Direct Soir n°728 24 mar 2010
Direct Soir n°728 24 mar 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°728 de 24 mar 2010

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 275) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : Alice au pays des merveilles, le rêve de Tim Burton

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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4 EN COUVERTURE LES PERSONNAGES « ALICE AU PAYS DES MERVEILLES » UN CONTE UNIVERSEL Très attendu, le nouveau film de Tim Burton sort aujourd’hui au cinéma. Continuation de l’œuvre de Lewis Carroll, il met en scène une Alice devenue jeune femme, en proie à des questions existentielles. TOUTES PHOTOS : DISNEY ENTERPRISES, INC ALL RIGHTS RESERVED Après tant d’autres – célèbres et méconnus –, Tim Burton s’attaque à son tour à l’univers onirique d’Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir. Depuis la publication de ce conte en 1865 (vingt-deux exemplaires originaux existent toujours) et de sa suite en 1871, cette œuvre a imprégné l’imaginaire de générations entières – enfants et adultes – et, d’adaptations en évolutions, a fait l’objet d’une multitude d’interprétations, de la simple histoire féérique au récit psychanalytique. Car si Alice est bien souvent devenu synonyme de candeur, et le pays des merveilles comparable à celui de Oui- Oui, l’auteur, qui a certes décrit un univers enchanté, l’a voulu empreint d’inquiétude et de mystère, laissant à l’imaginaire toute latitude pour y entrer. Tim Burton a ainsi pu déployer tout son monde sombre et décalé dans l’opportunité que lui avaient offerte les studios Disney. Le réalisateur à l’âme d’enfant a parfaitement saisi cette ambivalence, faisant d’Alice une héroïne dont la vie va bientôt basculer dans l’âge adulte. Le film, qui sort dans les salles aujourd’hui, permettra aux uns et aux autres de retrouver, telles des madeleines de LE CHAPELIER FOU (Johnny Depp) Meilleur ami d’Alice, il est prêt à tout pour la protéger, quitte à risquer sa propre vie. Une intoxication au mercure lui fait perdre la tête. ALICE KINGSLEIGH (Mia Wasikowska) La jeune femme de 19 ans ne s’épanouit guère auprès de l’aristocratie londonienne, en pleine époque victorienne. Indépendante, elle rêve d’une autre destinée. Proust, des épisodes ou des personnages qui, d’une façon ou d’une autre, avaient imprégné leur imaginaire. MIRANA, LA REINE BLANCHE (Anne Hathaway) Derrière une apparence douce et légère, la jeune sœur de la Reine Rouge dissimule une personnalité sombre et complexe. Directsoir N°728/Mercredi 24 mars 2010 FABLE PHILOSOPHIQUE ? De son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, Lewis Carroll était pasteur de son état, et sans doute n’aurait-il pas imaginé l’étonnante postérité de ce conte dont la création fut pour le moins fortuite. L’auteur s’était en effet inspiré d’une histoire qu’il avait improvisé au cours d’une excursion en barque, non loin d’Oxford, pour distraire trois jeunes filles au long des dix kilomètres du parcours. Le synopsis, très proche pour Alice au pays des merveilles et sa suite, est simple dans sa construction : Alice, une petite fille sage et polie, suit un jour un étrange lapin blanc dans son terrier et bascule soudainement dans un univers peuplé de créatures surprenantes, attachantes ou inquiétantes. La trame est parfaite pour imaginer une série de personnages (le Ver à Soie, Twedledee et Tweedledum, le Chapelier Fou, le Lièvre de Mars, Humpty Dumpty) capables de fasciner les plus jeunes. Mais pour leurs aînés, Lewis Carroll pose et illustre une série de questions propres à alimenter des heures de réflexion. La réalité est-elle réductible aux apparences ? Le langage ne brouille t-il pas l’expression de la réalité ? Le temps qui s’écoule est-il le même pour tous ? Intergénérationnel, atemporel et foisonnant, Alice aux pays des merveilles ne pouvait qu’avoir l’extraordinaire postérité qui fut la sienne et dont Tim Burton est le nouveau dépositaire. IRACEBETH, LA REINE ROUGE (Helena Bonham Carter) Tyrannique et colérique, elle règne sur le monde fantastique d’Underland. Sa manie : menacer ses sujets de leur couper la tête.
