Direct Soir n°494 9 fév 2009
Direct Soir n°494 9 fév 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°494 de 9 fév 2009

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,6 Mo

  • Dans ce numéro : Jeux, Internet, high-tech... les nouvelles dépendances

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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4 ENQUÊTE ADDICTIONS LES NOUVEAUX « ACCROS » Une nouvelle catégorie de patients est apparue dans les cabinets des psychiatres : les « cyberdépendants ». Addicts aux jeux en ligne, aux messageries, aux sites de rencontres, ils présentent tous les symptômes des « accros » traditionnels. De tous les produits addictifs, le tabac est le plus consommé par les Français : 11,8 millions de personnes fument régulièrement. Viennent ensuite l’alcool, avec près de 10 millions de consommateurs réguliers, et les produits psychotropes (3,8 millions). Toutes ces substances, bien qu’elles soient légales, entraînent une dépendance. Selon Marc Valleur, psychiatre spécialiste de l’addiction à l’hôpital Marmottan, celleci se caractérise par l’« impossibilité pour une personne consommatrice de réduire ou cesser sa conduite sans aide ». LE JEU, DÉPENDANCE NUMÉRO UN Alors que, historiquement, les toxicomanes étaient traités séparément selon le produit consommé, les psychiatres apportent aujourd’hui des réponses semblables pour toutes les personnes addictes. Cela englobe les consommateurs de substances comme les personnes dépendantes de certains comportements. Ceux-ci regroupent notamment les plaisirs « archaïques », comme la nourriture, le sexe ou le sport. Il existe aussi des plaisirs plus « subtils », comme les achats compulsifs ou les jeux d’argent. Ces derniers (dont la pratique excessive est reconnue comme une pratique addictive par l’OMS depuis 1980), selon Marc Valleur, représentent « l’addiction sans drogue la plus officiellement reconnue dans CYBERDÉPENDANCES JPDN/SIPA « LA PREMIÈRE CONSÉQUENCE DU JEU PATHOLOGIQUE EST LA DÉPRESSION » Jeux d’argent ➔ « L’un des facteurs qui poussent à la pratique excessive du jeu est son accessibilité », note Christelle Andrès. Pouvoir se connecter chez soi à des sites web de jeux d’argent (poker, paris sportifs) sans avoir besoin de retirer de monnaie augmente nettement les risques de dépendance. les manuels (de psychiatrie) ». Même si la France est en retard pour le traitement ou les recherches sur le jeu pathologique, par rapport au Québec notamment, on évalue entre 1 et 3% de la population (1,8 million de personnes) la part de joueurs dépendants. Cette proportion – la même que pour l’alcool – « est minime quand on sait que la moitié des Français sont des joueurs », estime le médecin.Tous les jeux d’argent et de hasard sont concernés : loterie nationale, courses hippiques, jeux de casino. S’EN SORTIR, C’EST POSSIBLE Dans chaque cas, la démarche est la même. « Le joueur joue trop souvent, il mise trop d’argent et éprouve le besoin de se refaire quand il a perdu », décrit Christelle Andrès, directrice du Centre de référence sur le jeu excessif. Sa vie finit par s’organiser autour du jeu : « La conséquence majeure, c’est la dépression », P.BESSARD/REA déclare Marc Valleur. C’est pourquoi le traitement est essentiellement psychologique, même si, dans de rares cas, des périodes de sevrage, voire d’hospitalisation, sont nécessaires. « On essaie de comprendre pourquoi la personne se réfugie dans le jeu et on travaille aussi sur ses croyances », expliquet-il. Certains estiment par exemple pouvoir maîtriser le hasard. Christelle Andrès indique qu’« ils pensent qu’en jetant le dé plus fort, ils feront un six ». Même si une grande partie des joueurs finit par arrêter spontanément cette pratique excessive, cela prend du temps, parfois une dizaine d’années. Le traitement permet de ramener le temps de guérison à un ou deux ans. Le parallèle Jeux vidéo en réseaux ➔ Selon un rapport parlementaire, entre 600000 et 800000 Français seraient cyberdépendants, notamment des amateurs de jeux vidéo en ligne (World of Warcraft…). Mais parler d’addiction ne fait pas consensus dans les milieux psychiatriques. « On a affaire à des jeunes qui ont très peur de l’incertitude de l’existence et qui voient dans ces jeux un refuge, sans réelle prise de risques », analyse Marc Valleur. L’addict se désinvestit des autres loisirs, avant d’arrêter ses activités Directsoir N°494/Lundi 9 février 2009 Entre 1 et 3% des Français sont des joueurs dépendants (1,8 million de personnes). PHÉNOMÈNE scolaires ou professionnelles. entre jeu et alcool est total puisque, outre la dépendance, les excès et abus sont eux aussi problématiques. « On sait que certains joueurs vont – sans devenir dépendants – traverser des périodes de perte de contrôle et se retrouver surendettés, parfois pour vingt ans », conclut Marc Valleur. Le « Blackberry Thumb », pathologie de l’époque• Le « BlackBerry Thumb », littéralement « pouce BlackBerry », est devenu en quelques années une véritable épidémie. Ce mal, qui peut aller de douleurs articulaires à la tendinite, affecte les usagers d’appareils mobiles à clavier (comme le BlackBerry ou tout téléphone portable utilisé pour envoyer des SMS). Face à ce phénomène, la très sérieuse American Physical Therapy Association (APTA), a émis une série de recommandations en 2006. Les troubles les plus sérieux induits par ces appareils sont liés au comportement. Impossible pour certains utilisateurs de couper avec leur univers professionnel. Résultat : des difficultés (très) sérieuses dans la vie conjugale, et le maintien du stress professionnel dans la sphère privée. Des hôtels proposent ainsi des « coffres à téléphones » dans lesquels les clients déposent leurs appareils afin de ne pas consulter leurs messages en vacances. Surf et messageries ➔ De la cybersexualité (consultation compulsive de sites pornographiques) aux achats compulsifs, la liste est longue des dépendances développées via la Toile. Apparu au milieu des années 1990, le concept englobe également l’utilisation des moyens de communication virtuelle (e-mails, PDA, messageries instantanées…). Ce qui se matérialise notamment par un sommeil écourté pour être connecté un maximum de temps.
