Emploi & Carrière n°9 jun/jui/aoû 2011
Emploi & Carrière n°9 jun/jui/aoû 2011
  • Prix facial : 4,80 €

  • Parution : n°9 de jun/jui/aoû 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20,8 Mo

  • Dans ce numéro : Mark Zuckerberg, une ambition planétaire.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Enquête n la France sous l’œil d’un exilé Confessions d’un exilé Jean-Claude Sensemat,P-DG de Lip,est un grand entrepreneur. Après fortune et infortune,il s'exile au Canada d'où il nous livre sa vision de la vie économique,sociale et politique de la France. Jean-Claude Sensemat a été dans les années 90 le plus grand entrepreneur du département du Gers, avec son entreprise d’import-export d’outillage et le sauveur des montres LIP qu’il rachète en 1990. Immigré au Canada depuis 2006, c’est désormais depuis Montréal, avec la Société Gestion Geneen Inc. (Compagnie de Gestion d’Affaires) que l’homme d’affaires développe ses activités. En 2007, le gouvernement canadien lui accorde, ainsi qu’à sa famille, le statut de résidents permanents en qualité de « Gens d’Affaires Investisseurs ». Une occasion pour lui de porter un regard critique sur notre pays « moquée pour son incompréhension et sa méconnaissance du jeu mondial ». Quel bilan faites-vous de votre carrière d'homme d'affaires en France ? J’ai toujours eu envie de créer et de faire prospérer mes affaires. J’ai rencontré le succès très jeune. Mon entreprise a d’ailleurs été classée par la presse dans les plus performantes de France. Puis, à titre d'entrepreneur, j’ai été classé 150 ème fortune professionnelle dans les années 90. Mon bilan a été des plus positifs jusqu’en 2000. J’ai créé des emplois et des richesses pour mon département le Gers, ma région et mon pays. Mais cet élan a 22 n Emploi & Carrière » Création d’entreprise magazine, le magazine Lafont presse pour entreprendre été stoppé en 2000 par un juge et un auxiliaire de justice. Cet auxiliaire de justice corrompu a été radié à vie et condamné à quatre ans de prison. Vous avez connu succès, distinctions mais aussi attaques diverses... La jalousie est un fléau français des plus graves. Réussir est un péché dans l’esprit des Français car, pour une majorité, il ne peut y avoir d’entrepreneurs qui réussissent honnêtement. Ce défaut d’image est grave pour les futures générations. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’acharnement aveugle de la justice française même lorsqu’elle a tord. L’irresponsabilité dans laquelle elle se drape, sous couvert de son corporatisme et en toute impunité, est très dommageable pour l’Hexagone. En quoi est-ce différent de ce que vous vivez et construisez au Canada ? Le Canada, c’est l’Amérique du Nord, le Québec, une terre d’accueil à peupler et sûrement un nouvel eldorado. Ici, tout est possible. L’entrepreneur est fêté parce qu’il crée des emplois et personne ne trouve à redire sur ce qu’il gagne. Le principal est de travailler pour nourrir sa famille et faire de l’argent pour vivre. Pour ma part, j’y développe mes affaires en harmonie avec mes partenaires bancaires. J’ai également investi dans l’immobilier de luxe en plein centre de Montréal, ville d’avenir, qui n’est qu’à 1 heure d’avion de New York. Au Québec, tout est fait pour aider, pour faire avancer. L’administration est là, pour l’homme d’affaires comme pour le particulier afin de vous maintenir au milieu de la route, alors que dans certains cas, en France, on se plaît à vous pousser dans le fossé. Quel regard portez-vous sur l'image des entrepreneurs français ? L’entrepreneur français reste un créatif. Mais, désormais, pour entreprendre en France, il faut être masochiste et avoir la capacité à être mal aimé dans son pays, parce qu'entreprendre dans l'Hexagone est un acte qui marginalise. Pourtant, la France a un grand besoin d’entrepreneurs. Le citoyen français doit impérativement comprendre et assimiler que rien ne peut se faire sans entrepreneur et que son futur dépend de ceux qu’il critique. Pourquoi sont-ils autant mal aimés selon vous ? Les années socialistes de la France ont détruit la réalité de ce qu’étaient l’économie et le travail en faisant croire au peuple que l’État pouvait tout, qu'il avait des finances sans fin alors que la réalité est tout autre. Il est aisé de s’en apercevoir en voyageant, en vivant ou en travaillant à l’étranger. La pensée populaire française reste une exception culturelle erronée quant à sa vision économique du monde. Les médias portent aussi une lourde responsabilité. Qu'en est-il au Canada ? Au Canada, il n’y a pas de romantisme dans la vie ou dans les affaires. Les choses vont vite. L’entrepreneur est un peu comme un cow-boy, lorsqu’il dégaine vite, il est fêté. S’il est trop lent, il est mort. Ici, l’essentiel est de travailler et faire travailler. Le repos et les loisirs, institués dans la pensée collective française comme une priorité, ne sont qu'un superflu d’un pays qui se croit riche. Ce sché-