www.directsoir.net TIM BURTON Comment l’idée d’adapter Alice est-elle née ? Tim Burton : Il y a quelques années, les studios Disney sont venus me voir en me disant simplement « Alice au pays des merveilles » et « 3D ». C’est comme cela que j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Dans un passé pas si lointain, on m’aurait proposé d’adapter Alice, j’aurais probablement refusé, mais la 3D offrait quelque chose de tentant, de fascinant. Très vite, j’ai commencé à penser aux personnages, à élaborer leur personnalité et leur esthétique. J’ai repensé aux autres adaptations et réfléchi à la symbolique que représentait le conte dans l’imaginaire collectif. Cette réflexion m’a révélé la puissance de l’univers de Lewis Carroll. Il doit exister une vingtaine de versions différentes d’Alice (films, cartoons, téléfilms…) et il m’a semblé que toutes étaient toujours restées trop littérales, trop serviles. Même le dessin animé de Disney, qui date de 1951, a sans doute été l’un de leurs films qui a eu le moins de succès. Votre univers est sombre, à l’inverse de celui de Disney… T. B. : Je savais parfaitement que je m’engageais dans un Disney et que je n’allais pas tourner une version X d’Alice – de toute façon, il en existe déjà une ! En réalité, le scénario était déjà écrit lorsqu’on a commencé, ce qui a facilité les choses et évité tout désaccord. De plus, je ne voulais pas rendre l’histoire plus sombre qu’elle ne l’était déjà. Le conte est, à l’origine, assez étrange. Je voulais tenter d’atteindre ce que je pensais être l’esprit de Lewis Carroll. En vous replongeant dans son œuvre, qu’avez-vous vu de nouveau ? T. B. : J’ai été frappé par le fait que je n’avais jamais aimé les précédentes versions. Dans celles-ci, les personnages sont simplement étranges : le Chapelier fou est bizarre, le Chat du Cheshire aussi, mais sans personnalité propre. Ce qui nous a intéressés était de leur construire un profil psychologique, de leur donner une dimension dramatique. On a insufflé de la tristesse au Chapelier fou, par exemple, qui est un personnage souffrant de personnalités multiples. Quelle était votre vision pour le personnage d’Alice devenue adulte ? T. B. : Alice est à un âge charnière. Elle explore le sentiment de celle qui ne se sent pas à l’aise dans son propre corps, qui est trop jeune ou trop vieux, vivant dans une société qui catégorise les individus. Les autres personnages sont aussi concernés par ces problèmes. Cette histoire raconte le voyage au bout duquel ils trouvent véritablement leur identité. C’est ce que j’ai EN COUVERTURE « ATTEINDRE L’ESPRIT DE LEWIS CARROLL » De passage à Paris, le réalisateur raconte la genèse de ce projet gigantesque, qui adapte au cinéma l’univers de Lewis Carroll. Dans ce film où la 3D a la part belle, il retrouve aussi son acteur fétiche, Johnny Depp. « LA 3D APPORTE QUELQUE CHOSE DE FASCINANT » aimé dans le scénario : il utilise le fait que les rêves servent pour faire face aux problèmes de la vie réelle. Il y a une ligne très fine entre rêve et réalité, qui peuvent s’entortiller. Les rêves peuvent sembler fous ; pourtant, ils exploitent des éléments de la réalité. Comment avez-vous découvert Mia Wasikowska, qui incarne Alice dans votre film ? T. B. : Pour moi, l’essentiel était que l’actrice dégage le sentiment d’être une jeune personne possédant une âme vieille. Mia Wasikowska a une espèce de gravité, une force simple et tranquille, doublée d’une certaine tristesse. Quand je la regardais, je me disais qu’elle n’entrait dans aucune case et ça m’allait bien. Si l’on avait fait appel à une actrice plus connue, il aurait été difficile de passer outre sa notoriété. Quelle a été la chose la plus difficile que vous ayez eu à faire sur ce film ? T. B. : Travailler sans retour au jour le jour. Pour tous les films que j’ai faits jusqu’à présent, on tourne un jour et dès le lendemain, on a accès aux images. On peut donc se référer au travail déjà accompli pour avancer. Sur ce projet, on ne pouvait visionner le résultat que des mois, voire un an plus tard ! La bande originale et les effets sonores ont dû être réalisés sans les images. Il a fallu faire beaucoup de suppositions. C’est une façon très troublante de travailler. C’est votre septième collaboration avec Johnny Depp… T. B. : Il ne faut jamais être complaisant ni prendre les choses pour acquises. Il est important de garder en tête le but de ce que l’on fait. Je ne me dis pas : « Tiens, je fais un nouveau film, je vais demander à Johnny d’y participer. » Ce serait ennuyeux, et pour lui, et pour moi ! Il faut qu’un des personnages lui donne envie. La clé de notre collaboration réside dans cette fraîcheur qu’on réussit toujours à trouver dans chaque nouveau projet. Il ne faut pas qu’on se sente dans une démarche normale et logique. En mai prochain, vous présidez le jury du Festival de Cannes. Comment envisagez-vous cette nouvelle expérience ? T. B. : Je travaille depuis si longtemps sur Alice que je n’ai pas eu l’opportunité de voir beaucoup de films récemment. Je suis donc très impatient de vivre cette expérience de pur cinéma. Alice au pays des merveilles, de Tim Burton, en salles.



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