Faribole n°6 sep/oct/nov 2013
Faribole n°6 sep/oct/nov 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de sep/oct/nov 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Berme & Wängler

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... l'invention de Vivian Maier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Gounod, des raretés de Roussel… Un travail que poursuit aujourd’hui un Jean-Yves Ossonce à la tête de l’orchestre symphonique Région Centre Tours avec détermination et talent, Briséïs de Chabrier, les quatre symphonies de Magnard, 3ème symphonie et le Pays de Ropartz, mélodies de Roussel, le cœur du moulin de Déodat de Séverac, réussites saluées et récompensées par la critique, et au concert Ravel et Dutilleux. Ces exemples restent hélas suffisamment exceptionnels pour être soulignés. Nos grands compositeurs de l’époque romantique ont souffert et souffrent encore d’une relative indifférence. C’est peu dire que Berlioz eut les plus grandes difficultés à se faire reconnaitre dans son propre pays. En dépit des succès considérables remportés à l'étranger, son œuvre est restée longtemps méconnue voire mésestimée en France, mis à part certains extraits de la Damnation de Faust et, bien sûr, la Symphonie fantastique. L'œuvre de Berlioz était cependant reçue avec chaleur en Allemagne à la fin du XIXe siècle et jusqu’à Rafael Kubelík, qui fut l’artisan de sa résurrection dans les années 1960. Depuis, les Troyens et Benvenuto Cellini sont passés dans le répertoire habituel des grandes scènes lyriques allemandes. Dans les années 1960 et 1970, à une époque où Berlioz était surtout connu pour la Symphonie fantastique, c’est Colin Davis qui va œuvrer, après Thomas Beecham, pour la réhabilitation de Berlioz en enregistrant une grande partie de l’œuvre, suivi par John Eliot Gardiner. Concédons qu’en France, des chefs d'orchestre se sont à leur tour consacrés avec bonheur à Berlioz, Georges Prêtre, Michel Plasson, Jean-Claude Casadesus, Marc Minkowski après leurs aînés Pierre Monteux, Charles Munch, Jean Fournet et André Cluytens. Cet exemple tristement célèbre ne doit pas masquer le silence et l’oubli relatifs dans lequel sont maintenus les Chabrier, Saint-Saëns, Chausson, Dukas, Lalo, Magnard et César Franck, tous auteurs de merveilles soustraites aux oreilles les moins attentives. Passons vite sur la démolition de Carmen à sa création et le destin mondial de l’œuvre de Bizet pour nous arrêter sur le sort de Jules Massenet, dont on ne joue qu’une part très réduite de l’œuvre et avec toujours une certaine distance dans l’adhésion, entre approbation et défiance. Debussy n’y va pas par quatre chemins, qui fustige de Massenet la "curieuse maîtrise à satisfaire toutes les niaiseries et le besoin poétique et lyrique des dilettantes à bon marché". Le compositeur Jacques Hétu écrivait en 2005  : « De nos jours, malgré l’effort de quelques-uns pour réhabiliter sa musique, Massenet reste suspect. La critique n’a jamais été tendre à l’égard de l’auteur de Manon. Il est vrai qu’il n’est pas le seul à avoir subi ses affres. Il figure en bonne compagnie avec Berlioz, Bizet et Chabrier qui ont eu à souffrir d’une incompréhension tenace de zoïles frustrés. » Et Sylvain Fort, critique en vue d’ajouter  : « C’est que, voyez-vous, je soupçonne profondément que nous autres Français n’aimons guère Massenet...il nous rappelle ce que nous détestons en nous  : notre légèreté, notre affectation, la superficialité de nos émotions, la grandiloquence de notre rhétorique...Massenet, c’est un peu nous, Français, qui nous aimons si peu. Il a toutes nos faiblesses, et manque de grandeur. Il a un talent fou, mais pas de génie... Nous nous flattons de le connaître et de le goûter, mais nous savons de lui ce que l’on savait de Mozart en 1830, de Schubert en 1920, de Lully en 1960. L’année Massenet, voyez-vous, aurait dû être celle d’un large et systématique apprentissage de cette musique, de ce style, de ce temps que nous croyons connaître et que nous dédaignons un peu. » Parmi ceux que par commodité on désigne comme modernes, Debussy et Ravel font figure d’exceptions dans ce panorama grisâtre, jouissant de leur vivant d’un respect partagé de la critique et du public, qui ne s’est pas démenti et qui les fait apparaitre ! 6
de manière affirmée dans les programmations et parutions françaises, contre exemples magnifiques à la thèse développée ici. On ne peut pas en dire autant de Poulenc, injustement regardé comme un touche à tout, sans style propre, auteur cependant des Dialogues des Carmélites, œuvre majeure. Ses mélodies occupent également une place singulière, mais il est notoire que ce répertoire essentiel de la musique française est négligé, alors qu’il a été illustré de manière très brillante par Fauré, Duparc, Chauson, Debussy et Ravel. Les œuvres pour voix et orchestre de Duparc, Berlioz, Chausson et Ravel connaissant un sort plus favorable. De la période contemporaine émergent les noms de Messiaen, Boulez et Dutilleux, mais aussi ceux de Thierry Escaich, Philippe Hersant, Éric Tanguy, Pascal Dusapin, Nicolas Bacri, Betsy Jolas, et également un cortège d’empoignades homériques qui ne font que confirmer la persistance signalée ici de la querelle des bouffons sous des formes diverses. Notons qu’Henri Dutilleux, objet d’une reconnaissance internationale qui vaut à son œuvre d’être jouée dans le monde entier, n’a cependant pas l’heur de plaire aux tenants d’un modernisme radical. L’absence des représentants de l’état lors de ses récentes obsèques n’est pas admissible. Elle confirme malheureusement ce sentiment de désintérêt, que ne fait qu’aggraver l’acculturation des prétendues élites. S’agissant des débats houleux qui agitent périodiquement le landerneau de la musique contemporaine et particulièrement le dernier en date, Jacques Drillon dans le Nouvel Observateur du 23 juillet dernier rapporte la polémique qui s’est installée au Collège de France, haut lieu s’il en est de l'enseignement supérieur français. « En décembre dernier, le compositeur et pianiste Karol Beffa, titulaire pour cette année de la chaire de création artistique au Collège de France, a invité Jérôme Ducros, autre pianiste compositeur, à prononcer une conférence. Et voilà que le scandale est arrivé. Beffa et Ducros sont les tenants de la tendance « néo » de la musique contemporaine : retour à la tonalité, à la mélodie, aux rythmes carrés. Selon eux, la musique s'est coupée de son public, elle est devenueésotérique. Le grand fautif : Schoenberg, qui a pulvérisé au début du XXe siècle tout ce qui faisait les fondements de la musique. Un peu comme Picasso, Braque ou Gris ont fait exploser la perspective - et à la même époque. Les fanatiques, qui ont suivi Schoenberg jusque dans les années 1960, ont achevé l'œuvre de destruction, ont occupé un territoire désormais abandonné par les mélomanes moyens, et il convient de restaurer la « vraie musique ». Au-delà de ce débat esthétique entre « post-Bouleziens » et « néos de tout poil », sous les aspects habituels de la querelle entre les anciens et les modernes, ce qui s’exprime dans ces querelles, c’est l’impossibilité à porter intérêt et considération à ce qui se crée ici et maintenant. Seul ce doute profond et persistant permet en réalité d’expliquer ce désamour de ce que nous produisons, bien loin du regard que les musiciens et le public portent sur notre musique par-delà nos frontières. Thomas Moulin. !!! 7



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