Direct Soir n°763 17 mai 2010
Direct Soir n°763 17 mai 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°763 de 17 mai 2010

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 275) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : Henri IV, quel panache !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 HENRI IV EN COUVERTURE LE ROI QUI AIMAIT LA FRANCE Il a succombé aux coups de couteau de Ravaillac, rue de la Ferronnerie, à Paris, il y a tout juste quatre cents ans. Les rues de la capitale résonnent encore des cris du peuple : « Le roi est mort ! » Aujourd’hui, la France se souvient encore d’un monarque amoureux de la vie et de son royaume. On célèbre sa mort quand ce fut certainement l’un des plus vi vants de nos monarques : ce n’est pas le moindre des paradoxes qui entourent la vie d’Henri IV, un destin qui a presque entièrement échappé à l’histoire, kidnappée par la légende que forgent les peuples autour des figures qui ont su les séduire. Si les historiens contemporains tentent d’atténuer peu à peu le caractère doré de cette légende, il demeure certain que celui qui tomba le 14 mai 1610, il y a quatre cents ans, sous le couteau de Ravaillac, ne doit pas qu’à cette mort brutale et tragique la vivacité de son souvenir. Cette popularité toujours intacte, il la doit surtout à son existence elle-même. En tant que souverain de Navarre puis roi de France, Henri IV a planté dans le cœur des Français des graines dont les fleurs ne fanent pas. TROIS GUERRES DE RELIGION Henri de Navarre possède d’emblée l’attrait de l’exotisme : il vient de la frontière sud du royaume, et l’on colporte toutes sortes de rumeurs sur les manières dont son grandpère maternel, souverain des lieux, salua sa naissance : il lui aurait frotté les lèvres avec de l’ail et lui aurait offert quelques gouttes de jurançon pour juger de sa future vigueur. Un test positif, selon l’historiographie officielle. Mais, s’il hérite de la Navarre par sa mère, Jeanne d’Albret, Henri est surtout le fils du premier prince de sang, Antoine de Bourbon, par qui il descend de Louis IX. Un grand chef de guerre, qui hésitera longtemps entre huguenots et papistes, avant de choisir ce dernier camp, en réaction au rigorisme calviniste de sa femme. Il n’empêche que le HOMMAGE LE ROI S’EXPOSE petit Henri subira l’éducation maternelle à Pau et dans le Béarn, avant d’être envoyé à la cour de Paris où, entre ses cousins princiers, il sera constamment surveillé pour ne point s’écarter de la religion prétendument réformée. Sous les règnes de Charles IX et d’Henri III, il assistera à trois guerres de Religion successives, d’abord en tant que spectateur, puis comme l’un des chefs du parti protestant, un peu malgré lui. Devenu par son mariage malheureux avec Marguerite de Valois – la reine Margot – le beau-frère des derniers Valois, il changera pas moins de six fois de religion, fustigé comme traître, laps et relaps des deux côtés. Mais entre deux batailles et quelques intrigues, le jeune Henri mène grand train : sa cour, où Montaigne daignera passer, est la plus hardie et en - jouée du royaume. ➔Au mois de mai, le domaine de Chantilly (Oise) rend hommage au roi Henri IV à travers deux grandes expositions qui associent collections d’art et ouvrages précieux. La première, sous le titre Henri IV. Portraits d’un règne (du 12 mai au 16 août), évoque la vie royale à l’époque trouble des guerres de Religion, de la Saint-Barthélemy et de la Ligue, au travers de nombreux portraits du souverain autant que de son entourage. Le visiteur découvrira notamment avec étonnement la partie de l’exposition consacrée à la pompe funéraire mise en place après l’assassinat du roi le 14 mai 1610 : trois bustes de cire seront présentés. L’exposition se poursuit en dévoilant le mythe et l’image rétrospective du Vert-Galant, élaborée aux XVIII e et XIX e siècles, où il devient le symbole de la protection du peuple. Parallèlement, le domaine de Chantilly présente Il faut tuer le roi. Complots et attentats contre le monarque en France du XVI e au XIX e siècle : l’occasion de revenir sur la dialectique du régicide, à travers ses figures