www.directsoir.net ZOOM Quand l’amour devient une drogue ➔ Les romantiques ont désormais la science pour le confirmer : l’amour peut devenir une drogue. « Il existe les mêmes mots, les mêmes symptômes, la même idylle des débuts, c’est-à-dire celle de la toute-puissance », précise le professeur Michel Reynaud*. Les suites aussi peuvent être les mêmes : « La même souffrance, la même déchéance, les mêmes combats entre la raison et l’envie d’y retourner », reprend le médecin. La mécanique du plaisir se fonde naturellement sur la fabrication de la dopamine, une hormone euphorisante. La Société américaine de neurosciences a démontré l’année dernière que cette substance « active plusieurs régions du cerveau habituellement associées aux addictions ». En cas de manque, ici, de la personne aimée, les psychiatres expliquent que « la passion devient essentiellement destruction ». Ce manque peut entraîner des comportements « déviants » (harcèlement, consultations compulsives de sites pornographiques) qui mènent certains patients à une hospitalisation. Aux Etats-Unis, des cliniques spécialisées ont même vu le jour pour soigner les « addicts sexuels ». Elles ont accueilli des patients célèbres, comme Michael Douglas ou, plus récemment, David Duchovny. * auteur de L’amour est une drogue douce… en général (éd. Robert Laffont) DATES CLÉS 1960 La notion d’achat compulsif (incapacité à réfréner ses pulsions d’achats) apparaît pour la première fois dans le Manuel alphabétique de psychiatrie. Quels sont les signes qui mettent en évidence un comportement addictif ? La personne concernée est généralement quelqu’un de très isolé. L’addict n’a qu’un seul objectif en tête. S’il ne le réalise pas, cela le place dans un état d’angoisse, de dépression, voire de rage. Pour le jeu par exemple, si l’obligation de jouer empêche la réalisation des autres obligations, qu’elles soient familiales ou professionnelles, nous pouvons considérer que cette personne est addicte à un D. FISHER/SIPA David Duchovny. Michael Douglas. 1980 L’Organisation mondiale de la santé (OMS) inscrit les jeux d’argent sur la liste des addictions, au même titre que les drogues. niveau élevé. L’observation des conséquences relationnelles ou financières (comme un endettement important,ndlr) peut être également un bon moyen pour mesurer le degré d’addiction. Toutes les addictions sont-elles prises en charge de la même manière ? Il y a une base commune, puis une adaptation du traitement selon les addictions. Pour les dépendances aux produits (alcool, drogues,ndlr), l’hospitalisation est généralement nécessaire. Pour les addictions comportementales comme celles aux jeux, les consultations sous forme de groupes de parole sont efficaces. 1994 La mécanique du plaisir se fonde naturellement sur la fabrication de dopamine, une hormone euphorisante. Le professeur en psychologie Yvan Goldberg (Etats-Unis) développe pour la première fois le concept de dépendance virtuelle, ou cyberdépendance. PROFESSEUR MICHEL REYNAUD, PSYCHIATRE ET SPÉCIALISTE DE L’ADDICTOLOGIE « Trouver d’autres comportements de plaisir » ADMEDIA/SIPA Comment soigner les addictions ? Il faut dire, tout d’abord, que l’essentiel du travail est fait lorsque la personne considérée comme addicte fait la démarche de venir consulter. Il faut ensuite évaluer les comportements afin de comprendre pourquoi ils se produisent, à quel moment et à quoi ils correspondent. Une fois ce travail réalisé, nous donnons des stratégies pour diminuer l’addiction comportementale. Avec le patient, nous devons enfin trouver des dérivatifs pour qu’il s’oriente vers d’autres centres d’intérêt qui l’amènent vers de nouveaux comportements de plaisir. ENQUÊTE 5 P.GRANSER/LAIF-REA ÉCLAIRAGE La naissance de la conduite addictive ➔ Plusieurs raisons peuvent pousser le joueur pathologique comme les autres personnes souffrant d’addictions dans cette spirale incontrôlable.• Pour certains, le jeu est avant tout une recherche d’aventure qui se matérialise par une prise de risques. Il s’agit la plupart du temps d’hommes souvent impulsifs, amateurs de sensations fortes.• D’autres voient le jeu comme un « médicament » qui leur permet d’oublier un moment de vie difficile (chômage, rupture…). C’est l’occasion pour ces personnes – toutes les catégories de population sont concernées – de se changer les idées, voire de « s’abrutir ».• D’autres encore ont grandi ou vivent dans un environnement culturel propice aux jeux. C’est par exemple le cas des personnes dont les parents fréquentaient régulièrement les champs de course. TÉMOIGNAGES Se confier sur le Web ➔ Sur les forums, les cyberdépendants ou leurs proches viennent se confier anonymement.• « Ma femme est devenue accro à Second Life. (…). J’ai l’impression d’avoir une gamine à la maison. » • « Internet a eu raison de notre mariage. » • « Il passe ses jours et ses nuits sur Internet à parcourir les sites porno et les forums naturistes. » • « Mon mari a mis un code parental sur l’ordi pour les casinos en ligne. » • « J’ai à nouveau pris la décision de désinstaller tous mes logiciels de casinos en ligne. »



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