Faribole n°6 sep/oct/nov 2013
Faribole n°6 sep/oct/nov 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de sep/oct/nov 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Berme & Wängler

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... l'invention de Vivian Maier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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tirages, on en aurait découvert une quantité bien plus importante.) ! Sans titre ! ! 3 Septembre 1954 Vivian Maier Vivian Maier/Maloof Collection, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York Inévitablement, les questions soulevées par la reconstitution posthume d’une réputation photographique dévoilent des contradictions et des énigmes qui n’ont qu’un rapport lointain avec l’histoire de l’image imprimée, mais qui font partie intégrante de la fabrication des histoires de la photographie. ! J’ai abordé ailleurs la question épineuse de la catégorie générique baptisée « photographie de rue », une catégorie trop souple pour être véritablement pertinente. Il existe des centaines, voire des milliers de photographes, souvent anonymes, qui ont pris des clichés de rue depuis les débuts de la photographie (pour des raisons multiples et variées) ; mais leur travail ne constitue pas pour autant un genre cohérent. La notion de « photographie de rue », terme inventé au milieu du XX e siècle par les spécialistes de la photographie d’art, a servi à consacrer l’œuvre d’un nombre très limité de photographes, artistes pour la plupart (Walker Evans, Henri Cartier- Bresson, Robert Frank, pour ne citer que les plus célèbres). Quoi qu’il en soit, parmi ceux qui photographient des passants dans un espace public, on ne compte que quelques rares femmes. Vivian Maier, photographe compulsive à bien des égards, se distingue donc notamment par son sexe. Certains commentateurs ont cité l’exemple de Lisette Model et d’Helen Levitt, « photographes de rue » ayant précédé V. Maier, et dont le travail aurait pu être connu de celle-ci. Mais la quasi-totalité des modèles des ! 16
photographies publiées deL. Model penchent vers le grotesque, et H. Levitt s’intéressait avant tout aux enfants de son quartier. ! Quoi qu’il en soit, si V. Maier n’a sans doute jamais songé à faire de la photographie son métier, ses clichés, pris pour l’essentiel dans la rue, n’ont rien d’un passe-temps d’amateur, en dépit des motivations privées de l’artiste. Nul ne sait si son existence recluse, son excentricité extrême, son asexualité apparente, ont été des facteurs. Ce n’est que l’une des nombreuses énigmes posées par la vie et l’œuvre de l’artiste. Tout ce que l’on peut dire, c’est que, de manière mystérieuse et poignante, V. Maier vécut son existence d’adulte à travers l’objectif d’un appareil photo, existence par procuration dans laquelle l’« œil » de l’appareil et le « je » du sujet sont inextricablement liés. Il n’existe, à ma connaissance, aucun autre exemple similaire dans l’histoire de la photographie. Ce qu’il faut souligner ici, c’est que, comme le photojournalisme, la photographie de rue est un domaine largement réservé aux hommes. Il y a de nombreuses raisons à cela  : le regard scrutateur, prérogative masculine, le caractère sexué de l’espace public, la relative vulnérabilité des femmes au sein de cet espace, et les risques posés par la photographie de sujets récalcitrants. ! Ainsi, la différence sexuelle et la construction du genre – aspects incontournables de l’existence sociale et psychique de l’individu – sont nécessairement signifiantes et pertinentes dans le cas du travail de V. Maier. Ils ont pu influer sur la manière dont elle photographiait (le Rolleiflex est beaucoup plus discret qu’un appareil tenu à hauteur de visage) et sur ce qu’elle photographiait (elle s’intéresse avant tout aux enfants de banlieues en train de jouer). Ils ont peut-être aussi influencé sa perception d’elle-même en tant que personnage isolé, sans lien avec ses semblables. En tout état de cause, on note qu’à partir des années 1950, dans le cadre de son emploi, elle commence à photographier les enfants (y compris ceux dont elle s’occupe), sans aucune sentimentalité ni condescendance. Prises dans les parcs et les cours d’école des banlieues cossues du North Shore de Chicago, ses photographies d’enfants blancs tracent un parallèle intéressant avec celles d’enfants noirs des quartiers défavorisés de la ville, ou encore ses clichés de la classe ouvrière, des pauvres ou des laissés pour compte. On peut se demander ce qui a attiré cette vieille fille franco-américaine vers la marginalité urbaine  : voyeurisme, curiosité, compassion, sentiment d’appartenir au même monde ? Certains de ses employeurs (notamment les Gensburg) ont évoqué à son propos des « sympathies de gauche », mais sans fournir d’autres détails. V. Maier a également pris des photos de Richard Nixon (alors vice-président) saluant les foules à Chicago, ainsi que des gros titres de journaux annonçant l’assassinat de Kennedy, puis de son frère, Robert, quelques années plus tard, ce qui ne trahit aucune orientation politique particulière. Il existe apparemment quantité de photographies prises au cours de ses voyages à l’étranger (Asie du Sud, Philippines, Cuba, Égypte, et de nombreux autres pays), mais peu d’entre elles ont été publiées ou exposées. À tout le moins, ces expéditions lointaines au cours desquelles elle ne cessait de prendre des clichés, comme à son habitude, témoignent d’une intrépidité peu commune – dans les années 1950, bien peu de femmes se seraient lancées dans pareils voyages, ou auraient osé s’aventurer dans les quartiers déshérités –. ! Étant donné le nombre relativement limité d’images à notre disposition, il est aléatoire de se livrer à des généralisations. Certains aspects de son parcours de photographe peuvent cependant livrer quelques indices sur son évolution. Parmi les photographies conservées, les premières ont été prises en 1932, lors d’une visite avec ! 17



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