Francs-Jeux n°647/648 1er jui 1974
Francs-Jeux n°647/648 1er jui 1974
  • Prix facial : 3 F

  • Parution : n°647/648 de 1er jui 1974

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : Francs-Jeux

  • Format : (186 x 274) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 49,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial vacances... découvre la mer.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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a-t-il la conter ? Le silence retombe sur la petite maison. La mouette, à l'angle du banc, les regarde de son oeil jaune. — Ça remonte loin... répète Constantin comme pour lui-même. Il se tait de nouveau, Constantin Bavelli, il se dit que Bastelica est dans la montagne, que ces jeunes continentaux auront oublié demain ce qu'il va leur dire. Car il a envie de parler, ce soir. Une envie terrible. Tant d'années de silence ! — Maintenant qu'il est noyé je peux le dire, reprend-il, mais c'est une histoire à laquelle, vous, qui n'êtes pas Corses, ne comprendrez pas grand-chose. Philippe arrive sur ces entrefaites. Son regard croise celui de Benoît. Compris, il va se taire. Benoît craint que cet instant fragile qui précède les confidences ne se renouvelle pas. — Quelqu'un s'est noyé ? feint-il de s'étonner. — Non, rassurez-vous ! répond le vieux en riant. Personne ne s'est noyé. Mais vous souvenez-vous de ce coffre que j'avais dans ma barque ? — Euh... oui... en effet... — C'est à cause de lui que j'ai passé tant d'années ici. Nous autres, Corses, nous sommes comme ça. Pour une dette d'honneur, ou ce que nous considérons comme notre honneur, nous nous entretuons pendant trois générations. Je dis « nous » mais, moi, je ne suis Corse qu'à moitié. C'est pour cela sans doute que j'ai J préféré partir. Mais je devrais commencer par le commencement puisque je suis en train de vous raconter toutes ces choses. Mon père et son voisin, dans la montagne, se sont pris de querelle, un jour, pour une source qu'ils voulaient capter, chacun de son côté. C'était à la fin du siècle dernier et pourtant la vendetta dure encore ou presque. En ces temps-là, les bergers ne sortaient jamais sans leur fusil. Ils disaient que c'était pour protéger les chevreaux du renard mais, en réalité, il fallait toujours avoir l'oeil ouvert quand on allait par le maquis. La moindre dispute se terminait souvent dans la poudre et les fils et les petits-fils continuaient d'échanger des coups de feu pour une chèvre volée, une source déviée, un pieu de clôture déplacé. « C'est gagné, pensent les enfants, il va tout nous raconter. » Constantin sort de sa poche une pipe aussi vieille que la vendetta qui l'a chassé de ses montagnes. Il la bourre avec des gestes lents, s'assure que le tabac est bien tassé, craque une allumette. Quand un fumeur bourre sa pipe ainsi, ou bien il ne dira plus un mot, ou bien il parlera pendant des heures. — Qui a tiré le premier, personne ne le saura. Mais, un jour, on a retrouvé le voisin le nez dans la fougère. Mon père a pris le maquis, c'est-à-dire que ma mère et mon frère ne l'ont vu que comme une ombre qui se glissait certaines nuits dans la maison et repartait à `\l'aube, son fusil à l'épaule. Il s'en allait ver ?) une cachette ignorée de tous. Seule, peut-être, ma mère a connu l'emplacement exact de ce repaire. Les années ont passé. J'étais né entre-temps. Mon frère grandissait. Le fils du voisin aussi. Un jour que mon frère essayait de retrouver une chèvre égarée, il a traversé les pâtures de nos ennemis. Personne n'a entendu le coup de feu mais le père de l'autre était vengé. Mon frère venait d'avoir ses vingt ans. - - C'est terrible, murmura Nathalie. C'est absurde, rectifia Constantin. Il y avait à présent deux hommes dans le maquis. Ils devaient échapper aux gendarmes et se poursuivaient l'un l'autre. Mon père recherchait le meurtrier de son fils qui, plus jeune et connaissant le maquis aussi bien que lui, lui échappa toujours. Quand il se sentit vieux et malade, il revint mourir dans son lit mais, avant de fermer les yeux, il me laissa le coffre que vous avez vu. Constantin se tait de nouveau. Sa pipe s'est éteinte. Il la rallume posément et dit, comme s'il parlait de choses sans importance  : - Ir contenait son fusil démonté et que je devais remonter, le moment venu, pour poursuivre la vendetta. Ma mère m'a supplié de partir. Elle était du continent et redoutait pour moi une de ces querelles qui dégénèrent si vite par chez nous avec toute cette haine héritée. Je suis parti. Mon côté non corse ne voulait pas ajouter des malheurs à ceux qui s'étaient déjà N produits. Mon côté corse ne pouvait affronter le J, 54 ence du village qui savait les dernières volontés de mon père. Et ce coffre, que j'avais reçu, que je ne voulais pas ouvrir, que je ne pouvais pas détruire puisqu'il m'avait été légué par mon père, a été mon tourment. J'ai passé plusieurs années à Paris et à Marseille. Je me suis fait pêcheur, moi qui étais berger. J'ai vécu solitaire parce que j'ai manqué de confiance en la vie après ce que j'avais connu dans mon jeune âge. Je ne suis jamais sorti en mer sans le coffre, attendant pendant plus de trente ans ce qui s'est produit il y a une semaine. La mer m'a enfin délivré du dépôt que m'avait fait mon père. Les enfants se regardent. Benoît porte lentement l'index à ses lèvres et les caresse, comme en un geste machinal. Les deux autres comprennent  : ils se tairont. — Maintenant l'arme est noyée. Le meurtrier de mon frère est mort il y a quelques années. Je suis vieux. Bien des choses ont passé, je peux remonter au village. Toussaint leur a prêté sa barque. Il est gentil, Toussaint. Benoît rame de toutes ses forces. Philippe, assis à l'arrière, ne dit rien. Nathalie a pris place à l'avant et elle regarde la côte qui s'éloigne un peu plus à chaque coup de rame. Jamais la maison de Constantin Bavelli n'a paru aussi petite. Benoît lâche les rames. La côte est lointaine ; la mer très bleue, très claire, très calme. — Ici, dit-il simplement. Et il jette le coffre qui aussitôt disparait. FIN
C7C4 est Nozoivte ` ? F—"- -'Tui.5 View'qu'à vkatei n a Sait lesc.owilaissawce du prince kitidOu efAVApe.a et quille We se quilVext-, plue.) 11ems voilà juste meut mazahele et le princee.revaKowlç.a ! Moi woo plus Mois,justewtei4t, oita pied des kilowtë.tite.s.• - e eaki. ev- img./AW, ori-loos de AM !, , Sootovis de là I iriE/OUIUEI ‘ Il pavait que Oui. Ow dit qu'il le privic.e est peut se coucher Lei peu -f-a%00., ea0uvte plate.Ite.J c-loue SaviS wtêgle e'ein apertevolt".) Aa0c ; Gl4e.be Nazaiirte/i-oouvé. Lei eo roi+ dmuei 4et epto twrasre- Mai6 cekee. 6-Y) A - À oacjee. Feavtc,kentewt, MON cher, tslazairse, oh ciiwelt que quelque chose vous a covtiraeie. [et. je ne.) Nef A ; i1 VOLS pas..11 " LA- LAI 61



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