ma n'existe pas au Canada. Il faut aussi savoir que le système bancaire est accompagnant, notamment si vous avez une bonne idée. Quel regard portez-vous sur l'entrepreneuriat français ? Il est handicapé par des structures trop lourdes, trop formalistes, comme son trop grand nombre de chambres consulaires par exemple. La créativité est connue et reconnue mais elle n’est pas toujours suivie de l’effort nécessaire pour arriver jusqu’au but, jusqu’au succès. Parfois, l’entrepreneuriat résiste et triomphe de ces pesanteurs sociales et cela donne PPR, LVMH et bien d’autres malgré tout. Mais l’entrepreneuriat français est trop souvent plombé par des incubateurs, des pépinières d’entreprises et autres aides qui n’ont que le mérite de donner un emploi à ceux qui les dirigent. Tout cela ne fait que freiner les initiatives Quel regard portez-vous sur la politique économique de la France ? Grâce à la politique du président Sarkozy et du gouvernement, la France a une action des plus positives malgré la crise économique que le monde connaît. Mais la France reste handicapée par une couche sociale de gens qui ne comprennent pas les impératifs et les règles de l’économie mondiale. Ils sont maintenus dans cette idée par les syndicats qui les laissent dans l’ignorance pour des raisons corporatistes. Il faut savoir qu’à l’international, la France est moquée pour son incompréhension et sa méconnaissance du jeu mondial, et son opposition à toute réforme tournée vers l’intérêt des entrepreneurs et des PME. Que doit entreprendre le gouvernement pour améliorer la situation des entreprises françaises ? La première réaction devra être de libérer le travail et laisser les entrepreneurs gérer. Il faut donc fêter l’entreprise et les entrepreneurs qui sont seuls à créer des richesses et à pouvoir remplir les caisses de l’État. Exiger du monde bancaire qu’il fasse son métier de banque et non pas de spéculer avec l’argent des épargnants. En cela, la commission Attali est une bonne source d’inspiration pour le gouvernement même si elle reste difficile à mettre en œuvre, tant elle se heurte au lobby en place, à la mise à mal de l'administration, avec la suppression des départements, la réduction du nombre de communes ou des conseils généraux. Les médias français opposent volontiers les ménages à faibles revenus durement touchés par la crise aux profits et niches fiscales des grands groupes et des leurs dirigeants. Qu'en pensez-vous ? Encore une fois, on attise la jalousie et on monte les classes sociales les unes contre les autres mais on ne parle pas de travailler ensemble. Le travail d’harmonisation de l’impôt est en réflexion au sein du gouvernement français. La France est gravement « » Outre-atlantique, l’entrepreneur est fêté et médiatisé en permanence. » L’esprit d’entreprendre est la richesse du pays. endettée. Elle doit trouver des ressources et faire en sorte que les grands groupes comme les petites sociétés créent des emplois surtout pour les ménages à faibles revenus. Réflexion sûrement basique mais n’oublions pas que ce qui est bon pour l’entreprise à court terme est profitable pour les salariés à moyen et long termes. Quel regard portez-vous sur l'emploi en France ? La désindustrialisation de l’Europe au profit de la Chine est désormais effectuée en France comme dans les autres pays de la Communauté européenne y compris l’Allemagne. Si l’Allemagne a des résultats étonnants pour un Français, c’est que la notion de travail en Allemagne est différente comme elle l’est dans une majorité des pays à travers le monde. Plus généralement, les Français ont perdu le sens de l’humilité, chacun perd la notion de ce qu’il est vraiment dans la société car chacun pense qu’il est à la hauteur de faire le job de l’autre. Propos recueillis par Virginie Legourd Emploi & Carrière n 23



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