les plus fameuses, comme Ravaillac, le moine Jacques Clément, Damiens ou Fieschi. Textes théoriques, gravures et actes de procédure y seront présentés. T. LE MAGE/PHOTO RMN Nul doute que le prince eût désiré de continuer à vivre ainsi, entre guerre, chasse, belles femmes et bons vins. Mais, enfin, son tour arrive : c’est lui que la loi salique désigne comme le successeur au trône de France après la mort d’Henri III qui marque l’extinction définitive de la branche des Valois. La place est redoutable, mais enviable. Pour cela, il lui faut sacrifier une dernière fois au changement de confession, et le prétendant pensa sans doute très fort, à défaut de le prononcer vraiment, que Paris valait bien une messe. Paris, qu’il dut assiéger, comme toutes les places du Nord, pour l’arracher une bonne « LA FRANCE COMME UNE MAÎTRESSE » Une tapisserie du XVIII e siècle (à gauche) et un portrait à cheval peint pendant son règne (à droite) témoignent de la popularité intemporelle d’Henri IV. Directsoir N°763/Lundi 17 mai 2010 fois pour toutes à la Ligue catholique. Paris dont il fera son terrain de jeu idéal, sa capitale, pour réformer une nation pantelante après presque cinquante ans de guerre civile. PARIS « VILLE NEUVE » Si sa statue trône au milieu du Pont-Neuf, à Paris, ce n’est pas un hasard : Henri IV illustre la transition entre Renaissance et époque moderne. Il voulut en conséquence faire de Paris une ville neuve et lui donna la place Dauphine et la place des Vosges. Paris ne le lui rendra pas, puisque c’est dans ses rues qu’il mourra, assassiné par François Ravaillac, un catholique fanatique, le 14 mai 1610. Etrangement mal aimé de son temps, Henri IV aura pourtant marqué la France comme nul autre, étant le dernier souverain qui restât dans la proximité avec ses sujets, auxquels il voulut donner, à tous, la « poule au pot ». Ce roi qui aimait la France comme une maîtresse conquise de haute lutte la couvrit de bijoux, comme la manufacture des Gobelins, la Grande Galerie du Louvre, ou le Pont- Neuf. Il aima la France, l’agrandit, et, surtout, lui conféra la paix civile pour presque deux cents ans. La statue équestre du monarque au milieu du Pont-Neuf, à Paris.
JAUBERT/SIPA www.directsoir.net Vie privée On l’appelait le Vert-Galant… ➔ Surestime-t-on la verdeur d’Henri IV ? C’est possible. Si l’on a bien sûr du mal à évaluer la qualité de ses ardeurs intimes, et s’il faut en rabattre sur la réputation de priapisme que la légende lui a forgée, on doit cependant constater que le commerce avec le sexe n’a jamais effrayé le monarque, mais, au contraire, l’a stimulé tout au long de sa vie, comme plus tard son petit-fils Louis XIV. N’éprouvant que peu d’intérêt pour ses épouses légitimes, Henri de Navarre rendit leur vie navrante de solitude. Il préférait courir Gabrielle d’Estrées. Henriette d’Entragues. Charlotte de Montmorency. GUERRES DE RELIGION Réconcilier un royaume déchiré Les temps sont troubles, l’épo - que double, le royaume ruiné. C’est dans un contexte passablement défavorable, que l’on pourrait seulement comparer à celui qui succéda à la Grande Peste deux siècles plus tôt, qu’Henri de Navarre vient au monde. Il porte en lui, au plus profond, presque génétiquement pourrait-on dire, les déchirements d’un âge où la foi, changée en religion, sert d’argument à des partis inexorablement montés les uns contre les autres, et qui lorgnent vers le pouvoir, au-delà des rois. Ce n’est pas seulement la France, mais l’Europe entière qui est à feu et à sang depuis que Luther, puis Calvin, ont jeté les germes de la sédition au sein de la chrétienté. Le Saint-Empire commence à peine de panser ses plaies, et la France dont les rois, fous ou faibles, meurent tôt, cherche un équilibre entre le parti des Guise et des Condé, qui, à mesure qu’on l’ap- RUE DES ARCHIVES/TAL derrière ses maîtresses, auxquelles il était plutôt fidèle, d’ailleurs. C’est ce que confirment ses Lettres d’amour, que publient simultanément deux éditeurs, Tallandier et France-Empire. Il y eut la célèbre Gabrielle d’Estrées, dont le monde entier connaît la rondeur du sein à défaut de retenir le nom. Femme rouée