Escape n°26 juin 2009
Escape n°26 juin 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de juin 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Free Presse

  • Format : (210 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : spécial sérénité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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48 L e document Christophe Suarez escape n°26 I printemps/été 20 ranck Astori est un miraculé. Guide de montagne à Chamonix, il a croisé plusieurs fois le chemin de la foudre, et continu d’exercer sans séquelles, du moins physiques. Il a 30 ans le 22 juin 1974 quand il vit sa première rencontre avec un éclair. « C’était en sortant de la Brenva, raconte-t-il d’un souvenir très présent. On venait de passer le Mont Blanc et on redescendait vers le refuge Vallot. Nous étions trois amis : Michel Danguy, Michel Bruyant et moi. Le temps était beau, très froid avec un grand vent. Le soleil déclinait. Nous étions heureux de cette course. Alors pour savourer ce début de soirée, on a fait une petite halte dans la pente au-dessus des « rochers foudroyés » situés vers 4800 mètres à une heure du refuge. Comme d’habitude en pareil cas, j’ai planté mon piolet dans la neige et passé quelques tours de cordes autour… Puis tout est soudain devenu très calme. Plus un souffle de vent, plus un bruit. L’instant d’après, je me souviens de la décharge : un coup de jus violent qui m’a secoué de haut en bas et plongé dans le noir… Je me suis réveillé vers 1 heure du matin, KO, assis dans la neige. Plus bas, Michel Bruyant gisait à quatre pattes
dans la neige. Danguy avait été éjecté dans la face nord. Il était debout dans la pente qui plongeait vers 800 mètres de vide, retenu par mon amarrage. Tout était encore couvert d’électricité : les pointes de mes crampons crépitaient comme une soudure à l’arc et des flammes parcouraient la corde. J’ai juste eu le temps de crier « faut partir de là. On va encore ramasser », quand une nouvelle décharge s’est abattue sur nous. C’est comme si j’avais reçu un coup de massue sous le casque. Cette fois, on s’est réveillé au petit matin sous une tempête de neige. Bruyant était comme paralysé. Il criait : « J’ai plus de bras, j’ai plus de jambes ! ». C’était difficile de le rassurer. En bas dans la pente, Danguy paraissait avoir beaucoup souffert de la nuit. Il avait une carapace de glace sur le visage. J’étais le moins touché. Je ne souffrais pas. J’étais bien où j’étais. Je n’avais envie de rien d’autre que de me laisser glisser vers la mort. Et puis le bébé que je venais d’avoir m’a rappelé à la vie. Je me suis levé et j’ai été cherché les secours ». Les genoux et les pieds gelés (il laissera la moitié de ses orteils dans la mésaventure), Franck Astori descend à reculons les 400 mètres de dénivelés qui le séparent du refuge Vallot. La tempête redouble de violence. Par chance, un groupe de scientifiques est monté la veille à l’observatoire que surplombe le refuge. Aucun d’eux n’a entendu les déflagrations qui ont cloué les alpinistes. Le ciel était étoilé et l’orage ne grondait qu’à 40 km de là. Les malchanceux ont sans doute été piégé dans un nuage d’électricité statique causé par la rencontre brutale de courant d’air chaud et froid, et bombardé plusieurs fois pendant la nuit. Michel Danguy n’y survivra pas : conduit en soins intensifs, il tombera dans le coma trois semaines plus tard et n’en sortira jamais. Deux ans plus tôt, Franck Astori avait déjà goutté aux enfers célestes en arrivant au second sommet de la Dent du Géant. « La météo n’avait prévu aucun orage. On est arrivé près de la vierge et un nuage gros comme une colline s’est levé sur nos têtes. La grêle s’est mise à tomber. Puis un éclair. Le déchirement nous a rentré la tête sous les épaules. De là où on était, on pouvait toucher l’impact encore fumant sur le métal. Il faisait la taille d’un ongle et au moins un millimètre de profondeur. Ca nous a paniqué. La meilleure chose à faire était de s’éloigner. On s’est assuré sur les cordes fixes plus bas et on est resté pendu à jouer le yoyo sous l’effet des décharges qui tombaient autour de nous. Ce petit jeu a duré une bonne demi-heure. UN COUP DE JUS VIOLENT QUI M’A SECOUÉ DE HAUT EN BAS ET PLONGÉ DANS LE NOIR… Le nuage est ensuite parti vers le Grand Capucin où il a foudroyé deux alpinistes Polonais avant de s’attaquer à un autre groupe sur les aiguilles de la Brenva ». Juin 1976, deux ans après le drame qui a emporté son ami et ses orteils, Franck reprend ses courses en montagne. Il emmène deux clients au sommet du Mont Blanc, sur la voie normale. Une nouvelle tragédie noue son écheveau plus haut, dans le couloir qui mène DR printemps/été 20 I escape n°26 Christophe Suarez



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