Direct Soir n°875 20 déc 2010
Direct Soir n°875 20 déc 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°875 de 20 déc 2010

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 274) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : Mustapha El Atrassi, petit prince de l'humour

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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SPORT 12 RÉGIS BELLEVILLE SEUL SUR LE SABLE C’est une décision Comment se déroule une expédition Explorateur saharien reconnu, Régis Belleville parcourt seul qui ne s’improvise pas… aux confins du Sahara ? le désert en méhariste aguerri depuis 1998. Le « chamelier blanc » Il a fallu bien sûr que je fasse un travail Ma démarche ne s’éloigne pas du de longue haleine pour apprendre le monde nomade. Quand je pars, c’est en a affronté dernièrement la survie en zone hyperaride. métier de chamelier. Il me fallait faire autonomie, en vivant comme les peuples du Sahara : j’utilise le même maté- mes preuves ! J’ai commencé à D’où vous vient cette passion du désert ? Régis Belleville : J’ai été sensibilisé à cet univers minéral dès l’âge de 8 ans. Je suivais alors mon père qui avait été envoyé en Algérie, en tant que coopérant. L’hiver, nous allions passer nos vacances dans le Sahara. A 19 ans, je suis retourné en Afrique du Nord travailler en tant qu’humanitaire, chargé de convoyer des véhicules de marchandises. A ce moment-là, c’est le continent africain qui m’intéressait dans un sens plus large. J’ai également travaillé avec les orpailleurs maliens pendant quelque temps. C’est en fait à l’âge de 33 ans que j’ai eu envie de me retirer. Je ne supportais plus le brouhaha humain, en France comme en Afrique. Et puis j’ai ressenti le besoin de me confronter à un univers hostile autant qu’à mes faiblesses. apprendre en Mauritanie, puis avec d’autres ethnies sahariennes, comme les Touaregs ou les Berrabiches, qui n’ont pas les mêmes techniques de chamelier. J’ai aussi participé à plusieurs stages d’aguerrissement avec les Compagnies méharistes de l’armée. Tout cela m’a donné la légitimité et la technicité pour pouvoir m’enfoncer dans les zones hyperarides du Sahara et pour travailler en lien avec la recherche scientifique. riel, la même nourriture. Quand je quitte le bivouac, le matin, je ne laisse pas plus de déchet qu’un nomade saharien. Ce qui me donne l’avantage non négligeable de ne pas être identifiable. Par ailleurs, une expédition de plusieurs mois implique une reconnaissance du terrain qui se prépare en amont, qui permet de connaître à l’avance les points d’eau opérationnels. Ensuite, le nombre de dromadaires emmenés dépend de la distance. J’essaie de rester à trois dro- Direct Soir n o 875•Lundi 20 décembre 2010 < LE DÉSERT EST UNE ÉCOLE TOTALE DE L’ÉCONOMIE >
madaires, dont deux porteurs d’eau – qui portent chacun cent litres – à raison de quatre litres d’eau utilisés par jour. Pourquoi avoir poussé le risque jusqu’aux zones hyperarides ? Je voulais m’y confronter pour aller plus loin dans l’aventure. La démarche en soi est absurde, car aucun nomade ne prendrait de tels risques. Pour certains musulmans, le désert hyperaride est une zone habitée par les esprits, les djinns, en conflit avec les hommes. Il n’y a pas de point d’eau, et surtout pas de pâturages pour leurs animaux… Enfin, il n’y a pas d’accès possible en véhicule dans ces massifs dunaires – d’où l’intérêt pour moi de connaître le métier de méhariste. Mais cette exploration me permettait d’optimiser à un niveau très élevé la technicité de survie. Ce qui m’a conduit à établir des axes de recherche sur la déshydratation avec des laboratoires scientifiques. Votre dernier livre, Voyage au bout de la soif*, relate justement cette expérience… Cette expédition scientifique s’est déroulée en 2007. Il s’agissait d’approfondir la connaissance sur la résistance humaine en milieu hostile, à partir de trois facteurs : la déshydratation, la chaleur et la solitude. Comme j’étais isolé sur un point fixe pendant quatre semaines – dans le désert de Majâbat al-Koubrâ, en Mauritanie – sans effort EXTRÊME Membre de la Société des explorateurs français, Régis Belleville se spécialise, depuis 1998, dans la survie en milieu saharien. physique, il s’agissait de descendre en dessous de la consommation d’eau habituelle lors d’une expédition (4 l/j) à un litre par jour. Soit deux verres d’eau claire à boire, le reste étant réservé à la cuisson des aliments. Comment avez-vous réagi ? L’expérience a été particulièrement dure. Le plus difficile étant d’être prisonnier de ma réserve d’eau et de ne pouvoir me déplacer. J’ai également souffert d’observer chaque jour le même univers minéral immuable… Et me suis rendu compte à quel point il est essentiel de pouvoir progresser chaque jour sur les dunes vers le puits salvateur, d’avoir un stimulus intellectuel. Que veut dire « vivre dans le désert » ? C’est avant tout une école totale de l’économie. Il faut user de stratégie : on ne peut pas doubler les bagages sur un dromadaire pour le préserver, car cet animal est notre seul moyen de survie. Et tout ce que nous possédons est utilisé : le charbon du bivouac est récupéré le lendemain. C’est aussi une vie d’humilité, car l’homme est le mammifère le moins adapté à cet univers, où notre destin peut basculer d’un coup. Enfin, le désert est un monde où l’on parle peu, où le silence et l’intimité de chaque homme sont respectés. * Voyage au bout de la soif, Régis Belleville, éditions Transboréal (www.regisbelleville.com). TRANSBOREAL



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