qu’il pleura à sa mort, mais remplaça tout de même lestement par Henriette d’Entragues, que supplanta ensuite la très jeune Charlotte de Montmorency, princesse de Condé. RUE DES ARCHIVES/COLLECTION GREGOIRE proche, semble toujours plus s’éloigner. Fils d’un Bourbon, prince du sang et de Jeanne d’Albret, héritière de la Navarre protestante, le jeune Henri est intimement déchiré. S’il prend d’abord la religion de sa mère, il ira jusqu’à changer six fois d’obédience, jusqu’à enfin choisir la En signant l’édit de Nantes, le souverain met fin à la guerre civile. messe et Paris tout ensemble. Cependant, quand le Bourbon succède au dernier des Valois, Henri III, celui-ci ayant expressément désiré sur son lit de mort qu’il lui succédât, la partie est loin d’être jouée. EN COUVERTURE 5 REPÈRES Henri IV en six dates ➔ legende 13 décembre 1553 Henri de Bourbon, qui deviendra Henri de Navarre, puis Henri IV, naît à Pau. 2 août 1589 Henri III meurt, Henri de Navarre est proclamé roi de France. 14 mars 1590 Tentant de prendre Paris, il bat les Ligueurs et les Espagnols à la bataille d’Ivry où il aura ce célèbre mot : « Ralliez-vous à mon panache blanc ! » 27 février 1594 Henri IV est enfin sacré roi de France en la cathédrale de Chartres, et non à Reims, toujours aux mains des Ligueurs. 30 avril 1598 Il signe l’édit de Nantes qui reconnaît la liberté de culte aux protestants. 14 mai 1610 Il meurt sous les coups de couteau de Ravaillac, dans son carrosse, rue de la Ferronnerie, à Paris. Les Ligueurs, derrière la puissante famille de Guise, ne sont pas prêts à lâcher quoi que ce soit aux protestants. Les Condé, chefs du parti protestant, se prennent à détester ce nouveau roi qui les a abandonnés. Cependant, le ciel saura sourire à Henri IV : la mort d’Henri de Condé, suivie de l’assassinat du duc de Guise, lui ouvrent enfin les portes d’une véritable royauté. Dix années de guerre seront encore nécessaires pour im - poser l’édit de Nantes qui, concédant des places de sûreté aux protestants, mettra fin aux plus sanglantes guerres civiles que la France ait jamais connues. Mais le roi Henri gêne beaucoup d’ambitions, et ce, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du royaume : peut-être est-ce dans ce contexte qu’opérera Ravaillac, cet illuminé ultra-catholique ? Fut-il téléguidé par l’Espagne, ou bien par l’archiduc d’Autriche ? La question reste encore en suspens. RUE DES ARCHIVES/TAL VU PAR ED DE L’ARCHIPEL Philippe Delorme, historien « Un roi flambeur » L’auteur face à la statue de cire d’Henri IV, au musée Grévin. Vous avez décidé de déboulonner la statue du bon roi Henri ? Philippe Delorme : En fait, je me suis aperçu en étudiant le sujet de près que la légende d’Henri IV est posthume : ce bon roi Henri proche du peuple apparaît tardivement dans la mémoire populaire, à partir du XVIII e et principalement du XIX e siècle. C’est Voltaire avec son Henriade, c’est la Révolution française, c’est la Restauration, puis la III e République, qui forgent son mythe. Sur quoi vous fondez-vous pour battre cette mythologie en brèche ? P.D. : Sur les documents d’époque qui ne rendent pas l’image d’un roi populaire. Au contraire, le peuple le déteste parce qu’il prélève trop d’impôts, parce qu’il entretient des maîtresses, parce que c’est un flambeur au jeu. Il y a aussi la question religieuse… P.D. : En effet, les catholiques se défient de lui parce qu’ils le prennent pour un faux dévot ; et les protestants, hier comme aujourd’hui d’ailleurs, ne l’aiment pas pour sa trahison. Mais il reste l’édit de Nantes… P.D. : Vous savez, ce n’est pas le premier édit de tolérance, il y en a eu auparavant. Et ce n’est pas la première base d’une société multiculturelle comme on le considère aujourd’hui : c’est un pis-aller, qui enferme les protestants dans des places de sûreté, en attendant qu’ils reviennent à la vraie foi. HenriIV a une vision politique : il jette les bases d’un « gallicanisme », où les sujets professeraient la même foi à son avantage. Henri IV, les réalités d’un mythe, de Philippe Delorme, éd. de L’Archipel, 22 €.



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