Intelligence Magazine n°2 jan/fév 2015
Intelligence Magazine n°2 jan/fév 2015
  • Prix facial : 6,80 €

  • Parution : n°2 de jan/fév 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 31,1 Mo

  • Dans ce numéro : les pouvoirs extraordinaires du corps humain.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Nikolaas Tinbergen a travaillé aux côtés de Konrad Lorenz. UN FONDEMENT PHYSIOLOGIQUE INDÉPENDANT Mais il ne résume pas non plus le comportement d’un animal à un enchaînement de réflexes, qui seraient des réactions instinctives à des stimuli externes. Konrad Lorenz met en évidence le fait que les comportements ont un fondement physiologique indépendant. Selon lui, ils reposent sur un mécanisme de coordination centrale et une production endogène d’excitation, qui permettent de répondre sélectivement aux stimuli de l’environnement en les filtrant. Tant qu’un comportement n’est pas utilisé, il est inhibé par l’appareil physiologique, ce que l’on représente sous la forme d’un « seuil d’activation ». Un comportement ne se déclenche que par la conjonction d’une excitation interne élevée et d’un stimulus externe correspondant qui provoque le dépassement de ce seuil d’activation. C’est le mécanisme inné de déclenchement co-découvert avec Nikolaas Tinbergen. 76 INTELLIGENCE MAGAZINE DÉVELOPPEMENT BIOLOGIE À cela s’ajoutent des mécanismes d’apprentissage qui modifient ces seuils. Effectivement, Konrad Lorenz constate que les animaux parviennent à une amélioration adaptative de leurs mécanismes comportementaux. L’explication qu’il propose est que la réaction conditionnée à un stimulus fait partie d’un cycle régulateur, dans lequel la réussite ou l’échec du comportement conditionné agissent sur son facteur déclencheur, le seuil d’activation. Cela permet ainsi la vérification de sa valeur adaptative (est-il favorable ou non à la conservation de l’espèce ?) et par la suite son encouragement ou sa suppression par modification du seuil d’activation. Le comportement des animaux est donc très complexe et son étude ne doit pas se baser sur une opposition entre les notions d’inné (ce dont un être dispose à sa naissance) et d’acquis (ce qui est appris après la naissance) comme le supposaient la plupart des éthologistes, mais sur leur coexistence au sein du psychisme de l’animal. UNE ŒUVRE MAJEURE « Comprendre l’homme à partir des animaux, l’homme comme animal, a toujours été ce vers quoi j’ai tendu. » (Konrad Lorenz) Oeuvre profondément personnelle, « Les fondements de l’éthologie » de Konrad Lorenz est une véritable « somme » de la pensée du scientifique. Dans l’introduction, Lorenz illustre à grands traits les directions du développement de l’éthologie et ses propres positions théoriques. La première partie, consacrée aux aspects méthodologiques, essaie de tracer les frontières sûres de l’étude comparée du comportement et en établit les règles rigoureuses. Puis le concept de système, on plutôt d’unité fonctionnelle indivisible révèle toute sa fécondité pour l’étude de la nature. La conclusion affronte les modifications du comportement obtenues par l’apprentissage : s’il est vain de tenter une explication à fondement unique, comme le voudraient les behaviouristes, il est indubitable que même ces « programmes ouverts » contiennent une quantité notable d’informations acquises par l’espèce. Accusé d’« innéisme » excessif, Lorenz se défend avec vigueur. Il survole dans son ouvrage les aspects du comportement humain, mais les résultats de l’éthologie animale ont une portée si générale que la référence transparaît. L’édifice lumineux mais fragile de notre rationalité, nous avertit Lorenz, repose donc sur un terrain d’instincts primordiaux Konrad Lorenz constate que les animaux parviennent à une amélioration adaptative de leurs mécanismes comportementaux.
