Direct Soir n°79 19 déc 2006
Direct Soir n°79 19 déc 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°79 de 19 déc 2006

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : Angela Merkel, elle va présider l'Europe

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir t Mardi 19 décembre 2006 4 EXCLUSIVITÉ INTERVIEW JEAN-MARIE ROUART Gorki, le « Casanova rouge » Dans sa pièce « Gorki, l’exilé de Capri » *, le romancier et académicien Jean-Marie Rouart imagine le crépuscule doré du grand écrivain russe, figure historique de la révolution communiste, qui finira par trahir son engagement pour goûter aux honneurs. Pourquoi vous tourner aujourd’hui vers le théâtre ? Ce n’est pas un choix délibéré, c’est simplement le prolongement par d’autres moyens d’une vision littéraire que j’essaie d’approcher et d’étreindre par tous les moyens. Le théâtre est un art de l’action, un art rapide et magique qui me fascine. Cela me manquait, j’avais envie de le faire, donc je l’ai fait. Qu’est ce qui vous a intéressé chez Maxime Gorki ? Ce qui m’a plu, c’est qu’il incarnait de manière presque caricaturale la question du choix pour un grand écrivain dans une époque extrêmement difficile et tragique : le début du 20 e siècle et la période du communisme. L’engagement de Gorki en faveur du communisme – après avoir été extrêmement critique vis-à-vis de Lénine et Staline – a eu des conséquences considérables. Tous les écrivains occidentaux l’ont suivi, il a servi de caution notamment lors du Congrès des écrivains en 1934. Ce choix de Gorki, j’ai voulu le restituer dans un contexte littéraire, amoureux et philosophique. C’est un homme aux prises entre trois femmes et Staline. Il a une vie amoureuse extrêmement forte. En Russie, on l’appelait le Casanova rouge. Il incarnait de manière presque caricaturale la question du choix pour un grand écrivain Repères E. CABANIS/AFP Pourquoi revient-il en URSS alors qu’il dénonce ce régime et qu’il va servir de caution à Staline ? Il y en a mille, j’ai essayé d’en exposer quelques-unes. Il y a des raisons amoureuses, des raisons de vieillissement. Au fond, la principale, selon moi, c’est la peur de devenir un « ringard », un homme dépassé et décalé par rapport à son temps alors qu’il l’a précédé. Il a été un des premiers soutiens de Lénine, un des plus grands défenseurs de la révolution, et finalement il l’a abandonnée et elle a continué sans lui. Il s’est dit que s’il abandonnait la révolution soviétique, son œuvre serait discréditée, qu’elle deviendrait celle d’un vieil écrivain réaliste, alors que Staline lui a offert un pont d’or : il a débaptisé la ville Nijni Novgorod pour l’appeler Gorki.A l’époque, il y avait des rues Gorki dans de toutes les villes, des bibliothèques « Gorki ». Il avait un rôle intellectuel aussi fort que Staline sur le plan politique.A la fin de sa vie, il a peutêtre regretté son choix car il s’est trahi. Mais il reste un très beau personnage. On vous considère plutôt comme un écrivain de droite, pourquoi vous êtesvous intéressé à un écrivain de gauche ? Vous savez, j’ai déjà beaucoup de mal à me situer politiquement, alors en matière littéraire… Je ne me situe ni à droite, ni à gauche, j’ai une passion pour Aragon, Zola. La question politique en littérature est une fausse question, ce qui compte c’est que ces écrivains aient en commun l’amour de valeurs universelles. Quelques siècles plus tard, on se fiche de savoir s’ils étaient de gauche où de droite. Ce qui reste, c’est le talent, l’aspiration à faire de grandes choses, cette recherche toujours inquiète de la vérité. J. GUEZ/AFP N’y a-t-il pas aussi dans Gorki une certaine nostalgie pour une époque où l’écrivain rencontrait la grande Histoire ? Bien sûr, j’ai écrit Le cavalier blessé sur l’époque napoléonienne, un autre livre sur la Résistance, je suis nostalgique des périodes B. ENGUERAND/héroïques, j’aime ces moments qui développent les virtualités. Saint-Just, Robespierre seraient peut-être restés des clercs de notaire s’il n’y avait pas eu la Révolution, l’histoire les a hissés au-dessus d’eux-mêmes. Quand je ne vis pas ces périodes-là, j’aime m’accrocher à des personnages qui me hissent au-dessus de moi-même. * Gorki, l’exilé de Capri, jusqu’au 7 janvier 2007 au théâtre de l’Espace Pierre-Cardin, Paris 8e. Mise en scène de Jacques Rosner, avec Marie-Christine Barrault et Roger Planchon. Tél. : 01 42 65 27 35 L’écriture Les combats Le théâtre Ecrivain, élu à l’Académie française en 1997, il mène une carrière de journaliste d’abord au Magazine littéraire, puis au Figaro comme journaliste politique (il devient directeur du Figaro littéraire en 1986). Il collabore aujourd’hui à Paris-Match. PROPOS RECUEILLIS PAR VÉRONIQUE FORGE PROFIL Jean-Marie Rouart est l’auteur de nombreux romans : La Fuite en Pologne (1974), Les Feux du pouvoir, prix Interallié en 1977 et Avant-guerre, prix Renaudot en 1983. Il a également publié plusieurs essais : Ils ont choisi la nuit, prix de l’Essai de l’Académie française en 1985, Omar, la construction d’un coupable (1994) et La noblesse des vaincus (1998). Jean-Marie Rouart s’est illustré par ses combats : la défense de personnages parfois controversés, Gabrielle Russier dans les années 60, Omar Raddad dans les années 90 et de la cause de la prostitution en 2000. Jean-Marie Rouart n’avait jamais encore écrit pour le théâtre. Dans cette pièce qui évoque la question du choix chez l’écrivain, on retrouve l’univers de Rouart, ses interrogations les plus intimes qu’il a déjà exposées dans ses romans et essais. M. ROUGEMONT/OPALE



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