structurée, il va avoir des difficultés à se développer, il a donc besoin d’une image identificatoire. Le héros est alors le remède qui va permettre à l’enfant de se construire. Quels ont été vos propres héros quand vous étiez enfant ? Quand j’étais enfant, les héros qui m’ont sauvé s’appelaient Tarzan et Rémi de Sans famille. Ils parlaient de moi et me disaient que même si on n’avait pas de famille, on finissait pas s’en sortir. Ces héros ont enchanté mon enfance délabrée. Tarzan devenait le roi de la jungle et moi je me disais « quand je serai grand, je serai musclé comme Tarzan, j’aurai un slip en peau de bête et je sauverai les animaux blessés ». Tarzan me racontait ma propre histoire en termes poétiques. Ce héros a métamorphosé le malheur de mon enfance en aventure magnifique. Quant à Rémi de Sans famille, il m’a dit « je suis un enfant trouvé ». J’étais âgé de 11 ans, il en avait dix. Ce petit héros parlait de moi, de l’orphelin que j’étais, et il m’indiquait un chemin de vie possible malgré tout. Ces héros avaient pour moi une fonction identificatoire qui me donnait espoir. Ils m’ont donc beaucoup réconforté pendant mon enfance. Un héros peut aider tout enfant à croire au fond de lui qu’il pourra s’en sortir malgré tout. Les héros sont donc au cœur de votre théorie sur la résilience ? Ce sont en effet les héros qui m’ont mis sur la voie de la résilience. Combien d’enfants blessés ont entendu des phrases terribles ou des questions d’adultes du type « Comment voulez-vous qu’il s’en sorte ? ». Ce sont en fait des phrases de malédiction contre lesquelles il faut se battre. Tout enfant, quels que soient les tourments et les blessures de son passé, peut s’en sortir si on l’entoure, si on croit en lui, si on l’accompagne, si on ne le laisse pas tomber. Le héros pour l’enfant est une sorte d’Etoile du berger qui lui montre le chemin, qui lui montre la voie à suivre pour s’en sortir. Mais avant de pouvoir parler de résilience, il fallait déjà qu’on reconnaisse que le traumatisme avait bien existé. Pendant des années, le traumatisme existait dans le réel mais pas dans la représentation verbale. Il a fallu des années pour que l’on parle de syndrome post-traumatique, car avant on expliquait cela en disant que le soldat revenu de la guerre était possédé par un mauvais esprit. Freud a été le premier à parler de traumatisme psychique. La vision moderne du traumatisme psychique n’est pas née avec la deuxième guerre mondiale mais avec les soldats américains revenant de la guerre du Vietnam. Tout cela explique qu’on a eu du mal à accepter la notion de résilience. Et l’adulte blessé, pourquoi a-t-il besoin de héros ? Chacun de nous a besoin de héros pour vivre ou pour se reconstruire. Il y a les héros en temps de guerre et les héros en temps de paix. Le héros est un sauveur qu’on aime encore plus mort que vivant. Mais même en temps de paix, on a besoin de héros. Dans une culture en paix, le champ de bataille est sur les terrains de foot avec Zidane. En temps de guerre, le héros se bat pour sauver l’image dégradée de son groupe. En temps de paix, il risque sa vie pour le sauver d’un spleen mortel, en marquant un but à 50 mètres. Les héros changent de statut. Pendant la guerre, on avait besoin de héros. En 14-18, on a héroïsé les soldats, ensuite on a héroïsé les mineurs, ce qui permettait de les sacrifier. Une culture qui a besoin de héros est une culture malade. D’ailleurs à l’époque du nazisme, en Allemagne, le mot « fanatique » a été remplacé par le mot « héroïque ». Ce qui montre bien comment une force sociale peut provoquer une dérive fanatique. Vous démontrez d’ailleurs dans votre dernier livre les dérives possibles sur le plan politique… Le candidat-héros dit avec une modestie éblouissante : « Je me dois à mon peuple. Je suis prêt à me sacrifier pour le sauver. » Cette stratégie le mène au pouvoir car le peuple répond : « Nous nous sentions minables, mais depuis que notre héros a été éblouissant, nous sommes réhabilités, il nous a rendu notre fierté ». Une telle stratégie d’héroïsation donne accès au pouvoir en agissant sur l’opinion générale. Le héros devient l’étendard des idéologies extrêmes, des fondamentalismes religieux, des nationalismes exacerbés et des sectes millénaristes. Ils promettent la lune, les lendemains qui chantent ou mille ans de bonheur pour exalter les foules et les mener au désastre. Il y a une complicité tacite entre le héros, son groupe d’appartenance et la dérive totalitaire. Il y a aussi les dérives terroristes… Comment peut-on expliquer qu’un terroriste puisse être vu aujourd’hui comme un héros par de nombreux jeunes ? Ces jeunes, que j’ai d’ailleurs pu rencontrer dans les quartiers de Toulon ou du Nord de Marseille, sont la plupart du temps en grande difficulté. Ils n’ont pas appris à parler, vivent dans des quartiers en béton, déstructurés, leurs parents ne travaillent pas ou sont au chômage. Ils sont pour la plupart humiliés parce que notre culture a humilié leurs pères. Des pères « minables », qui ne Un enfant ne peut se passer de héros pour se construire et un adulte blessé pour se reconstruire. INTELLIGENCE MAGAZINE 11



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