que nous partageons avec des créatures bien plus primitives dans l’échelle de l’évolution et avec qui nous devons compter. LES DIRECTIONS DE L’ÉTHOLOGIE MODERNE Comme le démontre Boris Cyrulnik dans ses écrits, depuis le XIX e siècle, l’étude du comportement animal s’est développée dans trois directions qui reflètent à chaque fois une manière particulière de concevoir les relations entre les animaux et l’Homme. En premier lieu, la psychologie animale a commencé par recueillir des anecdotes sur les animaux qu’élève tout un chacun (chat, chien, oiseau, poisson, etc.), à classer cellesci puis à comparer entre elles les activités de représentants d’espèces différentes. On en déduisit l’existence chez certains animaux de capacités analogues à celles de l’être humain, particulièrement dans le domaine de la connaissance. Une deuxième direction est caractérisée par les recherches qui se sont développées, principalement aux Etats-Unis, en utilisant des animaux comme substituts d’êtres humains. Il s’agira là moins d’une psychologie animale que d’une psychologie « avec » des animaux. Comme c’est le cas en médecine, on expérimente avec des animaux lorsque, pour des raisons d’ordre éthique ou pratique, il n’est pas possible de le faire avec des êtres humains. Dans cette perspective, innombrables sont les expériences de DÉVELOPPEMENT BIOLOGIE psychologie réalisées avec des pigeons, des souris, des rats, des chiens, des chats, des singes. Le postulat sous-jacent à cette expérimentation est celui d’une transposition possible à l’Homme des résultats obtenus avec des animaux. Une troisième direction trouve son origine dans le débat sur l’instinct. La métaphysique cartésienne attribue à l’homme une âme immortelle, réduisant les animaux à des corps périssables, automates réglés par un Intelligence supérieure qui les avait créés. Les instincts n’étaient alors que le jeu des rouages de l’animal-machine. On peut trouver là une des origines du débat entre le mécanisme et le vitalisme. COMMUNICATION & COMPORTEMENTS SOCIAUX L’éthologie, science du comportement animal et humain, s’est donc d’abord développée à partir de l’observation des animaux dans leur milieu naturel. Ainsi, cette discipline a ouvert de nouvelles perspectives de compréhension des comportements tels que ceux d’attachement ou d’agression, de territoire, d’espace vital, de dominance-hiérarchie et apporté de nouveaux éléments aux rapports entre nature et culture, aux apprentissages et conditionnements, aux interactions sociales (rapports familiaux, relations dans le monde du travail et de la vie politique...). Il en est de même des manifestations motrices (mimique, gestique, proxémie), sonores (cris, vocalisations, chants, bruitages), visuelles (modifications cutanées et du système pileux, vêtements, insignes), sécrétoires (larmes, sueur et toutes modifications glandulaires) qui ont permis de mieux comprendre les différents registres de la communication et des comportements sociaux. Dérivée de l’éthologie animale, l’éthologie humaine s’intéresse aux comportements de l’Homme. L’étude des communications non verbales y occupe une place de choix comme au cours d’entretiens et de questionnaires, de la circulation des personnes, à l’intérieur de l’entreprise, sans oublier le langage verbal lui-même ou les comportements mettant en présence l’Homme avec la machine (informatique notamment). Car en éthologie, il ne s’agit pas de comparer simplement l’Homme à l’Animal, mais de transposer les méthodes d’approche et d’investigation, pour au final nous en apprendre toujours plus sur nous. n E.A POUR ALLER PLUS LOIN L’ŒUVRE MAÎTRESSE Ce livre est l’œuvre maîtresse de l’un des principaux pionniers de l’éthologie, cette science née de la volonté d’appliquer au comportement animal et humain les interrogations et les méthodes propres à la recherche en biologie. Avec, en ligne de mire, la question de l’information à la base de toute adaptation, innée ou acquise. On a souvent reproché à Lorenz d’appliquer un peu trop rapidement à l’homme les résultats de ses recherches. Mais n’y a-t-il pas une foule de comportements cent fois plus anciens que les nôtres, qui existent en nous et jouent un rôle considérable dans nos actes et dans l’exercice de nos facultés cognitives ? L’édifice lumineux mais fragile de notre rationalité, nous avertitil, repose sur un terrain d’instincts primordiaux que nous partageons avec des créatures bien plus primitives dans l’échelle de l’évolution et avec qui nous devons compter. « Les fondements de l’éthologie » de Konrad Lorenz, Editions Flammarion, 514 pages, 12,20 €. INTELLIGENCE MAGAZINE 77



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