Faribole n°6 sep/oct/nov 2013
Faribole n°6 sep/oct/nov 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de sep/oct/nov 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Berme & Wängler

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... l'invention de Vivian Maier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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et les présidents, des papes, ma fiancée, mes rares amis et toutes les histoires du monde. J’ai presque tout oublié et je remarque que le peu de souvenirs personnels qui me restent ne peuvent exister sans la mémoire commune. Je ne sais plus ce que je vis ni pourquoi. J’agis comme un somnambule qui continue de se mouvoir par habitude mais, au fond, pour moi tout ça ne rime plus à rien. Les choses les plus simples perdent leur évidence, si j’esquisse un geste j’oublie au cours de mon mouvement à quelle action il était destiné.
 J’ai tenu à jour ce rapport jusqu’à aujourd’hui et je sens désormais que ces mots couchés sur le papier seront les derniers avant que je ne perde toute conscience de leur vocation. Un vague sentiment de l’absolue nécessité de faire connaître le péril de ma situation, me pousse à interrompre mon récit sur-le-champ pour le confier à quelqu'un qui en fera bon usage. Je ne sais pas qui sont au juste ces Ménageurs d’Oubliettes, s’ils sont une fantaisie née de mon imagination, la conséquence de substances auxquelles trop souvent j’eus recours pour oublier ou encore l’aboutissement d’une affection nerveuse. Mais c'est assurément la réponse à mes prières lancées sans mesure. Peut-être ont-ils toujours été là. Probablement. Les Ménageurs doivent commencer tôt dans la vie. Ils créent sûrement des dispositifs. Laborieux et prévoyants ils travaillent bien consciencieusement dans les têtes dès le plus jeune âge, préparant ainsi leur proie. Ils sauvent les gens comme certains ont tenté de sauver le monde, à grands coups de promesses perfides et finissent ni plus ni moins par tirer à vue. Maintenant que j’ai tout oublié, absolument tout, il ne me reste plus qu’à remplir le seul et dernier geste dont je suis encore capable. Sentant proche le dénouement de cette affaire, j’ai pris la précaution de ! 38
préparer une enveloppe à votre nom. A cet instant, je ne garde la mémoire de son contenu que grâce à cette note  : Les Ménageurs d’Oubliettes, un avertissement. Comme c’est mon métier d’informer les gens, je le transmets donc avec sérieux, pour honorer ma charge. Quand on l’a retrouvé chez lui, un peu plus tard, Bernard Moncours était inanimé. Il avait les yeux ouverts et son expression était celle d’un homme qui cherche désespérément quelque chose d’enfoui très loin en lui. Je l’imaginais suivant à tâtons les méandres de sa mémoire désolée, je le devinais glisser de plus en plus profondément dans l’abîme, cherchant un souvenir auquel se raccrocher, un sourire sans nul doute. A mes questions sur les causes de son décès, on répondit qu’il était mort d’ennui. ! ! 39



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